‹ Conversations sur la philosophie naturelleChapitre 48 sur 54 · M A.E. IL · texte numérisé non relu

M A.E. IL

La distance à laquelle l’attraction du milieu le plus dense a^it sur un rayon est si petite, qu’elle est insensible 5 il nous paroî& donc n’ètre réfracté qu’au point auquel il passe d’un milieu dans un autre.

A présent que vous comprenez le prin-’ eipe de la réfraction, je vais mettre ce phénomène sous vos yeux. Voyez-vous la fleur peinte au fond de celte tasse ? ( %. 5 ).

DE LA REFRACTION

Emilie.

Oui, mais vous îa baissez justement assez pour que Je botd de la tasse me cache la peinture.

Ne bougez pas. Je vais remplir la tassé d’eau, et de suite vous reverrez la fleur.

Emilie.

Ah ! oui vraiment. Laissez moi essaver d’expliquer ceci ; quand vous tirez la tasse de manière à nie cacher la fleur, les rayons que la peinture réfléchit ne viennent plus à mes veux , niais se diligent par dessus ; à présent que vous avez rempli d’eau la tasse, ils sont réfractés par l’attraction de l’eau et pliés de haut en bas , de manière à entier dans mes )eux.

Mad. B*

Vous avez expliqué cela très - bien ; la fig. 5 vous aidera à l’inculquer dans votre mémoire. Observez que quand îa fleur devient visible par la réfraction du rayon, vous ne la vojez pas à la place qu’elle occupe réelle-

ET DES COULEURS

ment ; ce que vous voyez est l’image de la fleur placée au-dessus d’elle ; car comme les objets paroisseut toujours être situés dans la direction des rayons qui entrent dans l’œil , la fleur est vue dans la direction du rayon réfracté en B*

Eajtuie.

Ainsi , quand on voit le fond d’une pièce d’eau claire , les rayons qu’elle réfléchit , étant réfractés en passant de l’eau dans l’air, feront paroître le fond plus haut qu’il n’est réelle-* ment.

Mad. B.

Et l’eau paroîtra par conséquent plus basse* Il est souvent arrivé par-là des accidens; et les enfans, qni sont dans l’usage de se baigner, devroient bien prendre garde de se laisser tromper par l’apparence du peu de profond deur de l’eau , vu qu’elle est toujours plus profonde qu’elle ne le semble.

La réfraction de la lumière nous empêche de voir les corps célestes dans leur situation réelle, parce que la lumière qu’ils nous envoient est réfractée en passant dans l’atmos-

4yo de læ réfraction

phère ; nous voyons Je soleil et les étoiles dans la direction do rayon réfracté , comme 3e montre la fig. 4, pi. XIX; la li gne pointée représente l’étendue de l’atmosphère sur une portion de la terre, EBE; un rayon de lumière qui vient du soleil S , tombe sur elle obliquement en A , et est réfracté en B ; puis donc que nous voyons l’objet dans la direction du rayon réfracté , un spectateur en B verra une image du soleil en C, au lieu do voir l’objet à sa place réelle en S0

Emilie,

Mais si le soleil étoii immédiatement sur nos têtes, le rayon central tombant perpendiculairement sur l’atmosphère , ne seroit pas réfracté , et nous verrions le soleil et son image sur la même ligne droite.

I ons devez vous rappeler que le soleil n’est vertical que pour les habilans de la zone torride ; ses rayons sont donc toujours réfractés dans nos climats* ii y a aussi un antie obstacle à ce que nous voyons les corps célestes dans leurs situations réelles. Quoique

ET DES COULEURS

la lumière se meuve avec une vitesse extrême, r elle met environ huit minutes et demie dans son passage du soleil à la terre. Ainsi , lorsque les rayons parviennent à nous , le soleil doit avoir quitté le point qu’il occupoit à leur départ ; cependant nous le voyons dans îa direction de ces rayons; et par conséquent dans une situation qu’il avoît abandonnée huit minutes et demie auparavant.

Emilie.

Quand vous parlez du mouvement du soleil f vous entendez , je pense , son mouvement apparent , produit par le mouvement diurn% de la terre ?

Mad. B,

Sans doute ; l’effet est le même , soit que la terre se meuve on que l’on attribue son mouvement aux corps célestes , mais il est plus aisé de représenter les choses comme elles paroissent être , que comme elles sont réel^ le ment.

Caroline.

