‹ Coopération et sociétés coopérativesChapitre 12 sur 15 · fr · texte numérisé non relu

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L'activité de l'Union ne se borne pas seulement à l'exportation des œufs ; elle s'occupe aussi de l'exportation du lait et du lard. Chaque village a sa laiterie coopérative. Le beurre fabriqué collectivement est adressé à un organe central qui, après avoir constaté son état, apposg son estampille et l'expédie en Angleterre.

Les associations agricoles ont eu à lutter avec les commerçants qui ne se laissaient pas évincer aussi facilement. Mais les efforts de ces derniers ont été impuissants à arrêter le courant, et dans beaucoup de villages ils ont dû abandonner la partie, vaincus par l'esprit d'association

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des petits cultivateurs. La lutte se continuera encore dans les villes où le terrain est plus favorable aux marchands. Ici, la variété des articles de consommation et les goûts changeants du public, rendent la tâche plus difficile aux sociétés coopératives qui mo sont pas aujssi malléables que les, simples marchands. Elles devront au commencement s« cantonner dtosi le commerce des- articles de consommation, et quand elles auront accaparé cette branche du commerce elles pourront s'aventurer avec confiance à la conquête du commerce en général.

La coopération ne s'est pas bornée au Danemark seulement aux associations agricoles. De nombreuses autres formes de coopératives fonctionnent dans cette contrée, et les sociétés coopératives de consommation, quoique pas si importantes que les associations agricoles, font cependant par leur nombre assez bonne figure.

C'est en 18(36 seulement que la première association coopérative de consommation a été fondée en Danemari<. On en compte aujourd'hui L200 avec 180.000 membres et 67 millions de ventes. Elles présentent ceci He particulier que presque toutes sont situées dans les campagnes et non dans les villes, aussi le -chiffre de leurs affaires n'est pas assez grand, se montant seulement à 55.833 francs par société. Si l'on tient néanmoins compte du nombre de la population, on voit que le Danemark occupe une place respectable en ce qui concerne la coopération de consommation, car 8 Vo de la population totale du myaume fait partie d'une telle association coopérative. En tenant compte que tous ses membres sont pour la plupart des chefs de famille, on arrive, en multipliant par quatre, à un taux de

32 Vo- Donc, un tiers de la population du Danemark est affilié à une coopérative de consommation.

En dehors de ces deux formes de coopératives, on trouve encore au Danemark une foule d'autnes associations coopératives de moindre importance, telles qu'abattoirs coopératifs qui préparent pour l'exporter en Angleterre la viande de porc, coopératives d'élevage et d'amélioration des races bovines et porcines- du pays», boulangcrie-s coopératives, brasseries coopératives, etc.

La caractéristique de la coopération danoise reste cependant à l'association agricole de production et de vente. C'est cette forme d'association coopérative qui a introduit le mouvement au Danemark et c'est elle qui s'est le plus développée et qui a rendu les plus grands services aux petils cultivateurs de ce pays. Elle forme la note dominante pour la coopération danoise, de même que la société coopérative de consommation la forme pour l'Angleterre et la coopérative de crédit pour l'Allemagne.

§ 5. — Belgique.

On compte ti-ois périodes dans l'évolution de la coopération belge. La première remonte à l'année 1848, quand des ouvriers, qui ont pris part au mouvement révolutionnaire français, fondèrent on retournant dans leur pays plusieurs associations coopératives de production. A Bruxelles et à Gand des ateliers coopératifs de taillcîurs, de cordonniers, d'imprimeurs, etc., se constituèrent, mais tous, excepté ïAlliance typographique qui, fondée le 5 mai 1849, existe encore aujourd'hui, n'eurent qu'une vie éphémère. Les ouvriers belges, de même que leurs congé-

nères de France, n'avaient pas encore acquis les qualités indispensables pour remplacer les patrons.

La seconde période conHnence en 1864 et doit son exî»tence» à la propagande faite par la presse ouvrière et par les membres de la société V Internationale, Mais ces sociétés tombèrent en mémo temps que Y Internationale, et de celte période il ne resta plus que quelques banques populaires créées par et pour les petits industriels et commerçants.

Jusqu'en 1873 los a'ssociations coopératives n'avaient pas d'existence légale en Belgique. Une loi votée le 18 mai de cette année la leur donne désormais.

Les ouvriers, dégoûtés des échecs antérieurs du mouvement, ne profilent pas immédiatement de cette loi pour constituer de nombreuses sociétés. En 1878 on ne compte que 13 sociétés coopératives.

