DU DISCOURS DE M. DUPÀNLOUP
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« La divine Providence est admirable dans ses pensées et dans ses voies, et je plains ceux qui ne savent ni la comprendre ni la bénir.
Pour eux la vie de l'homme n'est qu'un douloureux mystère, ses jours un enchaînement fatal, l'homme -lui-même une noble, mais toutefois maudite créature, jetée loin du ciel sur cette terre de larmes; pour y vivre dans les ténèbres, y mourir dans le désespoir, profondément oublié d'un Dieu qui ne s'inquiète ni de ses vertus, ni de ses douleurs... Mais non, 6 Dieu vous n'êtes pas ainsi, et vous ne nous avez pas faits de la sorte : malgré notre profonde et infinie misère, nous ne sommes pas si misérables ; votre Providence veille sur nous; elle est plus élevée que les cieux, plus profonde et plus étendue que les vastes mers; c'est un abîme de puissance, de sagesse et d'amour
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(( Vous nous avez faits pour vous, Seigneur, et notre cœur est perpétuellement inquiet, jusqu'à ce qu'il se repose en vous ! Nous avons de vous un besoin intime, immense, qui nous remue profondément... qui nous dévore... et, quand nous cédons à ce besoin sublime, nous vous trouvons infailliblement.
« Je vous bénis surtout, je vous adore, quand, des profondeurs de votre éternité, vous vous souvenez avec compassion de la boue dont nous sommes pétris; quand, du haut des deux, vous fixez un regard de pitié et d'amour sur le plus humble des enfants de votre puissance; quand, selon l'expression de votre prophète, vous remuez le ciel et la terre, et multipliez les prodiges, pour sauver ceux qui vous sont chers... pour conquérir une seule âme
« vous, sur qui tous les regards se reposent ici, en ce moment, avec un attendrissement inexprimable, avec le plus tendre amour ; car c'est Dieu, c'est sa miséricorde que nous aimons en vous ; vous dont la présence en ce saint lieu m'inspire ces pensées; racontez-nous vous-même quelles étaient vo
pensées et vos voies... par quelle secrète miséricorde le Seigneur vousa poursuivi... ramené...
« Car enfin qui êtes-vous? que demandezvous à ce sanctuaire ? quel est ce regard et ces hommages que vous semblez y apporter ?
quelle est cette robe blanche dont je vous vois revêtu? Dites-nous d'où vous veniez... où vous alliez ? quelle force a tout à coup changé vos voies ?... et comme Abraham, votre aïeul, dont vous êtes aujourd'hui le bienheureux, fils, marchant devant vous, comme lui à la voix du Seigneur, sans savoir où tendaient vos pas; les yeux encore fermés, vous vous êtes trouvé tout à coup dans la Cité sainte. . L'œuvre du Seigneur n'était pas faite encore : mais c'est à vous à nous dire comment le soleil de la vérité et de la justice s'est levé dans votre âme, quelle fut sa brillante aurore... pourquoi vous goûtez comme nous, mieux que nous peut-être la bonne parole... les vertus du siècle futur et toutes nos bienheureuses espérances... Dites-nous, nous avons le droit de le savoir, pourquoi vous entrez dans nos biens comme dans votre héritage ? qui vous a introduit parmi nous? car enfin hier nous ne vous connaissions pas... ou plutôt nous vous connaissions...
« Oh ! ici je dirai tout, car je sais quelle joie je donnerai à votre cœur, en racontant avec vos misères les célestes miséricordes.
« Vous n'aimiez pas la vérité, mais' la vérité vous aimait. Aux efforts du zèle lé plus ardent et le plus pur, vous ne saviez opposer qu'un sourire dédaigneux, un silence nonchalant, une réponse subtile, des exigences hautaines, et quelquefois des plaisanteries blasphématoires. Dieu patient ! ô Dieu qui nous aimez malgré nos misères ! votre miséricorde a quelquefois une profondeur, une sublimité, une tendresse, et, laissez-moi le dire, une puissance et des délicatesses infinies.
« Tout à coup un bruit se répand dans la sainte Cité, tous les cœurs chrétiens en sont consolés : celui qui blasphémait hier, qui, ce matin encore, se moquait des amis de Dieu, le voilà qui évangélise ; la grâce e st répandue d'en haut sur ses lèvres -, il ne sort plus de sa bouche que bénédiction et douceur ; les plus vives lumières de la loi évangélique semblent briller à ses yeux ; on dirait que l'onction céleste lui a enseigné toutes choses. D'où lui sont venus ces yeux illuminés du cœur, ce cœur éclairé d'en haut, qui voit tout, qui a tout compris ? Dieu, vous êtes bon., infiniment bon, et j'aime à redire cette douce parole que nous recueillions naguère sur les lèvres bénies de celui dont le souvenir est désormais ineffaçable dans nos cœurs : nous le pleurions, il y a quel-
ques jours; aujourd'hui nous le regrettons encore : mais nous- ne le pleurons plus. « Oui vous êtes bon, et les enfants des hommes ont « bien fait de vous appeler le bon Dieu *. »
Vous ébranlez les lois de la nature ; rien ne vous coûte pour sauver vos enfants. Quand vous ne venez pas vous-même, vous envoyez vos anges... Que dis-je ! vous envoyez vos anges !... ô Dieu, dirai-je tout ici ? Je dois commander la réserve à ma bouche, mais quelle est celle-ci ? quœ est ista ? Je ne puis le dire, et cependant je ne puis le taire.