Ainsi le matin, quand le soleil monte au méridien . nous devons ( dès que la lumière,

47^ DR LA REFRACTION

nous atteint ), voir l’image du soîeiî plus bas que le point qu’il occupe réellement.

Emilie.

Mais îa réfraction de l’atmosphère contrebalançant cet effet , nous pouvons peut~être9 entre ces deux causes d’erreur 5 voir le soleil dans sa situation réelle.

Caroline.

Et dans Faprès-midi ? quand le soleil descend vers le couchant , la réfraction et le temps que îa lumière met à parvenir à nous? conspirent pour rendre l’image du soleil plus élevée qu’elle ne l’est réellement.

Mail B.

La réfraction des rayons du soleil par Fat» mosphère prolonge le jour , parce qu’elle nous fait voir l’image du soled avant qu’il se lève et après qu’il s’est couché ; car au-» dessous de î’horizon , il brille encore sur l’atmosphère j qui nous renvoie ses rayons réfractés.

KT DES COULEURS

Caroline.

D’un autre côte , il faut nous rappeler que la lumière met huit minutes et demie pour venir à nous ; en sorte que pendant le temps qu’elle vient à la terre , le soleil est peut-être déjà sous l’horizon.

Mais est-ce que les vitres ne réfractent pas la lumière ?

Mad. B.

Oui ; mais cette réfraction est imperceptible , parce qu’en passant à travers une lame de verre , les rayons souffrent deux réfraclions, qui, étant en directions contraires, produisent le meme effet que s’il n’y en a voit point eu.

Emilie.

Je ne comprends pas cela.

Mad. B.

La fig. 5 , pl. xix vous l’éclaircira ; AA représente une vitre épaisse de verre, vue par la tranche. Quand le rayon B arrive

DE LA REFRACTION

vers la surface en C, il est réfracte ; et au lieu de continuer sa roule dans la même direction, selon la ligne pointée, il traverse la Jarre jusqu en D • a ce point rentrant dans î an , il est rte nouveau réfracté par le verre, niais dans une direction contraire à sa première réfraction; il va donc en E. Comme le rayon BC et le rayon DE sont parallèles, la lumière ne paroît avoir souffert aucun© réfi ’action.

Emilie.

En sorte que l’effet, qui a lieu sur le ravon entrant dans le verre , est détruit à sa sortie ou, pour m’exprimer plus scientifiquement quand un rayon de lumière passe d’un milieu dans un autre , et de nouveau de ce dernier dans le premier les deux réfractions étant égales et dans des directions opposées, n’ont aucun eiïei sensible.

Mad, B.

Fou, bien , lorsque les deux surfaces sont parallèles ; si elles ne le sont pas, les ©eux réfractions peuvent se faire dans la

même direction , comme je vous le montrerai.

'et EES COULEURS. ^5

Quand des rayons parallèles ( fig. 6 ) tombent sur un morceau de verre , termine par deux surfaces convexes et qu’on appelle une lentille , il n’y a que celui qui suit la direction de l’axe de la lentille qui soit perpendiculaire aux deux surfaces ; les autres rayons tombant obliquement , sont réfractes vers l’axe , et se rencontrent au-delà de la lentille en un point appelé foyer .

Des trois rayons, A, B, C, qui tombent sur la lentille DE , les rayons A et C sont réfractés en la traversant au point « et c, et en quittant la lentille , ils subissent dans la même direction une seconde réfraction qui les unit avec le rayon B en un foyer F.

Emilie.

Et quelle est la distance du foyer à la surface de fa lentille ?

Mad. B.

La distance focale dépend de la forme de la lentille et de la force réfringente de la substance dont elle est faite ; dans une lentille de verre , dont les deux cotés sont également convexes, le foyer est situé près du

476 BE LA R.EFRACTTON

centre de la sphere , dont la surface de la lentille forme une portion ; telle est donc aussi sa distance à la lentille.

II y a des lentilles de formes variées que vous verrez décrites dans la fig. i. pî. xx.

La propriété de celles qui ont une surface convexe est de rassembler les rayons de lumière en un foyer ; et celles au contraire qui ont une surface concave dispersent les rayons. Caries rayons A, C, tombant sur la lentille concave XY ( fig. 7, pi. xix ) , au lieu de converger vers le rayon B qui suit Taxe de la lentille , seront attirés vers le bord épais , soit en entrant dans la lentille , soit en la quittant, et par conséquent divergeront en a, c, par la première réfraction, en d , e7 par la seconde.