Vers 1885, une vive impulsion est donnée à la coopération, et dès cette année commence la troisième période du mouvement coopératif, période qui dure encore. En moins de dix ans, plus de 400 .sociétés sont constituées, et actuellement leur nombre dépasse 2.060. Cette poussée est due à la constitution du parti socialiste qui, se rendant compte des avantages que peut offrir la coopération comme instrument de propagande, s'en empara en la dépouillant de son caractère propre, pour la transformer en un simple moyen. Des coopératives puisisamtes*, telles que le Vooruit de Gand et la Maison du peuple de Bruxelles, furent créées par les socialistes. Dans les coopératives 'Socialistes, aucun intérêt n'est payé au capital; tout le profit est au consommateur, déduction faite d'une partie pour la propagande socialiste et coopérative. Les

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parts de sociétaires sont de 10 francs en moyenne, et il suffit de se faire inscrire san« avoir un droit d'entrée à puyor^ pour Jouir de tous les avantages! de la société qui dispose souvent de capitaux accumulés énormes.

I^ parti catholique, voyant les avantages politiques que retiraient les socialistes de leur mâinh-mise sur la coopération», so décida d'entrer lui aussi dans cette voie et d^'opposer aux coopératives socialistes des coopératives catholiques. Un journal coopérateur catholique fut chargé de prêcher la bonne, la vraie coopération, et de polémiser avec le Vooriiit, journal coopérateur socialiste, qui de son côté ne se faisait pas prier pour dénoncer les entreprises des catholiques comme tout ce qu'il y a de pire.

Les libéraux entrèrent eux aussi dans la mêlée en formant un corps de coopératives libérales; ainsi actuellement il y a trois courants coopératifs en Belgique, se rangeant chacun sous la bannière d'un parti politique.

Cette intrusion de la polilicfue dans la vie coopérative a eu comme résultat la multiplication de ces dernières, ce qui est un bien, mais elle a eu aussi un mauvais résultat en dépouillant la coopération de son individualité et en la transformant d'un but en un simple moyen.

D'après les dernières statistiques (1906), les sociétés coopératives de consommation étaient en Belgique au nombre de 161 avec 119.000 membres et 31 millions de francs de ventes. C'est peu pour un pays situé si près de l'Angleterre et de l'Allemagne où la coopération de consommation a fait de si grands progrès.

: En ce qui concerne la coopération de crédit, des statistiques complètes nous font défaut, cependant nous pouvons mentionner la « Fédération des banques populaires

belges », groupant 22 sociétés seulement, mais accusant un chiffre d'affaires de 422 millions. Ce résultat e&t dû au fait que ces banques travaillent plutôt avec la classe bourgeoise qu'avec la clasise ouvrière. A cause dô cela leur essor s*est ralenti et depuis 1892 on n'a plus enregistré la création d'une nouvelle banque, populaire.

Pour les caisses rurales, le terrain belge a été plus favorable que pour les banques populaires-. C'est que le clergé a pris à cœur le développement de cette forme de coopérative. On comptait en 1900, 266 caisses type Raiffciscn, ayant fait des prêts se montant à une somme de 1.545.000 francs, ce qui fait 6.000 francs par caisse. Le type Schulzc est fort peu représenté car on ne trouvait que deux sociétés ayant fait pour 267.000 francs de prêts.

La coopération belge s'est fait connaître par deux ou trois grandes coopératives, telles que la Vooruit de Gand et la Maison du peuple de Bruxelles. Cette dernière, née en 1882, fut fondée avec un capital de 700.000 francs. En 1899, elle possédait des immeubles d'une valeur de deux millions. Elle compte environ 20I.00O familles adhérentes et distribue plus de 5 millions de pains. Les employés sont au nombre de 400, ses ventes s'élèvent à quatre millions et demi et ses bénéfices à 500.000 francs.

Quelques fédérations existent en Belgique. La Boerenbond, groupant des paysans de Louvain au nombre de 25.000, répartis en 183 caisses rurales et 278 caisses d'assurance mutuelle contre la- mortalité du bétail. La Fédé ration de la Flandre orientale comprend 200 associations. Puis .vfennent la Fédération du Hainaut, la Ligue Luxembourgeoise et la Coopération agricole de Notre- Dame des Champs. Les coopératives socialistes ont formé

26 fédérations comprenant 177 sociétés et 110.000 membres'. Les coopératives catholiques ont un organe central « La Ligue démocratique belge », comptant 700 sociétés et 115.000 adhérents.