<( Marie, je vous salue ! vous êtes pleine de <c grâce, Ave, gracia plena ; » et de la plénitude de votre cœur maternel, \pus aimez à la répandre sur nous. Le Seigneur est avec vous, Dominas tecum ; et c'est par vous qu'il se plaît à descendre jusqu'à nous ! Et maintenant il me faudrait prendre des images dans les cieux ou parler ce langage enflammé des prophètes pour vous louer dignement ? Car, ô Marie, votre nom est plus doux que la joie la plus pure, plus suave que les parfums les plus exquis, plus délicieux que l'harmonie des anges, in corde jubilus ; plus doux au cœur fidèle que le rayon de miel aux lèvres du voyageur fati-
1 Dernières paroles de M. le comte de Laferronnays.
gué, mel in linguâ; plus secourable et plus doux au cœur coupable, mais repentant, que la rosée du soir aux feuilles desséchées par le soleil du midi, ros in herbâ. Vous êtes belle comme l'astre des nuits, pulchra ut luna ; et c'est tous qui ramenez les pas du voyageur égaré tous êtes éclatante comme l'aurore, cmrora consurgens; douce et pure comme l'étoile du matin, Stella matutina ; et c'est vous qui pércédez dans les cœurs le lever du soleil de justice.
« Marie, je ne puis suffire à raconter vos amabilités et vos grandeurs, et c'est ma joie de succomber sous tant de gloire! Mais, puisque je parle dans l'assemblée de vos enfants, qui sont mes frères, je continuerai sans crainte à dire, à votre louange, toutes les pensées de mon cœur.
<c A votre nom, ô Marie! le ciel se réjouit, la terre tressaille d'allégresse, l'enfer frémit d'un impuissant courroux. Non! il n'y a pas de créature si sublime ou si humble qui puisse vous invoquer et périr. Les augustes basiliques élevées par la piété des grandes nations, les chiffres d'or , les riches bannières travaillées par des mains royales, comme les modestes présents du nautonnier déposés à votre pauvre chapelle, dans le creux du rocher, sur le rivage des mers, ou bien votre humble image que j'ai
vue tracée par la main des martyrs au fond des catacombes, tout atteste votre puissance pour apaiser les orages et faire descendre icibas la divine miséricorde. Marie, j'ai vu les lieux les plus sauvages de la nature sourire à votre nom et se parer de grâce : les pieux habitants de la solitude célébraient votre gloire ; l'écho de la montagne, les flots du torrent répétaient à l'envi vos louanges. J'ai vu., dans les grandes cités mondaines, fleurir à l'ombre de votre nom les plus pures et les plus nobles vertus ; j'ai vu la jeunesse, avec cet élan généreux, avec cette ardeur confiante avec ce charme inexprimable dont la vertu embellit le front de la jeunesse, je l'ai vue préférer votre nom et le bonheur de célébrer vos fêtes à de brillantes destinées, à tous les enchantements du monde peut-être.
« J'ai vu des vieillards, après soixante, quatre-vingts années d'une vie sans foi, sans vertu se soulever sur la couche de leurs douleurs, se souvenir, à votre nom, du Dieu qui avait béni leur première enfance, et vous apparaissiez à leurs derniers regards comme un signe de sécurité et de paix pour la vie éternelle!... Marie, qui êtes-vous donc? Quœ est ista? Vous êtes la mère de notre Sauveur, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est le Dieu béni aux siècles des siècles ; vous êtes notre sœur, soror
7io$traes; comme nous, fille d'Adam, vous n'ayez point partagé notre funeste héritage, et nos malheurs vous inspirent pour nous la commisération la plus profonde et lu plus tendre.