Caroline.

Et les lentilles qui ont un côté plan et Fautre convexe ou concave , comme A et B de la fig. 1. pi. xx, sont sans doute moins fortes?

Ma o. B.

Oui: on les appelle piano-convexes et piano»

^Z.JZX.

JL

ET DES COULEURS» 477

concaves; le foyer des lentilles piano convexes de verre est à la distance du diamètre de la sphère , dont la surface convexe de la lentille forme une portion , comme le représente la fig. 2. pî. XX. Les trois rayons parallèles A , B , C , sont portés au foyer F par la lentille piano-convexe XY.

Je vous expliquerai à présent la réfraction de ce verre triangulaire qu’on appelle prisme *

Emilie.

Les trois faces de ce verre sont planes; il ne peut donc pas porter les rayons à un fo>er; sa réfraction non plus ne doit pas être semblable à celle d’une simple lame de verre , parce qu’il n’a pas deux côtés parallèles; ainsi, je ne peux pas comprendre quel effet de réfraction ce prisme pourra produire.

Mad. B.

La réfraction de la lumière , en entrant dans le prisme et en en sortant, s’opère dans la meme direction ( fig. 5 ). En entrant dans le prisme P, le rayon A est réfracté de B en C? et en en sortant il l’est de C en D*

478 BE LA RÉFRACTION

Je vous ferai voir cela. Mais il faut fermer les volets, et laisser entrer par une petite ouverture un rayon de lumière, que je ferai réfracter par ce prisme,

Oh ! quelles belles couleurs se peignent sur le mur opposé! Il y a toutes celles de 1 arc-en-ciel , et avec un éclat que je n ai jamais vu. ( fig. 4, pl. xx ).

Emilie.

J’ai vu un effet semblable à cela , à quelques égards. Il étoit produit par les rayons du soleil sur des lustres de verre ; mais comment est-il possible qu’un morceau de verre blanc puisse produire une telle variété de couleurs brillantes ?

Mad. B.

Les couleurs ne se forment pas par le prisme ; mais elles existoient dans le rayon antérieurement à sa réfraction.

Caroline.

Cependant avant la réfraction il parois* soit parfaitement blanc.

ET DES COULEURS

Mad. B.

Les rayons blancs du soleil sont composés de rayons colorés, qui, quand iis sont mêlés.» présentent cette apparence.

Sir Isaac Newton, auquel nous sommes redevabiess de découvertes les plus importantes sur la lumière et les couleurs, a le premier décomposé un rayon blanc de lumière , et a trouvé que c’étoit un assemblage de rayons colorés qui forment une image sur le mur telle que vous la voyez, (fig. 4) et offrent cette suite de couleurs; rouge, orangé, jaune, vert, bleu, indigo # et violet.

Emilie.

Mais comment un prisme s’épare-t-il ces rayons colorés?

Mad. B.

Par la réfraction. Il paroît que les rayons colorés ont des degrés differens de réfrangibilité; en passant à travers le prisme, ils prennent par conséquent des directions différentes. Les rayons violets sont ceux oui

se dévient le plus de leur route primitive,

DE LA RÉFRACTION

ils paroissent à Tune des extrémités du spectre AB; les rayons bleus sont contigus au rayon Violet, n’ayant qu’un peu moins de réfrangibilité; les autres suivent dans cet ordre, les verts, les jaunes, les orangés et enfin les rouges qui sont les moins réfrangibîes ; de tous les rayons colorés.

Caroline.

Je ne puis concevoir comment ces couleurs , mêlées ensemble , peuvent devenir blanches ?

Mad. B.

Je ne prétends pas vous l’expliquer ; mais e’est un fait que l’union de ces couleurs, dans les proportions qu’elles ont dans Je spectre , produit en nous l’idée du blanc. Si vous peignez un disque de carton divisé en compartimens de ces sept couleurs dans les mêmes proportions, et que vous le fassiez tourner rapidement sur une épingle en guise d’axe , elle pareil ra blanche.

Mais une preuve plus décisive de la composition du rayon blanc nous est fournie par la réunion des rayons colorés , qui forme un rayon blanc.

feT DES COULEURS.

Caroline.

Si vous pouvez decomposer un rayon Wane et le réunir ensuite , je serai tout-à-fait satisfaite.

Mad. B.