La coopération en Belgique eût pu faire beaucoup plus de progrès, vu la densité de la population et son degré de culture sociale. Elle ai eu le malheur de tomber dans les mains- des partis- politiques et d'être viciée dès ses débuts en épousant les haines des jx)liticicns. Elle ne pourra faire de réels progrès qu'après avoir secoué le joug politique. Elle devra chercher à se transformer d'un simple moyen de propagande électorale, en un but, pouvant vivre par elle et pour elle-même.

§ 6. — Suisse.

En Suisse, c'est l'industrie laitière qui a donné naissance à presque toutes les associations coopératives qui se sont formées dans les premiers temps de la coopération suisse. La société coopérative de consommation n'a pas tardé cependant à prendre la place, en ce qui concerne le nombre et l'importance des affaires, des associations agricoles, et actuellement, plus un seul canton n'est dépourvu de coopératives» de consiomimationi. Certains, comme Berne, en ont jusqu'à 42 ; d'autres n'en ont qu'une seule, mais, si parmi ceux-là. nous nommons Bâle-ville, nous constatons que ce ne sont pas les plus mal partagés.

En 1894, la Suisse comptait une centaine de sociétés coopératives avec 53.903 membres. Les affaires de ces sociétés se chiffraient par 20,518.456 francs, Siur lesquels

un bénéfice de 8,46 7» éiait réalisé. Le capital action s'élevait à 2.927.000 francs et les dépôts des sociétaires se montaient à la somme de 1.518,000 francs. Actuellement, seulement pour la consommation, la Suisse possède 340 sociétés avec 152.000 membres et 62 millions de ventes. Le progrès est sensible, et la place, qu'occupe ce petit pays parmi les pays coopératcurs est assez honorable. Il vient après le Danemark (32 %) et TAngleterre (25 7o), avec 23 % de coopératours sur le chiffre toUil de la population.

Cette rapide progression est due, en grande partie, k la constitution d'une fédération, 1' « Union suisse des sociétés de consommation ». L'Union fut fondée en 1890 par 42 sociétés locales, dans le but de défendre les intérêts des consommateurs contre les procédés des protectionnistes agrariens. En 1892, elle créa dans son sein un Office central d'achats qui devint dans la suite un vrai magasin de gros.

Cette nouvelle brandie de l'Union a pris une importance de plus en i)luB croissante. En 1893, elle comptait 38 sociétés adhérentes ayant 3.700 francs de capital obligations e4, faisant des ventes pour une somme de 386.524 francs. Dix ans plus tard, elle se prèsent<iit avec 142 sociétés, 41.000 francs de capital et obligations, 100.000 francs de fonds de réserve, 0.179.839 francs de ventes et 83.724 francs de bénéfices. En 1903, l'Union ralliait 273 sociétés avec 152.49'i membres, faisant 01.692.631 francs de ventes, ee qui donnait un excédent de 5.705.982 francs. Presque toutes les associations coopératives de la Suisse adhèrent h l'Union. Les ristournes que cette dernière

avaient payées aux sociétés adhérentes, s'élevaient pour 1906 à Timportanle somme de 4.504.722 francs.

La Fédération suisse ne laisse donc rien à envier et comparativement, elle a. la même importance que les wholesales anglaises.

Les associations agricoles ont pris aussi une grande importance en Suisse, et dos sociétéjs d'élevages, particulièrement celles pour Télevage des taureaux, sont actuellement très nombreuses dans ce pays. Il y en a plus de 400, dont 134 sont groupées en une fédération qui siège à Berne.

En résumé, la Suisse a offert un champ très favorable ^ au mouvement coopératif, et, grâce à l'esprit d'association et de solidarité de ses habitants, le nombre des coopérateurs est relativement grand.

§ 7. — ItaUa.

Avec l'Italie nous commençons la série des pays à caractère agricole, non que ce pays n'ait pas une industrie assez forte, mais le nombre des habitants vivant du produit de la terre l'emporte sensiblement sur celui vivant de l'industrie manufacturière.