« Marie ! vous êtes le chef-d'œuvre de la puissance divine ! vous êtes l'invention la plus touchante de sa bonté! Je ne saurais mieux dire : vous êtes le plus doux sourire de sa miséricorde ! Dieu ! donnez des yeux à ceux qui n'en ont point, pour voir Marie, et comprendre la douce lumière de ce regard maternel; donnez un cœur à ceux qui en manquent pour aimer Marie ; et de Marie au Verbe éternel, à la beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, à cette lumière incréée qui guérit les yeux malades et apaise tout désir dans nos âmes, de Marie à Jésus, de la Mère au fils il n'y a qu'un pas...
t Notre frère bien- aimé, et je suis heureux de vous donner le premier ce nom, voilà sous quels favorables auspices vous entrez dans cette Jérusalem nouvelle, qui est le tabernacle du Seigneur, dans l'église du Dieu vivant, qui est la c olonne et le fondement de la vérité... Mais, avant de laisser votre cœur s'ouvrir à tant de joie, il y a une forte leçcrn que je vous dois en ce jour; et puisque je suis destiné à faire retentir le premier à vos
oreilles la parole évangélique, je ne vous en cacherai pas l'enseignement le plus austère.
Vous avez tout compris, dites-vous, mais laissez-moi vous le demander, avez-vous compris le mystère de la croix ?.... prenez garde, c'est le fond du christianisme.
« Je ne vous parlé pas seulement de cette croix bénite que vous adorez avec amour, parce qu'elle met sous vos yeux Jésus crucifié pour l'expiation de vos péchés. Empruntant le langage énergiqne d'un ancien apologiste de notre foi, je vous dirai : il n'est pas question en ce moment, de la croix qu'il vous est doux d'adorer, mais de la croix qu'il vous faudra bientôt subir. Ecce cruces (m non adorandœ, sed subeundœ. Voilà ce qu'il faut comprendre, si vous êtes chrétien, et ce que votre baptême a dû vous révéler...
« D'ailleurs, j'essaierais vainement de vous le dissimuler, il est difficile que votre avenir ne vous réserve point de croix; je les vois qui se préparent ; sans doute il faut les adorer de loin, mais il y aura mieux encore, il faudra les subir de près et les porter avec courage. Je serais bien trompé, si la vertu évangélique ne devait pas croître et se fortifier dans votre cœur par la patience. Que Dieu en soit béni ! Vous avez été introduit dans le christianisme par Marie et par la croix ! c'est une admirable
entrée ! encore une fois,, que Dieu en soit béni ! car je le sais, il vous a donné des oreilles pour entendre, et un cœur pour sentir ce langage ! Fils de l'Église catholique, vous partagerez donc la destinée de votre mère ! Voyez-la !
voyez Rome, où vous venez de naître à l'Évangile ! toujours combattre et toujours triompher, voilà son partage ici-bas ; aussi rien ne rétonne, et après dix-huit siècles de combats et de victoires
« C'est au centre même de l'unité catholique, c'est au pied de la chaire principale, d'où partent chaque jour encore les rayons de la loi la plus vive et la plus pure, pour percer les ténèbres de la gentilité, de l'hérésie et du judaïsme, que l'Église a répandu sur votre front l'onde bienfaisante de la régénération céleste; que dis-je? c'est Pierre lui-même, le Moïse de la loi nouvelle, dignement représenté par le premier vicaire de son auguste successeur, qui a frappé pour vous le mystérieux rocher, la pierre immobile, Petra erat Christus, d'où jaillissent ces eaux qui remontent jusqu'à la vie éternelle. C'est dans les flammes mêmes de l'Esprit-Saint que vous avez été baptisé : Spiritu sancto et igné. Toutes les
splendeurs des plus magnifiques solennités de la religion rayonnent en ce moment sur vous, et nous-mêmes autour de vous nous en sommes tous illuminés ! C'est aujourd'hui votre Pentecôte, et l'esprit de force et d'amour a rempli votre cœur ! c'est aujourd'hui votre Pâque, et Jésus-Christ doit bientôt vous nourrir de sa chair sacrée et de son précieux sang. C'est lui-même que vous recevrez réellement, substantiellement et en vérité ; votre foi, votre attendrissement, les larmes qui tombent de vos yeux, préviennent ici toutes mes paroles : ne craignez pas que je vienne en ce moment vous fatiguer par de longs et insipides discours, et vous démontrer une vérité que vous êtes trop heureux de croire. Je ne vous dirai qu'une chose que vous sentez comme moi, c'est que Jésus-Christ est trop notre Dieu et notre ami pour nourrir nos âmes d'une vaine figure et tromper notre amour par une fausse présence ; nous avons, d'ailleurs, besoin de lui à ce point, car il nous commande de l'aimer jusqu'à mourir réellement pour lui : la sainte et divine Eucharistie fut toujours la nourriture et la force des martyrs... Voilà ce que l'antiquité chrétienne a cru
« Mais c'est assez, je retarde trop votre
bonheur. En ce moment le ciel tous contemple avec amour, la terre vous bénit, et Jésus-Christ vous attend : marchez donc, les anges du ciel ont commencé la fête, et les amis de Dieu la continuent avec vous ici-bas ! et celui-même qui a paru mourir à nos yeux et dont le cœur est vivant dans la main du Seigneur, vous le savez, ses vœux et ses prières ne vous ont pas manqué ; le moment solennel est donc venu !