On peut l’obtenir en faisant tomber les rayons colores ( sépares par le prisme ) , sur une lentille qui les fera converger en un foyer; quand ils seront ainsi réunis, si nous trouvons qu’ils paroissent blancs , comme ils l’étoient avant la réfraction du prisme, j’espère que vous serez convaincue que les rayons blancs sont un composé de plusieurs rayons colorés. Vous voyez que le prisme P, \fig. 5)^ sépare le rayon blanc en sept rayons colorés; et la lentille LL les ramène en un foyer F ^ où ils reparoissent blancs.

Caroline.

Vous avez réussi à merveille , c’est vrai-*" nient une expérience très-intéressante et sur*? tout très-convaincante.

Cependant , Mad. B. , je ne puis m’eaH

Si

482 DE LA RÉFRACTION

pêcher de croire, qu’il n’y a peut-être qüe trois couleurs dans le spectre , le rouge , le jaune et le bleu * et que les quatre autres peuvent être composées de deux de ces couleurs mêlées ensemble 5 car, en peignant, on trouve qu’en mêlant le rouge et le jaune on fait l’oranger ; qu’avec différentes proportions de rouge et de bleu on fait le violet ou toutes les teintes de pourpre , et que le jaune et le bleu forment le vert. Il est donc trèsnaturel de supposer que la réfraction d’un prisme peut ne pas être assez parfaite pour séparer complètement les rayons de lumière colorés ; et que ceux qui sont contigus en ordre de réfrangibilité peuvent empiéter les uns sur les autres et , par leur mélange, produire les couleurs intermédiaires orangé 9 vert, violet, et indigo.

Mad. B.

Votre remarque, je crois, n’est ni toutà-fait fausse, ni tout-a-fait juste. Le docteur Wollaston, qui a fait rétracter la lumière avec beaucoup plus de soin qu’on ne l’avoit fait jusqu’à lui , eu recevant un filet de lumière rès-ét roit sur un prisme , a trouvé q u’elle

ET DES COULE CB S

formoit un spectre de quatre couleurs seulement ; mais ce n’étoit pas exactement celles que vous avez nommées comme primitives; car e'étoit le rouge , le vert , le bleu et le violet. On voyoit de plus une ligne trèsétroite de jaune à la limite du rouge et du vert ; que le D.r Wollaston attribuoit a I empiètement des bords du rouge et du vert»

Caroline.

Mais le rouge et le vert mêles ensemble ne produisent pas le jaune?

Mad. B.

Non pas dans la peinture ; mais il se peut qu’il en soit ainsi dans les ravons primitifs du spectre. Le D.r Wollaston remarqua aussi qu’en augmentant la largeur de l’ouverture par laquelle le filet de lumière entroit , ou augmentoit l’espace occupé par chaque rayon coloré dans le spectre , en proportion de chaque portion empiétée sur la couleur voisine et mêlée avec elle ; en sorte que l’intervention de l’orangé et du jaune , entre le rouge et le vert, est due, à ce qu’il suppose, mélange de ces deux couleurs, et que

484 ÜE LA RÉFRACTION

le bien est mêle (Ton côté avec le vert, de l’autre avec le violet , formant ainsi le spectre comme î’avoit observé dans l’origine New-* ton , et tel que je vous l’ai montré tout-àl’heure.

L’arc-en~cîel , qui présente une série de couleurs analogues à celles du spectre, se forme par la réfraction des rayons du soleil à leur passage à travers la pluie, dont chaque goutte agit comme un prisme , en séparant les rayons colorés quand ils la traversent (i).

Mais je vous prie, Mad, B., ne peut* on pas rassembler les rayons du soleil en un fojer par une lentille, de la même manièie qu’on le fait par un miroir conçue?

(1) Ce phénomène compliqué ne peut être pleinement expliqué qu’en entrant dans beaucoup de détails. On sait qu’il consiste principalement dans deux arcs, dont l’intérieur est formé par deux réfractions et une réflexion; l’extérieur, par deux réfractions et deux réflexions; et que les couleurs de l’un sont dans l’ordre inverse de celles de l’autre.

(Note du Traducteur ,)

ET DES COULEURS

Mad. B.

Sûrement ; les lentilles convexes pro-* durent le même effet que les miroirs con« caves; dans les premières les rayons traversent le verre et convergent à un foyer derrière la lentille ; dans les derniers, les rayons sont réfléchis et portés à un foyer devant le miroir. Quand on se sert d’une lentille pour rassembler les rayons du soleil, on peut produire au foyer une grande chaleur. Le soleil en ce moment a beaucoup d’éclat ; si nous faisons tomber ses rayons sur cetta

lentille, vous apercevrez le foyer.

