‹ Conversion de M. Marie-Alphonse Ratisbonne: Relation authentique, suivie de la lettre de MChapitre 13 sur 14 · SOI · texte numérisé non relu

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« vive qu'on lasuppose, pourrait-elle s'identi- « fier avec cette vive douleur? Non, cher ami, « la langue ne peut prêter à l'amitié la plus « tendre aucune expression qui puisse adoucir • le moins du monde le désespoir d'un père et « d'une mère aussi profondément malheureux.

« La religion seule, et toujours elle, fait dire « les mots que le cœur déchiré a besoin d'en- « tendre, seule elle a le droit et le pouvoir de « faire couler les larmes sans trop d'amertu me, « seule, elle peut oser parler d'espérance à « côté du désespoir, seule aussi elle peut « promettre l'avenir à ceux qui n'ont plus de «r passé ni de présent. Il n'y a qu'elle qui ait « la sublime puissanco de relever l'âme abat- « tue en offrant la certitude d'une éternelle « réunion à ceux dont une affreuse séparation « vient de briser pour toujours les liens de « la vie mortelle. Oh ! que je plains ceux qui « souffrent et sont assez malheureux pour « conserver des doutes sur ces grandes et con- <r solantes vérités! Chaque fois qu'une douleur « nouvelle vient assaillir le cœur, qu'il doit « être triste de ne savoir de quel côté tourner « ses regards, et d'être obligé de rester seul « aux prises avec le malheur et le désespoir ! « L'âme chrétienne, au contraire, trouve tou- « jours un sûr refuge au pied de la croix ; « elle vient y répandre ses larmes, raconter ses

9 douleurs, puiser la force et le courage de la « résignation qui serait impossible sans la foi « que donne l'espérance... »

La même lumière qui l'avait conduit aux sources pures des véritables consolations, lui révélait, jusque dans l'abjection morale la plus profonde, la valeur surnaturelle de ces âmes dégradées que la foi chrétienne réhabilite, tandis que le monde, pour toute récompense, les écrase de ses mépris. Quelles sublimes paroles il laisse tomber sur un grand personnage arrivé, chargé de honte, aux dernières limites d'une vie de désordres !

« Cette tête autrefois si haute, si insolente, « maintenant courbée sur la tombe ! ce regard « spirituel, méchant et toujours libertin, auf jourd'hui morne, éteint, hébété ! toute cette f lente et humiliante décomposition d'une « organisation dont on fut si fier et dont on c abusa si effrontément ! ! ! voilà des leçons ! t Eh bien ! mon ami, cette décrépitude, cette c mort morale, cette fin presque rebutante « d'une vie scandaleuse, le monde s'en dégoûte « s'en écarte avec horreur, mépris ou pitié.

« Mais Dieu est là ! il ne juge pas comme le « monde ; d'un mot, d'un regard, il relève, il « régénère, il sanctifie cette âme égarée : et « celui que nous regardons avec tantde dédain, « avec une pitié si souvent insultante, s'il a

« pu élever une fois son cœur et ses yeux vers « le ciel, cet homme si fini a peut-être déjà « sa place marquée là-haut ! Encore quelques « jours de souffrances et d'humiliations, et « peut-être ce sera lui qui nous plaindra et « nous regardera en pitié ! Voilà pourtant ce « que notre sublime religion nous oblige de « croire et ces gens vous disent que c'est une « niaiserie ! Ils tuent, ils flétrissent, et vous « livrent au néant ! Voilà ce qu'on nomme « philosophie, amour de la sagesse ! »

