DE LA STRUCTURE DE L’ŒIL, ET DES
I3NSTRUMENS OPTIQUES.
(Suite de l’Optique.)
Description de F œil. — De V image sur la rétine . — Réfraction des humeurs de tœiL — - De F usage des lunettes. — Du microscope simple . — Du microscope double . — Du microscope solaire * — De la lerderne magique e — Télescope par réfraction . — Telescope par réfraction èt réflexion * r; -■ ■
Mad. B.
Ij’ceiIj est d’une forme sphérique (fig. ï ÿ pîanch. xXi); deux membranes le recouvrent, l’une extérieure , a , a > a , se nomme sclérotique ; elle a un renflement dans la partie de l’œil qui est exposée à la vue ? bb. Ce renflement se nomme la cornée , parce que quand cette partie de la luern-
BE I/A STRUCTURE BE l/cEIL , CtC. So5
brane est sèche , elle a à pen près la consistance de la corne. Elle est d’ailleurs transparente et donne à la lumière un libre passage.
La seconde membrane qui double îa sclérotique et qui enveloppe l’œil se nomme la choroïde, ccc ; elle se termine sur le devant justement au dessous de la cornee par une membrane colorée qu’on nomme iris , ee 9 avant au milieu une ouverture circulaire ap-
pelée pupille , dd , par ouïes rayons entrent dans l’œil. L’iris , par son mouvement musculaire , conserve toujours à la pupille sa forme circulaire , soit qu’elle se dilate dans l’obscurité ou qu’elle se contracte à une forte lumière. Vous le comprendrez mieux en examinant la hg. 2.
Emilie.
Je ne savois pas que la pupille fût susceptible de varier de dimensions.
Mad. B.
La construction de l’œil est si admirable que cet organe est capable de s’adapter plus ou moins aux circonstances dans lesquelles
5o6 DE LA STRUCTURE DE l/(EIL
il se trouve place. Dans une lumière foible^ la pupille se dilate de manière à recevoir une quantité additionnelle de ravons ; et
dans une forte lumière, elle se contracte pour empocher que l’intensité de la lumière ne blesse le nerf optique. Voyez les yeux d Emilie , quand elle regarde vers les fenêtres , ses pupilles paraissent très -petites et l’iris s’agrandit. A présent , Emilie , tournez le dos à la lumière , et pour l’exçlure entièrement , couvrez vous les yeux avec la main.
Caroline. ■
Comme les pupilles de ses yeux se di-* latent , et combien l’iris diminue ! C’esS sans doute la raison pour laquelle les yeux sont péniblement affectés , quand de l’obscurité ils viennent subitement à une forte lumière ; car la pupille étant dilatée , une grande quantité de rayons doit s’y préci^ piter , avant qu’elle ait le temps de se com* tracter.
ir /
Emilie.
Et quand nous allons d’une forte lumière
ET DES IN STRUM ENS OPTIQUES. 5of
dans l’obscurité , au premier moment elle bous semble totale; car la pupille contractée ne peut pas donner passage à un nombre de rayons suffisant pour nous faire distinguer les objets ; mais en peu de minutes , elle se dilate et nous apercevons clairement les objets qui etoient auparavant invisibles*
Mad. B.
C’est bien cela. La choroïde cc est imbue d’une liqueur noire , qui sert à absorber tous les rayons irrégulièrement réfléchis , et a faire de l’œil uqe chambre Obscure très-parfaite. Quand la pupille est dilatée autant qu’il est possible , elle peut admettre dix fois autant de lumière qu’elle en admet quand elle est contractée. Dans les chats et les animaux qui voient , dit-on , dans l’obscurité , la force de dilatation et de Contraction de la pupille est encore plus grande ; on a calculé que leurs pupilles pouvaient recevoir ceut fois plus de lumièie en certains momens qu’en d’autres. >
Dans ces tégumens du globe de l’œil sont contenues trois substances transparentes , qu’on nomme humeurs. La première occupe
5o8 DE DA STRUCTURE DE iAeIL
l’espace immédiat ement au-dessous de la cor nee, et s’aprælle humeur aqueuse, ff , à cause de sa liquidité qui la fait ressembler a J eau* Au-delà est située l’humeur cris tall me , g g y ainsi appelée à cause de sa clarté et de sa transparence ^ elle a la forme d’une lentille , et réfracte les rayons de lumière aussi parfaitement que celles qui sont construites par Fart ; elle est attachée à la choroïde par de nombreux filets musculaires. 3àa partie postérieure de Feed, entre l’humeur ciistaliine et la retine , est remplie par l’humeur vitrée, h9 h9 qui dérive son nom d© la ressemblance qu’on lui trotsve avec 1© verre ou les substances vitrifiées.