Oh oui ; le point de réunion des rayons est très-lumineux. Voyons si en mettant au foyer un morceau de papier , il prendra feu. Le point de lumière est extrêmement brillant, mais le papier ne brûle pas.

Mad. B.

Prenez un morceau de papier gris; — vous voyez qu’il prend feu presqu iiuxa^dbueruent.

PE LA REFRACTION

Caroline.

C’est surprenant; car la lumière sembïoît luire avec plus d’intensité sur le papier blanc que sur le papier gris.

Mad. B.

La lentille rassemble au foyer un nombre égal de rayons, soit que vous preniez du papier gris ou que vous en preniez du blanc; mais le dernier paroît plus lumineux au foyer, parce qu’un nombre plus grand de rayons, au Heu d’entrer dans le papier, sont réfléchis; et c’est la raison pour laquelle le papier ne brûle pas; tandis qu’au contraire le papier gris, qui absorbe plus de lumière qu’il n’en réfléchit , devient vite chaud et prend feu-

Caroline.

C’est extrêmement curieux ; mais pourquoi le papier gris absorbe-t-il plus de rayons que le papier blanc?

Je suis loin d’être en état de donner une réponse satisfaisante a cette question. Nous ne pouvons faire que de simples conjectures sur

ET DES COULEURS® 48 rJ

ee point. Supposez que la tendance a absorber ou à réfléchir les rayons dépende de l’arraugement des particules élémentaires du corps , et que cette diversité d’arrangement rende quelques corps susceptibles de réfléchir un rayon coloré et d’absorber les autres; tandis que d’autres corps ont une tendance à réfléchir toutes les couleurs, OU au contraire à les absorber toutes.

Emilie.

Et comment savez - vous quelles cou-4 leurs les corps tendent à réfléchir oit à absorber?

Mad. B.

Parce qu’un corps paroît toujours être d© la couleur qu’il réfléchit; car, comme nous ne voyons que par les rayons réfléchis, l’objet ne peut paroître que de la couleur de ees rayons,

Caroline.

Mais nous voyons tous les corps de leur, propre couleur naturelle , Mad. B, ; l’herbe et les arbres, verts ; le ciel bleu ; les fleurs, de couleurs variées.

DE DA RÉFRACTION

Mad. B.

C’est vrai ; mais pourquoi l’herbe est-elle verte? — parce qu’elle absorbe tous les rayons excepte les verts ; ce sont donc ces rayons que l’herbe et les arbres réfléchissent à nos yeux, et qui nous les font paroître verts. Le ciel et les fleurs, de la même manière, réfléchissent les couleurs diverses sous lesquelles s’offrent à nous; la rose, les rayons rouges; la violette, le bleu; la jonquille, le jaune ; etc,

Caroline.

Mais ce sont les couleurs permanentes de l’herbe et des fleurs, soit que le soleil brille ou qu’il ne brille pas.

Màd. B.

Quand vous voyez ces couleurs, les fleurs doivent être éclairées de la même lumière; et la lumière , de quelque source qu’elle procède, est de la même nature. Elle est composée des rayons divers, qui peignent l’herbe, les fleurs et tous les objets colorés.

ET DES COULEURS

Caroline.

Mais , Mad. B. ; l’herbe est verte, et les fleurs sont colorées, soit qu elles restent dans l’obscurité , ou qu’on les expose a la lumière.

Mad. B.

Pourquoi pensez-vous ainsi ?

Caroline.

Cela ne peut pas être autrement.

Mad. B.

Voilà vraiment un argument bien pLiloso-3 phique ! Mais comme je ne les ai jamais vues dans l’obscurité , vous me permettrez de ne pas être de la même opinion que

vous.

Caroline.

De quelle couleur supposeriez -vous donc

qu’elles soient dans l’obscurité ?

Mad. B.

D’aucune, ou noire, ce qui revient au même. V ous ne pouvez jamais voir les objets sans lu-

4go BE LA RÉFRACTION

mière. La lumière est composée de couleurs^ par conséquerit il ne peut pas y avoir de lumière sans couleurs; et quoique chaque objet soit noir ou sans couleur dans l’obscurité, il devient coloré dès qu’il devient visible. U n’est même visible que par les rayons colorés qu’il réfléchit; par conséquent 3 nous ne pouvons le voir que coloré.