« Abraham, Isaac, Israël, les patriarches et les prophètes vous encouragent du haut des cieux, et Moïse vous bénit, parce que la loi dans votre cœur a rencontré l'Evangile; la miséricorde et la vérité vous soutiennent, la justice et la paix vous entourent, le repentir et l'innocence vous couronnent. Enfin, c'est Marie qui vous reçoit et qui vous protège !
« u Marie ! c'est pour nous un besoin et un devoir de la redire une fois encore cette prière à laquelle nous devons peut-être les consolations de cette sainte journée, et il n'y a plus en ce moment dans cette grande assemblée qu'une voix et qu'un cœur pour la- redire avec moi :
t Souvenez-vous, ô très-pieuse Vierge Marie, qu'on n'a jamais ouï dire qu'aucun de ceux qui ont eu recours à vous et imploré votre assistance ait été abandonné. Gémissant sous
le poids de nos péchés, nous venons, ô Vierge des Vierges, nous jeter entre vos bras. mère du Verbe, souvenez-vous des justes, souvenezvous des pécheurs ! souvenez-vous de ceux qui vous connaissent et aussi de ceux qui ne vous connaissent pas ; souvenez-vous de nos misères et de votre miséricorde. Je ne vous dirai pas : Souvenez-vous de ce jeune homme ; car il est votre enfant et la douce et glorieuse conquête de votre amour; mais je vous dirai : Souvenez-vous de ces têtes si chères pour lesquelles il vous offre en ce jour les premières prières de son cœur catholique ; rendez-leslui dans le temps, rendez-les-lui dans l'éternité
Et puisque je suis étranger, ou plutôt non, il n'y a point d'étranger à Rome : tout catholique est Romain ; mais enfin, puisque nous sommes nés tous deux sur la terre de France, je crois répondre aux vœux de tous les cœurs qui m'entendent, en vous disant : Souvenezvous de la France ; il y a là encore de nobles vertus, des âmes généreuses et d'héroïques dévouements. Faites reluire sur l'Église de France la beauté des anciens jours. »
Le très-saint sacrifice de la messe a terminé la cérémonie. En voyant avec quelle ferveur priait le nouveau catholique, avee quel recueillement l'assemblée tout entière s'unissait à ses prières, il était impossible de ne pas se sentir tout pénétré de foi. C'est surtout au moment solennel de la sainte communion,, que Notre-Seigneur a dû répandre des grâces bien douces et bien précieuses sur cette pieuse réunion. Notre cher frère Marie Ratisbonne était tellement anéanti par le sentiment intime de la présence divine, qu'il a fallu le soutenir pour approcher de la table sainte ; et ce n'est qu'avec le secours du P. Villefort et de son parrain qu'il a pu se relever, après avoir reçu le pain des anges. Un torrent de larmes inondait son visage ; il succombait sous le poids de toutes les émotions et des grâces ineffables dont le Seigneur le comblait.
A la vue de ce jeune homme, Juif obstiné il y a quelques jours, et aujourd'hui catholique tout brûlant de foi, tout embrasé de charité, on ne pouvait s'empêcher de murmurer au fond du cœur : Seigneur, vous êtes admirable dans vos œuvres; et Ton se rappelait involotairement ce mot profond échappé au converti après l'apparition miraculeuse : J'ai tout compris l
Un bon nombre de personnes ferventesavaient
voulu donner au jeune chrétien une preuve toute particulière de charité fraternelle, en Rapprochant à sa suite de la table sainte. Cette pieuse réunion en Notre-Seigneur a été pour tous un sujet de grande édification, et a imprimé un caractère remarquable de piété fervente à toute cette cérémonie.
Dans ce banquet sacré, où les amis privilégiés de Dieu venaient célébrer le miracle toujours nouveau des miséricordes éternelles, tous les cœurs s'unissaient à cette famille éplorée que le Seigneur avait visitée. Le souvenir à jamais cher et vénéré de celui qu'elle pleurait, jetait comme un reflet de la gloire céleste sur toutes les circonstances de cette pieuse solennité. — Oh ! comme ce Monsieur a prié pour moi! avait dit l'Israélite, au moment où le bandeau était tombé de ses yeux ; et lorsqu'il n'avait jamais vu de ce fervent chrétien si aimable que le deuil de sa mort ! Seigneur, j'adore la profondeur de vos desseins. Le roi prophète vous demandait autrefois : Est-ce que la poussière du tombeau confessera votre nom, et annoncera votre vérité ? Oui, Seigneur, car vous avez entendu la prière du juste, et vous avez voulu jeter à pleines mains les fleurs du ciel sur les douleurs de la terre, afin que nous rendions gloire à wtre nom, et que nous ne nous laissions pas abattre.
Ut cantet tibi gloria mea, et non compungar.
