‹ Conversations sur le commerce des grains et la pro tection de l'agricultureChapitre 15 sur 59 · TROISIÈME CONVERSATION · texte numérisé non relu

TROISIÈME CONVERSATION

Sommaiuk : Convient-il do suspendre le travail des distilleries dans les années de disette? — Apparences et réalités. — Que les distilleries sont des réservoirs à, grains. — Qu'elles facilitent et assurent les approvisionnements. — Les boulangers. — Un Mémoire des boulangers de Bruxelles. — La taxe du pain.

— Que ses avantages sont illusoires et ses inconvénients réels.

— Comment la philanthropie peut aboutir à. l'usure.

LE PROIIIBITIONNISTE, Lisant son journal.

Ah ! voici une mesure vraiment salutaire !

l'économiste.

Quelle mesure ?

LE PHOIIIBITION.MSTE.

On vient d'interdire en France la distillation des grains indigènes. Je ne suis point, vous le savez, un partisan exagéré des mesures restrictives, et je me suis joint à vous pour défendre la liberté du commerce des grains à l'intérieur. Lorsque la liberté me parait utile, je suis libéral ; mais lorsqu'elle me parait nuisible, je suis prohibitionniste. Voilà mon opinion. Ehl bien, dans les moments où les approvisionnement! sont en déficit, où la subsistance des populations esl compromise, n'est-il pas s ige d'em pécher qu'on ne détourne les grains de leur destina-

LES DISTILLATEURS ET LES BOULANGERS. 8a

tion naturelle et nécessaire? — Un verre de faro, Mieque!

l'économiste.

Non pas. Un verre d'eau fraîche pour monsieur, Mieque!

LE PROHIBITIONNISTE.

Un verre d'eau, à moi? Mais je ne puis pas souffrir l'eau. Elle méfait mal à l'estomac. Du faro, morbleu, du faro !

l'économiste.

Non, vous boirez de l'eau.

LE PRODIBITIONNISTE.

Ah ça! Mais vous devenez fou. Vous savez bien que je ne puis me passer de mon verre de faro. l'économiste.

Vous vous en passerez.

LE PROHIBITIONNISTE.

(La mieque lui apporte un verre de faro. Il en boit quelques gorgées d'un air triomphant.) Pourquoi ça?

Eh ! mais pour ne pas détourner le grain de sa destination naturelle et nécessaire.

LE PROHIBITIONNISTE.

Oh! il y a une grande différence entre le genièvre et le faro.

l'économiste.

Avec quoi fabrique-t-on le genièvre?

LE PROHIBITIONNISTE.

Avec du grain.

l'économiste.

Avec quoi fabrique-t-on le faro ?

LE PROIllBITIONNISTE.

Avec du grain encore, mais...

l'économiste.

Eh ! bien, au point de vue de la consommation des grains, et c'est à ce point de vue seul que nous devons nous placer, la fabrication du faro et des autres bières n'est pas moins nuisible que celle du genièvre. Que dis-je? elle l'est'davantage, car elle absorbe des quantités de grains bien autrement considérables. Nous n'avons que 600 distilleries environ dans le pays. Nous avons plus de 3,000 brasseries. Pour être logique, il ne faudrait pas se contenter de fermer les distilleries, il faudrait fermer aussi les brasseries. C'était bien ainsi, du reste, qu'on l'entendait au moyen âge. A peine la disette commençait-elle à sévir, qu'on fermait à la fois distilleries et brasseries.

LE PROHIBITIONNISTE.

El que faisait-on des ouvriers employés dans les brasseries?

l'économiste.

El que feriez-vous des ouvriers employés dans les distilleries?

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