Les tégumens membraneux de l’œil sorrt destines principalement à la conservation de la rétine, ii 9 qui est de beaucoup la parti© la plus importante de l’œil , puisque c’est elle qui reçoit l’impression des objets de la vue , et qui la porte à Fame. La rétine est une expansion du nerf optique , d’une blancheur parfaite * elle vient du cerveau
entre dans l’œil en n du côté du nez , et s étend uniformément sur la surface intérieure de la choroïde.
Les rayons de lumière, qui entrent dans l’œil par la pupille , sont réfractes par les diverses humeurs qui se trouvent sur leur passage et se rassemblent en un foyer sur la rétine.
Caroline.
Je ne comprends pas l’usage de ces humeurs réfringentes ; l’image des objets se représente dans la chambre obscure sans un tel secours.
Mad. B.
Cela est vrai; mais l’image seroit beaucoup plus forte et plus distincte , si nous élargissions l’ouverture de la chambre obscure ,
et que nous reçussions sur une lentille les rayons qui y entrent.
Je vous ai dit que les rayons viennent des corps dans toutes les directions possibles. Nous pouvons donc considérer chaque petite partie d’un objet qui envoie des rayons à nos yeux, comme un point d’ou les rayons divergent comme d’un centre,
Emilie.
Je crois que vous nous avez dit que ces
6lO DE DA STRUCTURE DE iAffilL*
rayons divergens qui partent d’un même point , se nomment un pinceau de rayons ?
Mad. B.
Oui. Les rayons divergens venus de diffétens points^ à leur entrée dans la pupille, nè se gênent point mutuellement. Considérons maintenant un seul de ces pinceaux. Si les rayons qui le composent n’étoient pas réfractés en un foyer par les humeurs , ils continueraient a diverger apres avoir passé par la pupille > et tombei oient dispersés sur la rétine ; ainsi l’image d’un seul point s’y répandroit sur une certaine etendue. Les rayons divergens de tout autre point de l’objet se mêleroient et se confondroient avec les premiers ; en sorte qu’il ne pourroit pas se former d’image distincte ; la rétine ne présenteroit qu’une confusion totale de lormes et de couleurs. La fig. 5 représente deux pinceaux de rayons partant de deux points de l’arbre AB, et entrant dims la pupille C , réfractés ensuite par l’humeur cristalline D $ ils forment sur la rétine, en ab , deux images distinctes des points d’où ils viennent. La fig 4 ,ne diffère de la précédente; qu’en ce qu’elle
PT DES XSTSTRUMENS OPTIQUES. Sii
n’a pas de lentille ; en conséquence , les pin-* eeaux de rayons ne sont pas réfractes en nn foyer, et il ne se forme pas d’imagé distincte sur la rétine. Je n’ai tracé que les rayons partant de deux points d’un objet , et j’ai distingué les deux pinceaux dans la fig. 4 * en traçant l’un des deux avec des lignes pointées; le mélange de ces deux pinceaux de rayons sur la rétine vous donnera l’idée de la confusion que produiroient des milliers et des millions de points qui enverroient au même instant sur la rétine leurs rayons divergeas.
EmîlîE,
C’est vrai; mais je ne comprends pas cependant très -bien, comment les humeurs réfringentes remédient à cette imperfection.
Mad. B.
La réfraction de ces diverses humeurs rasJ semble le pinceau entier de rayons, qui partent d’un point d’un objet , en un point cores» pondant sur la rétine , et par-ià l’image devient forte et distincte. Si vous concevez ( fig. 5 ) que chaque point de l’arbre envoie un pinceau de rayons semblable à ceux
Sl2 BE BA STRUCTURE DÎ5 iAffiTL ;
qu’envoient A, B, chaque point de l’arbre sera représenté exactement sur îa rétine ? comme les points a , b , représentent leurs correspondans.
Emilie.
Comme tout ceîa est admirablement et merveilleusement inventé !
Mais puisque l’œil a besoin d’humeurs réfringentes pour avoir une image distincte formée sur la rétine ; pourquoi îa même réfraction n’est-elle pas nécessaire pour l’image qui se forme dans la chambre obscure?
Mad. B.
Parce que l’ouverture par laquelle on reçoit les rayons dans la chambre obscure est extrêmement petite, de manière qu’il n’y a que très-peu de rayons divergens du même point qui puissent y entrer; mais nous allons agrandir l’ouverture , et y mettre une lentille ; vous verrez que le paysage se représentera d’une manière bien plus parfaite.
ÆT DES IN STRUMEN S OPTIQUES. 5l5
Caroline.
Comme l’image est obscure et confuse à present que vous avez agrandi l’ouverture ? sans mettre de lentille!
Mad. B.