Tout est donc accompli, Ratisbonne est admis à toutes les joies,, à toutes les grâces de la vie catholique. Loué soit Dieu, qui nous a donné un frère de plus ; le chant du triomphe retentit sous les voûtes du temple ; rémotion longtempscomprimée au fond de tous les coeurs peut enfin éclater. Nous vous louons, Seigneur, s'écrie tout ce peuple dans les transports de sa joie ; nous vous bénissons ! En ce moment solennel, où toutes les voix s'unissaient dans un même cri de reconnaissance, avec la grave harmonie des orgues sacrées, nous autres catholiques, nous comprenons avec un tressaillement d'allégresse ce que c'était que la Communion des Saints, qui nous donnait dans ce beau jour un avant-goût du bonheur du Ciel.
Si un seul cœur est resté froid au milieu de ce concert sublime et de cet enthousiasme universel, que je le plains ! il n'était pas catholique !
Après le Te Deum, le cardinal a ramené dans l'intérieur de la maison du Jésus le nouvel enfant de l'Église, et on dit, qu'à peine hors du lieu saint, il n'a pu s'empêcher de presser contre son cœur, avec une tendresse toute paternelle, celui qu'il venait d'initier à la vie du Ciel. +
La joie de M. Ratisbonne était ineffable.
Entouré de tous ceux qui avaient pu pénétrer près de lui, de tous ceux qui voulaient le voir, l'entendre, l'embrasser, il recevait les félicitations de tous, heureux du fond des entrailles, en songeant qu'il appartenait désormais à la sainte famille catholique.
Un témoin oculaire a raconté que, lorsqu'on le ramena dans la cellule qu'il avait occupée pendant sa retraite, son premier mouvement fut de se précipiter à genoux devant son crucifix, pour remercier le Sauveur de toutes les grâces dont il était inondé.
Quant à ceux qui avaient eu le bonheur de prendre part à cette belle fête, ils remportaient au fond de leur cœur un enseignement bien consolant : c'est que lorsqu'on cherche Dieu sincèrement, il vient bientôt à nous, dût-il pour cela faire un miracle.
Lorsque Dieu, dans sa tendresse toute paternelle, envoie aux siens quelqu'une de ces grâces extraordinaires qui ravivent la et foi, inondent le cœur d'un amour qui surpasse .tout sentiment, on voudrait pouvoir fixer quelque temps sa tente au milieu des délices de cette joie intérieure, prolonger et retenir
tout ce qui l'a fait naître, tout ce qui peut la nourrir.
Pour satisfaire au saint désir des âmep pieusep, nous voulons rester quelques moments encore avec l'heureux enfant de Marie, le suivre et l'écouter, depuis le jour trois fois béni, où, pour la première fois, il s'est uni avec nous par la participation au plus saint des mystères, jusqu'au moment où ces pages sont livrées au public.
Et lui aussi il voulait demeurer sur le Thabor. Comblé par le Seigneur des faveurs les plus privilégiées, ayant jeté loin de lui, comme un manteau usé, toutes les misères de son passé, paré de cette innocence baptismale dont l'éclat se ternit, hélas ! sitôt, il soupirait après la solitude, redoutait le bruit de monde, cher* chait à échapper au curieux empressement de tous, et mettait comme un sceau sur son cœur, afin de ne point laisser s'épancher les trésors de grâces que le Seigneur y avait enfouis.
Il témoigna donc le désir de passer dans la retraite les jours de dissipation et de bruit qui approchaient. De quel œil eût-il pu voir les folles joies et les vains plaisirs de la terre, celui à qui il avait été donné de lever les yeux sur Ja Rose mystique, sur la plus belle fleur, du ciel, et qui; dans la ferveur de sa foi nait*
santé, dans les joies intimes de sa reconnaissance et de son amour, sentait pour la première fois combien le Seigneur est doux.
Mais avant de commencer cette retraite nouvelle, qui ne devait être pour lui qu'un long cantique d'actions de grâces, il lui restait un pieux devoir à remplir, que dis-je? un nouveau bonheur à goûter encore. Devenu l'enfant chéri de l'Église, il soupirait après le moment où il lui serait permis de se prosterner aux pieds du vénérable Pontife qui, en dépit des flots soulevés, dirige d'une main si sûre la barque qui nous porte tous au port du salut.
On nous a raconté les touchants détails de cette entrevue, et pour faire passer dans le cœur de ceux qui nous lisent les sentiments qu'ils ont réveillés dans le nôtre, il nous faut puiser dans les plus précieux souvenirs du catholicisme.
Les personnes qui ont visité les catacombes et les antiquités religieuses de Rome, se souviennent qu'à chaque pas on retrouve le bon Pasteur reportant au bercail unique la brebis qui s'était égarée 5 elles ont remarqué cette expression d'heureuse mansuétude, de tendre paternité que l'art naïf des premiers siècles a su rendre si bien. Qu'elles se rappellent leurs impressions à la vue de cette image, si sou-
vent, si heureusement répétée, et elles pourront alors se faire une idée de cette scène touchante.
