‹ Conversations sur le commerce des grains et la pro tection de l'agricultureChapitre 46 sur 59 · M. I IM · texte numérisé non relu

M. I IM

droit de 5 francs, c'est 25 p. 100; un droit de 10 francs, ce serait 50 p. 100. Que diriez-vous si on proposait de supprimer l'impôt foncier et de le remplacer par une taxe de 25 p. 100 ou de 50 p. 100 sur les grains ?

LE PROTECTIONNISTE

Ce serait une infamie. Jamais de la vie je ne voterais cela.

l'économiste.

Pas même si on y ajoutait des taxes de 15 à 30 p. 100 sur la viande de boucherie, bœuf, veau, mouton et porc ?

le protectionniste.

Oh ! je connais votre tactique. Vous essayez de nous rendre impopulaires, en nous accusant de vouloir renchérir le pain et la viande. Alors, que voulez-vous ?

le protectionniste.

Nous voulons protéger l'agriculture, en assurant à l'ouvrier du travail et du pain.

LE COLLECTIVISTE

Ne parlons pas de l'ouvrier ! Bourgeois, exploiteurs que vous êtes !

LE PROTECTIONNISTE

Phrase de club ! Nous sommes les protecteurs naturels des ouvriers.

LE COLLECTIVISTE

Leurs pères !

LE PROTECTIONNISTE

Oui, leurs pères !

LE COLLECTIVISTE

Comme Ugolin était le père de ses enfants. l'économiste.

Voyons, calmez-vous. Nous ne sommes pas ici à la Chambre. Nous sommes au Bagne; n'appelons pas sur nous l'attention des gardes-chiourmes. Discutons paisiblement; (au protectionniste) pourquoi voulez-vous protéger l'agriculture ?

LE PROTECTIONNISTE

La belle question ! Parce que l'agriculture agonise. Tâchez donc, vous autres théoriciens, de tenir compte des laits. Vous me dites qu'il y a trente ans, mon digne grand-père, que Dieu ait .son âme ! demandait la prohibition à la sortie des grains et vous essayez de me mettre en contradiction avec lui parce que je veux empêcher l'importation? Mais, je vous le demande, la situation est-elle aujourd'hui <■•• qu'elle était il y a trente ans? On souffrait alors d.' la disette, on souffre maintenant de l'abondance. Nos pères n'avaient pas assez de blé el de viande. Nous '-m sommes inondés. Il nous eu vient des États-Unis, du Canada, de la Californie, du Chili, d.- l'Australie, de l'Inde, sans parler de la Hongrie, delà Roumanie, delà Russie. Vous verrez qu'il nous en viendra bientôt du Congo. C'est un débordement dé subsistances.

i.'i CONOMI8TB.

Qui nous expose a mourir de faim.

LE PR0TEC1 IONM8TB.

\ us l'avez dit. Comment voulez-vous que notre succombe pai sous l'invasion de ces

masses énormes et continuellement croissantes de blé, de bétail et même de viandes abattues qui nous arrivent de pays où on les produit presque sans frais sur des terres vierges, où le cultivateur et l'éleveur n'ont pas de rente à payer, et d'où on les transporte, moyennant un prix dérisoire, sur nos marchés? Non ! dans ces conditions, la lutte n'est pas possible. Si nous n'opposons pas une barrière à l'inondation, notre agriculture sera submergée. Nous serons obligés de laisser nos champs en friche et alors que deviendront nos fermiers et nos métayers? Qui nourrira nos ouvriers?

LE COLLECTIVISTE

Ne parltm^pas des ouvriers. Ils sont à nous, les ouvriers.

Pour les ouvriers comme pour les bourgeois, pour tout le monde, croyez-moi, ce sera la ruine. Est-ce que nous ne sommes pas tous intéressés à la conservation de notre agriculture ?

l'économiste.

Sans aucun doute. C'est un point sur lequel tout le monde est d'accord. Seulement, il s'agit de savoir quel est le meilleur moyen de conserver notre agriculture.

LE PROTECTIONNISTE

Parbleu ! c'est de la protéger.

LE COLLECTIVISTE

C'est de supprimer les propriétaires et de nationaliser le sol.

l'économiste.

Nous verrons bien. Commençons par la protection ; protéger, c'est empêcher les grains et le bétail étrangers d'arriver sur nos marchés.

LE PROTECTIONNISTE

Vous l'avez dit.

l'économiste.

Eh bien ! nous ne sommes pas loin d'être d'accord. Moi aussi je veux empêcher les grains et le bétail étrangers de supplanter les nôtres. Nous n'en différons que sur les moyens.

Tous les moyens sont bons.

l'économiste.

C'est à savoir; que pensez-vous des corsaires bar- [ues .' N'êtes-vous pas d'avis qu'on a eu tort de les supprimer?

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