I.ï MUTII.lt
Pour le môme salaire, non, parbleu I j'aime mieux mon étal d'ébéniste, quoiqu'on y chôme de temps en temps e( que les mortes Baisons soienl dures a ■ i .
l'économiste.
Et pourquoi l'aimez-vous mieux?
l'émeutier.
Parce qu'il est plus agréable de confectionner un meuble dans un bon atelier, bien éclairé et bien aéré, — dans un atelier où l'on n'a rien à craindre du grisou, — que d'aller extraire de la houille à mille ou douze cents pieds sous terre.
l'économiste.
Ainsi donc, en admettant que vous n'eussiez pas encore fait votre apprentissage, et qu'on vous donnât à choisir entre les deux métiers, vous prendriez celui d'ébéniste?
A coup sûr. A moins, bien entendu, que l'autre ne fût beaucoup plus lucratif.
l'économiste.
Ah! de manière à compenser le désagrément de travailler sous terre, et le risque d'être asphyxié par le grisou?
l'émeutier.
Précisément. Encore aurais-je de la peine à me résigner à descendre dans une bure i.
l'économiste.
Aimeriez-vous mieux conduire une locomotive?
l'émeutier.
Gela m'irait mieux. Mais pas à raison de deux francs par jour ; sinon, je continuerais à préférer ma scie, mon rabot et mes planches.
1 Puits d'une mine.
l'économiste.
Pourquoi?
l'émeutier.
Avez-vous perdu le sens? Esl-ce que le conducteur de la locomotive n'est pas tous les jours expose à des accidents mortels?... EL quelle mort! broy6, carbonisé, pulvérisé. Gela fait dresser les cheveux, rien que d'y penser.
l'économiste.
Mais si l'on vous payait de manière à couvrir les risques du métier, si l'on vous donnait par exemple cinq francs par jour...
Ma foi, je me risquerais. On n'est pas plus poltron qu'un autre, après tout. Et un salaire de cinq francs BSl toujours bon à gagner.
l'économiste.
Gonsentiriez-vous aussi à aller travailler dans une fabrique de céruse?
l'émeutier.
Pour attraper la colique de plomb ? Merci! l'économiste.
< m trouve pourtant des ouvriers pour cette industrie-là comme pour les autres.
l'émeutier.
< lui, mais pas au même prix.
l'économisti .
P< urquoi?