M. Ratisbonne et M. le baron Théodore de Bussières furent conduits aux pieds de Sa Sainteté par le Révérend Père Général de la Compagnie de Jésus. Après avoir fléchi trois fois le genou devant le Vicaire de Jésus-Christ pour satisfaire à leur profonde vénération encore plus qu'à l'usage, ils ont reçu cette sainte bénédiction que tant de chrétiens fervents viennent solliciter de si loin.
Le Très-Saint-Père s'est entretenu avec eux, il les a comblés de témoignages précieux de sa prédilection, avec tout l'abandon, toute la tendresse d'un père qui caresse des fils bienaimés. Il a ordonné qu'on leur fit voir Tintérieur de ses appartements. Quedis-je? il a fait plus encore : les poussant devant lui avec une douce familiarité, il les a introduits dans sa chambre à coucher. Alors, le vénérable successeur du Prince des Apôtres leur a donné à tous deux un bien touchant témoignage de sa propre confiance, dans la protection de celle que l'Église implore comme le secours des chrétiens; il a daigné leur montrer lui-même une image de la Vierge Miraculeuse, qu'il révère avec une dévotion particulière, et qui, placée auprès de son lit, reçoit chaque jour
les saintes et ferventes prières que le vénérable Pontife adresse au Seigneur pour qu'il n'y ait plus qu'un seul troupeau , lin seul pasteur. Enfin, avant de les congédier, voulant que M. Katisbonne conservât un souvenir de ce jour mémorable, Sa Sainteté lui a remis, de ses mains vénérées, un cruciflx, auquel étaient attachées des indulgences spéciales.
Si jamais, quand les jours d'épreuves et de combat seront venus, le nouveau soldat de la foi avait besoin de ranimer son courage, qu'il se souvienne de l'étendard sacré que le chef visible de l'Église a mis dans ses jeunes mains, et que, jetant les yeux sur son crucifix, il se dise avec confiance : Tu mineras par ce signe;
1NHOCS1GHO V1NCES.
Peut-être M. Ratisbonne s'éloignera- 1— il de nous avant d'avoir pu prendre racine dans cette terre promise, où il avait trouvé la bonne semence. Il estsi doux, après l'absence, de revoir une famille qu'on chérit et qu'on vénère, de presser entre ses bras un frère bien-aimé, qui nous avaitdevancé dans le chemin du Seigneur! Loin d'affaiblir les liens du cœur, l'Évangile
les resserre en les sanctifiant; ses disciple* les plus fidèles seront toujours, dans ce qui n'est pas contraire à la loi de Dieu, les fils les plus tendres, les amis les plus dévoués.
Si donc la Providence le ravissait trop tôt à notre fraternelle amitié, qu'il aille, nouvel apôtre sorti du cénacle, porter sous le ciel de la patrie, au milieu de tous les siens, l'exemple de ses vertus nouvelles, la douce influence de ses prières, le parfum et la grâce de sa jeune âme, qui, née d'hier à la vie catholique, est encore parée, aux yeux du Seigneur, de tous les charmes de l'enfauce.
Les premiers vœux, les premières pensées de sa jeunesse avaient été pour la régénération de ses frères: eh bien! le Seigneur a lu au fond de son cœur, et il Ta béni, en le régénérant lui-même.
Quelle que soit la route danslaquelle la Pro- N vidence l'appelle, nos tendres prières lesuivront sans cesse, pour attirer sur lui la grâce de la persévérance; pour que l'auteur de tout don parfait lui donne la force dans le combat, la patience dans l'épreuve, l'humilité dans la vie* toire, la charité ardente, la charité prudente envers tous.
Toute jeune vie, surtout, est exposée aux orages; plus heureux que nous, il a été couronné avant le combat; mais les jours mauvais
viendront; puisse-t-il alors se souvenir de ses frères de Rome! puisse-t-il, pour rester à jamais inébranlable et fidèle, se souvenir de MARIE, salière!
BAPTEME
Dl
■■^/v^rw»-
Paris, 2 février 1842.