En aucun temps, ni l'éclat des grandeurs, ni la gloire d'un rôle important dans les conseils où s'agitaient les destinées de la France et de l'Europe, n'avaient tenté l'ambition de M. de Laferronnays. Il écrivait, le jour même de sa nomination au ministère des affaires étrangères: (( Mon ami, je suis bien triste et bien malheu- « reux ! Malgré toutes mes résolutions, j'aiac- « cepté cette terrible place. J'aurais résisté « peut-être aux désirs du roi, j'ai cédé à sa « tristesse, à sa bonté, et me voilà enchaîné. « Vous lirez ce matin ma sentence dans le « Moniteur, et vous pourrez vous dire que « dans ma nouvelle position, qui sera si enviée « par tant de monde, il n'y a pas d'homme en a France qui se trouve plus à plaindre et plus « malheureux. C'est une singulière chose que « la destinée, et je ne comprends rien à la

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« mienne, qui me pousse toujours du côté op- « posé à celui où je voudrais aller. Jamais, r cependant, je ne l'ai trouvée plus triste, « plus contraire à mes vœux que dans cette cir- « constance. Si jamais on vous dit que je suis « ambitieux, que j* aime ce qu'on nomme les t honneurs, les tracas d'affaires, l'importance c des places, enfin toutes ces niaiseries humaine nés pour lesquelles on se bat et l'on boule- « verse des empires, pressez-vous bien vite a de dire que l'on en a menti. »

Mais ce rut d'un point de vue plus grave et plus élevé, parce qu'il était plus religieux, qu'il envisagea depuis sa conversion toutes ces niaiseries humaines. 11 les domine véritablement de toute la hauteur de l'éternité, dont il a constamment la pensée dans le cœur.

« Quand c'est au bout de cinquante ans « (fétourdissement et de dissipation que ces « grandes pensées de la mort vous occupent, « croyez-vous qu'il soit bien de chercher à s'en « distraire , et qu'on ait tort de ne pas y être « disposé? Me trouverez-vous bien coupable « de désirer que rien ne vienne m'arracher à « ce genre de réflexions, auxquelles on ne se « livre bien que dans le silence et la solitude? <r Non, mon ami, je suis bien sûr que vous me « comprenez, et si quelque devoir impérieux « venait me demander ce qui me reste de force,

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* et me condamner à une vie indépendante et « distraite, tous sauriez me plaindre et me- « surer l'immense sacrifice qui me serait im- « posé à mon âge et avec un terrible passé ; les « minutes sont d'un prix immense ; on redoute « tout ce qui peut détourner ou dénaturer « l'emploi d'une de ces minutes précieuses.

« J'ai perdu tant de temps, que tout ce qui « peut m'arrêter ou me faire reculer peut me « mettre dans le cas d'être surpris ayant d'être « arrivé. Tout cela n'est sérieux que pour moi; « les politiques de salons et les rédacteurs de « journaux n'y pensent guère, et en me pous- « sant comme ils le font, il leur importe peu « où je tomberai. Mais il m'importe à moi ! « Aussi, ils peuvent être sûrs qu'à moins que « je me sente convaincu de la volonté de Dieu, « aucune considération ne me fera céder. »

La plupart de ces admirables lettres furent écrites de Rome. C'est à Rome que cette belle âme, plus rapprochée des sources pures de la foi, rafraîchie par des rosées spirituelles plus abondantes, avait poussé en peu de temps d'aussi profondes racines dens la vertu : c'est dans la douce chaleur de l'atmosphère catholique qu'elle avait épanoui ses fleurs les plus suaves, c'est de là qu'elle répandait au loin tous ses parfums. C'est à Rome aussi, c'est sur cette terre sacrée qui lui avait été si propice,

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que l'arbre est tombé, affaissé sous le poids des fruits de charité tendre, de sincère piété, d'humblerepentir, dont sa vigoureuse vieillesse, rajeunie par la foi, s'est montrée si féconde ! La douceur de ses parfums et de ses fruits demeure dans l'Eglise de Rome comme l'une de ses plus belles gloires, dans le souvenir de tous ses amis comme un charme puissant qui les attache ou les attire au Christianisme, dans les cœurs même qu'il a brisés en tombant, comme un baume céleste à leur blessure, comme un gage manifeste d'immortalité.

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