Tout ce que vous dites me semble trèsvrai , et je ne sais qu’y objecter ; cependant cela me paroît en même temps incroyable. Quoi, Mad. B., sommes -nous tous aussi noirs que les nègres dans l’obscurité ? Vous me faites frissonner en y pensant ?

Mad. B.

Votre vanité n’a pas de quoi s’alarmer à cette idée , car vous êtes sûre de n’être jamais vue en cet état.

Caroline.

C’est sans doute uue consolation ; mais qu’il est triste de penser que la nature entière , riche de tant de couleurs varices , ne forme qu’une masse d’un noir sombre et monotone.

%T DES COULEURS, 4g ï

Mad. B.

Est- ce que la nature est moins agreablo pour n’être colorée et éclairée que par la lumière ; et les couleurs sont-elles moins belles 9 pour être des propriétés accidentelles , plutôt qu’essentielles , des corps?

La Providence paroît n’avoir décoré Punivers de tant de couleurs ravissantes, que polir embellir notre séjour et en faire pour nous ' «me source de jouissances. C est un ornement de la nature qui n’existe que quand nous la contemplons. Pourquoi regretterionsnous qu’elle en soit dépourvue , quand elle devient invisible ?

Emilie.

J’avoue , Mad. B. , que j’avois eu mes doutes, aussi bien que Caroline , quoiqu elle m’ait épargné la peine de les exprimer; mais je viens de penser a une experience , qui ^ si elle réussit 9 nous satisfera. Il est certain que nous ne pouvons pas voir les corps dans l’obscurité , pour savoir s’ils ont en effet une couleur. Mais nous pouvons placer un corps coloré dans un rayon de lumière

492 j)E LA RÉFRACTION

qui a ete réfracte par le prisme ; et si votre théorie est vraie , Je corps, de quelque couleur qu’il soit naturellement , doit paroîlre de la couleur du rayon dans lequel on le place j car , puisqu’il ne reçoit pas d’autre rayon colore , il ne peut pas en réfléchir d’autres.

Caroline.

Oh ! c’est une idée excellente , Emilie ; voulez-vous vous soumettre à cet épreuve ^ Mad. B. ?

Mad. B.

J’y consens , mais il faut que la chambre soit bien obscure et ne laisser entrer que le rayon que vous voulez réfracter, autrement, les rayons blancs se réfléchiroient de toutes les parties de la chambre sur le corps en essai. Avec quoi voulez -vous faire l’expér rience ?

Caroline.

Avec cette rose* regardez-la , Mad. B, dites- moi s’il est possible de la priver da sa belle couleur?

ET DES COULEURS

Mad. B.

Nous verrons — Je l’expose d’abord aux rayons rouges, et la fleur paroît d’une teinte plus brillante ; niais observez les feuilles.

Caroline. i

Elles ne paroissent ni rouges ni vertes ; mais d’un brun sombre, avec un reflet rom* geâtre.

Mad. B.

Elles ne peuvent pas être vertes , parce qu’elles n’ont pas de rayon vert à réfléchir; elles ne sont pas non plus rouges , parce que les corps verts absorbent la plupart des rayons ronges. Mais , quoique les corps , par l’arrangement de leurs particules, aient une tendance à absorber quelques rayons et à en réfléchir d’autres, il n’est pas naturel cependant , de supposer que les corps sont si parfaitement uniformes dans leur arrangement, qu’ijs puissent ne réfléchir que les rayons purs d’une couleur et absorber parfaitement les antres ; on a trouvé au con** traire qu’un corps réfléchit en grande abon-

4gi DE LA RÉFRACTION

dance les rayons qui déterminent sa couleur, et plus ou moins aussi les autres , selon qu’ils sont plus ou moins rapprochés de sa propre couleur , dans Tordre de réfrangibilité. Ainsi , les feuilles du rosier réfléchissent un peu les rayons rouges, qui, mêles au noir naturel des feuilles, leur donnent la teinte brune • si elles ne réfléchissoient aucun rayon rouge, elles paroîtroient parfaitement noires. Mettons maintenant la rose dans les rayons bleus*

Caroline.

Oh , Emilie , Mad. B. a raison î regardez la rose : elle n’est plus rouge , elle est d’une couleur bleue sombre.

Emilie,

Je n’ai rien vu.de plus étonnant. Mais, Mad. B, pourquoi les feuilles sont-elles d’un bleu plus brillant que la rose ?