Un étranger arrive à Rome il y a quelques semaines. Il est jeune et riche; il a toutes les habitudes d'élégance, tous les goûts de la brillante frivolité que donnent l'éducation et la fortune aux jeunes gens de son âge. 11 semble ne demander à l'Italie que la douceur de ses tièdes hivers, quelques rayons de son soleil et de ses vieilles gloires, l'immortelle splendeur de son ciel et de ses musées, le* charme toujours renaissant des antiques souvenirs, et les parfums de poésie qui s'exhalent partout de ces ruines consacrées par toutes les grandes choses et tous les grands noms de
l'histoire Je me trompe! il y a au fond du
coeur de ce jeune homme une préoccupation
plus sérieuse, un sentiment d'une profonde et violente énergie : il est Juif, et il nourrit dans son âme contre le catholicisme toutes les préventions, toute la haine de sa race, haine vivace, implacable et sombre ; c'est à ce point qu'il ne voulait pas mettre le pied dans Rome. Il y est veau cependant et comme nialgré lui; mais à peine arrivé, il songe déjà à s'en éloigner. Il a vu la dégradation morale de ses coreligionnaires relégués dans le plus sale quartier de la ville, il en accuse les catholiques; sa haine éclate en amers sarcasmes, en horribles blasphèmes. Le matin du jour qu'il a fixé pour son départ, il écrit à son oncle : « Je m'en vais , avec une horreur profonde, de cette ville que je maudis... » Et le même jour, quelques heures plus tard, ce même jeune homme, entré par hasard dans une église déserte, tombait à genoux comme anéanti, puis se relevait fondant en larmes et demandant un prêtre catholique, non pour se faire instruire et pour se convertir..., mais
pour recevoir le baptême Sa conversion
était complète; il s'écriait qu'il avait tout compris.... Que s'est-il passé dans cette église ? qu'a-t-il vu? qu'a-t-il entendu? Je pourrai vous le dire ; tout Rome le raconte. Mais il y a des choses d'un ordre si élevé et si saintes de leur nature, qu'il n'appartient qu'à l'Eglise
DE M. MAAIK-ALtaOMB RATISBONNE. 75
de les publier la première/ avec l'infaillible gravité de sa parole. Elle le fera, et vous saurez tout bientôt. Pour moi, je me borne à vous rapporter aujourd'hui, sans un mot (f exagération, tel qu'il s'est produit, tel qu'il m'a frappé, le fait public de cette conversion, Çui serait elle-même, avec toutes ses circonstances, un miracle inexplicable, si un miracle ne l'a pas déterminée. M. Alphonse Ratisbonne appartient à Tune des premières fàrriilles juives de Strasbourg. Or, comme pour accumuler toutes les impossibilités morales (contre la conversion de ce noble jeune homme, Dieu permet qu'elle ruine probablement ses plus belles espérances de fortune, plus douces et plus chères à son cœur; elle brise peut-être les liens d'un amour consacré par de solennelles fiançailles. « Il y a huit jours, écrit-il à sa jeuuefiancée, si quelque malheur imprévu m'avait forcé de renoncer à toi, je ne m'en serais pas senti le courage, je me serais donné la mort... Aujourd'hui, si ma nouvelle foi nous sépare, j'en ferai à Dieu le sacrifice sans répandre une larme, et toute ma vie je le prierai pour qu'il t'éclaire et qull nous réunisse au ciel. »
M. Alphonse Ratisbonne a fait son abjuration publique le 31 janvier, dans l'église del Gesu, entre les mains du cardinal Patrizzi. Vêtu
d'une longue robe de soie blanche, le jeune catéchumène, conformément à la belle liturgie des premiers siècles, attendait au bas de l'église, en dehors d'une barrière qui le séparait du lieu saint. Je ne le connaissais pas encore, mais un intérêt indéfinissable, qui s'explique peut-être par les circonstances miraculeuses de sa conversion, m'attirait vers lui. Je me suis placé le plus près de lui qu'il m'a été possible, plutôt pour recueillir dans l'expression de sa figure les impressions de son âme, que pour suivre les détails de la touchante cérémonie qui allait avoir lieu. Le cardinal, après avoir fait sa prière à l'autel et s'y être revêtu des habits pontificaux, s'est avancé processionnellement vers le catéchumène, à l'entrée de la grande nef. Là ont commencé les cérémonies des exorcismes. Jamais le caractère divin de cette liturgie pleine de mystères ne m'avait révélé toute sa grandeur comme dans cette scène imposante. Connaissez-vous quelque chose de plus saisissant que ce dialogue : Que demandez-vous ? — Le baptême. — Que voulez-vous encore ? — La vie.
— Renoncez-vous à Satan ? J'y renonce. — Croyez-vous en Jésus-Christ ? — y y crois .'... Lui, le descendant de ces Juifs qui le pendirent au bois infâme ! Tout ce qui n'est que formule, même formule sacrée, disparaissait ici. A cette
»B M. MARIE-ALPÛONSE AàTISBONNB. 11
parole ferme, brève, énergique, au regard arrêté, mais modeste, de ce jeune homme, debout devant le Pontife qui l'interroge ; à la noble fermeté de son attitude, au calme presque impassible de ce visage, dont la pâleur naturelle laissait à peine entrevoir une légère altération ; à tous ces traits d'un caractère résolu et froidement réfléchi, on ne voyait plus, on ne sentait plus que la grandeur de ce combat, où, après Dieu, le plus rare et le plus difficile de tous les courages, celui d'une conviction profonde sans élan d'enthousiasme, sans entraînement d'imagination, avait vaincu ce qu'il y a de plus vivace et de plus fort dans le cœur, sa première croyance et ses premières affections. Un soupir d'ineffable bonheur s'est échappé de sa poitrine, un sourire a passé comme un éclair de céleste béatitude sur ses lèvres, lorsqu'il a relevé sa tète encore toute mouillée par les eaux du baptême. Tous l'ont vu ; il venait de franchir un abîme, il respirait, il était chrétien !...