C'est ainsi , ou à peu près que seroit l’image sur la rétine sans les humeurs réfringentes. Mais voyez la différence que produit la îentille , qui rassemble chaque pinceau de rayons divergens à son loyer.
Caroline.
Le changement est remarquable ; l’image est plus claire , plus vive , et plus belle que
Jamais.
Mad. B.
Vous pourrez maintenant comprendre la nature de cette imperfection de la vue qui provient le plus souvent de ce que les yeux sont trop proéminens. En général, si le cristallin D ( fig. 5 ) est très-convexe , ou si les humeurs sont trop réfringentes, les rayons sont trop réfractés et le pinceau, venant d’un point de l’objet AB, a son foyer en F avant d’atteindre
5j4 de la structure de i/ceil y
3a reline. De ce foyer les rayons vont en divergeant , et forment par conséquent une image confuse sur la rétine en ab . C’est le défaut des myopes.
Emilie.
cj , F
Je comprends parfaitement. Mais pour- -quoi remédie-t-on à ce défaut , en approchant l’objet de l’œil , comme l’éprouvent les personnes qui ont la vue basse ?
JJ G S 0 si q ; lu :
Mad. B.
Plus vous mettez un objet prés de votre œil , plus les rayons tombent divergens sur le cristallin, et plus aussi s’éloigne le foyer vers lequel ils convergent ; ce foyer tomb© donc sur la réline, ou s’approche d’elle, et l’objet devient suffisamment distinct comme dans la figure 6.
Emilie.
Ainsi, plus on met l’objet prés de la lentille , plus l’image s’en écarte du côté opposé.
; Mad. B.
Certainement. Mais les myopes ont une
ET DES INSTRUMENS OPTIQUES. 5l5
autre ressource pour les objets qu’ils ne peuvent pas approcher de leurs yeux ; c’est de mettre une lentille concave (fîg. 1 , pl. xxii) devant l’œil , pour augmenter la divergence des rayons. Une lentille concave,#, produit comme vous savez, un effet inverse de celui d’une lentille convexe ; elle rend divergens les rayons parallèles et diminue la convergence de ceux qui tendent à un foyer. Avec le secours de ces verres , les rayons d’un objet éloigne tombent sur la pupille aussi divergens que ceux qui viennent d’une distance moindre; et pour les myopes, ils repoussent jusqu’à la rétine l’image d’un objet éloigné.
Caroline.
Quelle utile invention !
Et d ites moi , quel remède vous donneriez aux personnes dont la vue a ce défaut contraire, c’est-à-dire, chez lesquelles le cristallin est si plat, que les rayons qu’il réfracte atteignent la rétine avant d’avoir convergé en un point?
Si 6 DE LA STRUCTURE DE L’ŒIL*'
Caroline.
Je suppose qu’on doit appliquer en ce cas le remède contraire ; c’est-à-dire , une lentille convexe, LM, %. 2 , pour suppléer au défaut de convexité du cristallin , OP. Car la lentille convexe rapprocheroit le foyer de manière à faire tomber les rayons moins divergens au meme parallèles sur le cristallin* dont la force réfringente suffiroit alors pour faire arriver le foyer sur la rétine.
Mad. B.
Très -bien Caroline. C’est pour cela que les vieillards, chez qui les humeurs des yeux ont été altérées par l’âge , sont forcés de se servir de verres convexes ; et quan d ils n’en ont pas , ils mettent l'objet à une distance de leurs yeux, comme dans la fig. 5, pour ramener en avant le foyer.
Caroline.
J’ai souvent été surprise de voir que quand mon grand père lit sans lunettes il met le livre à une grande distance de ses veux. Mais je le comprends à présent* car plus l’objet est
ET LES INSTPOJMENS OPTIQUES. 5l 7
eloi gne du cristallin , plus l’image, s’en rap*; proche.
Emilie.
Je comprends très - bien la nature de ces deux défauts opposés , mais je ne peux pas concevoir comment une vue peut être parfaite ; car si le cristallin est d’un degré de convexité propre à porter l’image des objets eloi gnés a un foyer sur la rétine, il ne donnera pas une image distincte des objets plus rapprochés : si au contraire il est adapté de manière à donner une image claire des objets voisins , il en donnera une imparfaite de ceux <pi sont éloignés..
Mad. B.
Votre observation est très-juste , Emilie; et il est vrai que tout le monde seroit sujet à* l’un de ces défauts de vue , si nous ne pouvions pas augmenter ou diminuer la convexité du cristallin et le pousser en avant ou en arrière selon les circonstances (1). Dans
(1) On sait d’ailleurs que les changemens de convexité de la cornée ont ici beaucoup d’influence.
( Note du Traducteur. )