M ad. B.

Les feuilles vertes réfléchissent les rayons ble us &t les jaunes, ce qui produit une couleur \erte. Elles sont à présent dans un rayon

et des couleurs. 4g 5

coloré qu’elles ont de la tendance à réfléchir; elles réfléchissent donc plus de rayons bleus que la rose (qui naturellement absorbe cette couleur), ce qui les fait paroître d’un bleu plus brillant.

Emilie.

Cependant , en passant la rose à travers les différentes couleurs du spectre, la fleur les prend plus aisément que les feuilles.

Mad. B»

Parce que la fleur est d’une teinte plus pâle»' Ees corps qui réfléchissent tous les rayons sont blancs ; ceux qui les absorbent tous sont noirs ; entre ces deux extrêmes, le corps paroît plus éclairé ou plus, obscur, selon la quantité de rayons qu’il réfléchit ou qu’il absorbe. Celte rose est d’un rouge pâle ; elle est plus près du blanc que du noir elle réfléchit donc les rayons plus abondamment qu’elle ne les absorbe.

Emilie.

Mais si une rose a une tendance si forte à

4t)6 irjc ijR refraction

réfléchir les rayons, j’aurois imagine qu’elle seroil d’une couleur rouge foncé.

Mae. P»

Je veux dire qu’elle a une tendance générale à réfléchir les rayons. Les corps d’une teinte quelconque pâle réfléchissent tous les rayons colorés à un certain degré , ce qui produit leur pâleur, qui les rapproche du blanc ; mais il y a une couleur qu’ils réflé-* dussent plus que les autres, c’est celle qui prédomine sur le blanc et qui détermine leur couleur. Puis donc que les corps de couleur pâle réfléchissent à certain point tous les rayons , en traversant les couleurs variées du spectre , ils les réfléchiront toutes avec assez d’éclat ; mais ils paroîtront plus brill ans dans le rayon de leur couleur naturelle. Les feuilles vertes au contraire sont d’une couleur foncée , qui se rapproche plus du noir que du blanc ; elles ont donc une plus grande tendance à absorber qu’à réfléchir les rayons ; ne réfléchissant que les rayons bleus et jaunes , et meme trèsfoiblement, elles paroissent sombres en traversant les autres couleurs du spectre.

DES COULEURS

Elles doivent neanmoins réfléchir nne grande quantité de rayons verts , pour pro-» 'du ire une couleur si foncée»

Mad. B.

La teinte Foncée ou obscure de la couleur provient plutôt de la rareté des rayons réfléchis, que de leur trop grande abondance. Rappelez-vous que sans lumière les corps sont noirs: si donc, un corps ne réfléchit qu’un peu de rayons verts , il doit paroître d’un vert sombre • c’est l’éclat et l’intensité de la couleur qui montrent qu’il y a une grande quantité de rayons réfléchis.

Emilie.

Ainsi un corps blanc , qui réfléchit tous Jes rayons , paroîtra également brillant dans toutes les couleurs du spectre.

Mad. B.

Certainement. Et cela se prouve aisément ? en passant une feuille de papier blanc sur les rayons du spectre,

DE LA RÉFRACTION

Caroline.

Pourquoi le bleu paroît-il souvent vert à la lumière d’une chandelle ?

Mad. B.

La lumière d’une chandelle n’est pas si pure que celle du soleil ; elle a une teinte jau* nâtre ; quand elle est réfractée par le prisme ^ les rayons jaunes y prédominent. Les rayons de celte couleur suivent immédiatement les bleus dans Fordre de réfrangibilité. Il en résulte que les corps bleus, outre les rayons de leur propre couleur 5 réfléchissent des rayons jaunes avec plus d’abondance que d’autres. Ces rayons, se trouvant mêlés en excès au bleu réfléchi par la lumière d’une bougie on d’une chandelle ? lui donnent une teinte verdâtre.

Caroline.

La lumière de la bougie doit donc donner à tous les corps une teinte jaunâtre par l’excès des rayons jaunes; et cependant on remar que communément que les personnes d’un teint

ET DES COULEURS* 499

Jaunâtre paroissent plus blanches à la lumière de la bougie.

Mad. B.

Le jaune de leur figure est moins frappant quand tous les objets ont une teinte jaune.

Emilie.

Qu’est-ce qui fait paroître le soleil rouge 4 travers un brouillard ?

Mad. B.