Alors toutes les barrières de l'Église se sont abaissées devant l'innocence et la foi de cette âme régénérée. Au milieu des bénédictions d'une multitude immense qui remplissait la nef, et qui s'ouvrait comme un flot respectueux sur son passage, le jeune néophyte a
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été. conduit à l'autel. Il y a reçu d'abord, <te* mains du cardinal, le sacrement de, confirmation. À mesure que les dons du Saint-Esprit descendaient, avec les bénédictions du Ppntife, sur sa tête, il me paraissait affaissé sous le poids de tant de grâces ; il me semblait, aux mouvements de sa poitrine, que le bonheur arrivait à flots trop pressés dans son âme. On eût dit qu'avant de s'ouvrir aux célestes joies de sa première communion, son cœur avait besoin d'épancher le trop plein des saintes émotions qu'il ne pouvait plus contenir. La cérémonie a été un moment interrompue.
Une voix connue et déjà chère à l'élite de cette pieuse assemblée, presque toute composée de Français ou des étrangers catholiques, entre lesquels la glorieuse popularité de notre langue forme, comme la foi, une sorte de lien, a célébré les miséricordes infinie? de Dieji et la miraculeuse protection de Maria, qui venaient éclater au sein de Rome sur un enfant de la France,. M. l'abbé Dupanloup a su trouver, sans efforts, dans son propre cœur, pour exprimer les sentiments du nouveau chrétien, ce langage, élevé, cette .grave et mâle énergie d'une foi vive, et ce,s élans de pathétique éloquence auxquels tout l'auditoire, ému répondait pur ,des larme?.
Enfin.,, Ie,,Êacrifice de la messç a comment
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Mes yeux n'ont jamais pu se détacher de M.
Ratisbonne, anéanti dans son bonheur et dans la ferveur de sa prière. Je croyais lire dans son âme l'impression toujours croissante des sanglants souvenirs du calvaire. Cela est impossible à rendre. Mais que vous dire de cette nouvelle pàque du nouveau chrétien? Comment vous représenter le moment solennel où le cardinal, d'une main tremblante d'émotion, a déposé la sainte hostie sur ses lèvres? Cette dernière grâce a fait déborder ce vase d'élection; lui, jusque-là si calme dans sa ferveur, si ferme, et pour ainsi dire toujours maître de ses émotions, il u'a pu tenir au sentiment inconnu de cette félicité nouvelle, il a éclaté tout à coup en sanglots, et il a presque fallu le reporter défaillant de l'autel à sa place. Alors s'est aussi manifesté, dans son plus doux symbole, le dogme catholique de la communion des Saints, mystère d'universelle et fraternelle union, par lequel des millions d'hommes de langue et de paysdïvers, qui jamais n'ont échangé leur nom, ni l'hospitalité du foyer de la famille, se rencontrent dans une même pensée d'amour à la table mystique de Jésus-Christ , rompant ensemble le pain de la vie éternelle, et buvant au même calice le vin de l'infinie charité. De nobles jeunes femmes, des jeunes filles, des jeunes gens, des hommes dont les noms ou les ser-
vices ont de l'éclat dans leur patrie, se sont avancés vers la table sainte, à la suite du néophyte, offrant à Dieu pour lui le mérite de ces ferventes communions, ainsi que des mères l'auraient fait pour leur fils, des sœurs pour leur frère, des amis pour leur ami. Le peuple lui-même,, touché de ce spectacle, unissait à ce pieux cortège de prières et de bénédictions, des vœux hautement exprimés par des mots d'une douceur et d'un charme naïf que je ne saurais faire passer de la langue italienne dans notre langue. Enfin, le Te Deum a éclaté, car c'est le seul mot qui puisse rendre l'effet électrique de ce cantique d'actions de grâces, mêlé au son de toutes les cloches del Gesu. Ce n'était plus un chant d'église, grave et modéré ; c'étaient les vives acclamations d'une multitude immense saisie d'un enthousiasme religieux.
Je prie Dieu de ne laisser jamais effacer de mon cœur le souvenir de tout ce que j'ai senti pendant ces trois heures: une telle impression est, sans contredit, l'une des grâces les plus précieuses qu'une âme chrétienne puisse recevoir.