On suppose cjue c’est dû à ce que les payons rouges ont une plus grande force , qui leur permet de traverser une atmosphère si dense. Par la même raison , le soleil paroît généralement rouge au lever et au coucher , parce que l’atmosphère que les rayons ont à traverser obliquement , plus étendue et chargée de brouillards ët de vapeurs qui se forment ordinairement dans ce temps , empêche les autres rayons de nous atteindre.

Caroline.

fa pourquoi , je vous prie } le ciel estil d’une eouleur bleue ?

fîoo

DE LA REFRACTION

Mad, B.

Vous devriez plutôt dire , l’atmosphère J Car le ciel est un terme très -vague , dont le sens est très-difficile à définir philoso^ phiquement.

Caroline.

Mais l’atmosphère paroîtroit blanche, puisque tous les rayons la traversent dans leur passage vers la terre.

Mad. B.

N’oubliez pas que, des rayons qui viennent du soleil à la terre , nous ne voyons que ceux qui arrivent à nos yeux. Nous ne les recevons tous réunis qu’en regardant le soleil 9 et alors il paroït blanc. L’atmosphère est un milieu transparent , à travers lequel les rayons du soleil passent librement jusqu’à la terre ; mais quand ils rencontrent Fatmosphère , il s’y fait une grande disperdition de lumière. Les ravons bleus sont arrêtés

plus que les autres , et éprouvent de continuelles réflexions ; cette réflexion a lieu dans tontes les directions possibles ; en sorte que quand nous regardons l’atmosphère ,

ET DES COULEURS. Soi*

quelques-uns de ces rayons arrivent à nos yeux ; et c’est à cause de cela que nous voyons Fair d’une couleur bleue. Si Fatmosphère ne réfléchissoit pas quelques rayons , quoique les objets à la surface de la terre fussent éclairés , le ciel paroîtroit parfaitement noir.

Caroline.

Oh! comme cela seroit triste , et comme on souffriroit de voir constamment les objets brillans sur un ciel noir. Mais pourquoi les corps changent - ils souvent de couleur ; comme les feuilles qui sèchent en automne^ ou comme l’encre qui produit sur le linge une tache de rouille?

Mad. B.

Cela vient de quelque changement chimique , qui a lieu dans l’arrangement intétérieur des parties , en vertu duquel elles perdent leur tendance à réfléchir certaines couleurs , et acquièrent la force d’en réfléchir d’autres. Ainsi , une feuille sèche ne réfléchit plus les rayons bleus ; elle paroit donc jaune ou elle a une légère tendance

DE Li RÉFRACTION

à réfléchir plusieurs rayons -qui produisent nne couleur d’un brun foncé.

Une tache d’encre sur le linge absorbe

d’abord tous les rayons; mais exposée à l’air,

elle subit un changement chimique , et la tache reprend en partie sa tendance à réfléchir les couleurs ; mais avec préférence à réfléchir les rayons jaunes ; et c’est ainsi que vient la couleur de rouille,

Emilie.

Les corps , loin d’etre de la couleur qu’ils paroissent posséder, sont donc de la couleur pour laquelle ils ont la plus grande aversion, qui ne s’incorporent point avec eux , mais qu’ils rejettent , et chassent loin d’eux.

Mad. B.

Ce rtainement ; quoique j’ose a peine avancer cette opinion , pendant que Caroline çotttemple sa belle rose.

Caroline.

Ma pauvre rose ! vous n’étes pas contenté de la priver de couleur , mais encore vous lui faites avoir de l’aversion pour elle ; et i} n’y a pas moyen de vous contredire»

ET DES COULEURS

Emilie.

Puisque les corps sombres absorbent plus

les rayons solaires que les corps lumineux ,

les premiers s’échaufferoient plus vite si on les exposoit au soleil ?

Mad. B.

Et l’expérience prouve bien qu’il en est ainsi. N’avez-vous jamais observé qu’une rob© noire est plus chaude qu’une blanche.

Emilie.

Oui , et la blanche est plus éblouissante. Ea noire s’échauffe en absorbant les rayons f la blanche éblouit en les réfléchissant.

Caroline.

Et c’est pour cela que le papier gris a brûlé au foyer de la lentille , tandis que 1© papier blanc a présenté le point le plus brillant , mais n’a pas pu se mettre en feu.

Mad. B.

Oui. Il est temps maintenant de finir notre leçon. A notre prochain entretien je ferai la description de l’œil.

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