La coopération en Italie est de date récente et a été importée de Tétranger. Les progrès qu'elle a faits ne sont pour celai pas moins sensibles. C'est avec la banque populaire, qu'on commença la propagande coopératiste, et Luzalti en fonda la première dans la ville de Lodi. En 1894, elles étaient au nombre de 720, représentant ensemble im capital de 114.722.000 francs. Deux fédérations donnent de • l'unité aux coopératives de crédit en les associant en vue

du même but. En 1902, les» 594 sociétés coopératives de crédit qui avait donné leurs statistiques, comptaient 381.445 membres, et avaient fait 1.127 millions de francs de prêts ou d'escompte. La banque de Milan, fondée en même temps) que celle de I^di, avait reçu tant de dépôts (50 millions), qu'elle était oblip^èo: d en placer une partie en fonds publics ; elle a donc plutôt un rôle de caisse d'épargne que de caisse de prêts.

A côté des banques populaires qui font aussi le crédit agricole, ont été créées des caisses exclusivement rurales. Ces dernièresi isont dirigées en grande partie par le clergé catholique et ont été copiéesi d'après le type Raiffeisen.

A vrai dire, c'est par la coopération de consommation que le mouvement commença en Italie, car, déjà en 1853 et 1854, on avait fondé à Turin et à Alexandrie des magasins coopératifs de consommation. Mais au commencement, le développement des coopératives de consommation a été très lent, et elles se sont laissées distancer par les coopératives de crédit. Les plus importantes des coopératives de consommation sont V Union coopérative de Milan et l'union militaire de Rome,

Une fédération-, portant le nom de Ligue nationale des sociétés coopératives, s'est constituée à Milan en 1886. A cause de l'éparpillement et des éléments» variés du mouvement coopératif italien, son succès n'a pas été très grand. Mais au moyen de congrès et par son journal, elle a favorisé la propagation de l'idée coopérative.

La coopération italienne risque de tomber dans les mêmes errements que la coopération belge. Elle a une tendance à abandonner son but économique pour un but politique. Les cléricaux ont mis la main sur beaucoup

d'associations coopérâlives,-el It^s socialistes s'efforcent d'en faire autant. Les vrais coopérateurs devront s'unir pour empêcher cette déviation du mouvement, et le maintenir dans la voie que lui ont tracée les pionniers de Rochdale.

La coopération de production est assez avancée en Italie. L' « Union militaire » de Rome est une des plus grandes coopératives de production italiennes. Elle occupe plus de 300 ouvriers et possède trois domaines pour produire du vin qu'elle exporte en grande partie. Dans la même catégorie, on peut aussi ranger la Verrerie ouvrière fédérée, qui i>ossède actuellement cinq grands établissements, compte 1.400 associés et produit annuellement pour plus de 2 millions de francs de bouteilles.

Une forme d'association coopérative spéciale à l'Italie, est l'association dite des- braccianti. I^s ouvriers qui ne vivent que du travail de leurs bras, s'associent pour exécuter toute espèce do travaux de défrichement, de terrassement, de canalisation et de construction de routes ou de chemins de fer. Ces associations de simples manœuvres prennent en entreprise et exécutent des travaux d'une certaine importance, tels que la construction de lignes de chemins de fer. Cet exemple, donné par les manœuvres italiens, pourrait être suivi par ceux de tous les pays, car ils trouveraient de grands avantages à ne plus travailler isoiémcnt et à ne plus être considérés comme une simple marchandise soumise aux fluctuations de la loi de l'offre et de la demande.

Une petite statistique de la coopération italienne nous fera beaucoup mieux voir l'importance de ce mouvement dans le royaume péninsulaire. Le nombre d'associations

coopératives de toute nature est de 6.463. Ce chiffre oon-

sidérablé

se décompos© ainsi

Sociétés de consommation. .

capital 9.847.000 fr.

construction . . .

produits industriels.

— agricoles .

coop. d'assurance .

crédit urbain . .

— rural. . .

Divers

L'Italie, -d'après ec que nous montrent les chiffres" exposés plus haut, est un pays où la -coopération a fait des progrès importants, surtout pendant ces dernières années, car en 1902 la statistique ne donne pour les sociétés coopératives de consommation que le nombre de 962. La coopération italienne se manifeste par une* grande importance des coopératives de production et elle revêt aussi un cachet particulier en la forme d'associations de braccianti.

§ 8. — Russie.

En Rusisie, l'association coopérative n'a fait son entrée qu'assez tard, vers 1865, quand fut fondée la première coopérative à Riga. Le mouvement a subi différentes fluctuations, et après avoir été pendant un certain temps stationnaire, tend maintenant à se relever.

Il existe un Comité central, mais c'est un© institution administrative qui sert plutôt d'office de renseignement aux associations de consommation, de production et aux caisses d'épargne et de prêts, ces dernières n'ayant cependant pas de représentants dans ce comité»

C'est Tassocialion de crédit qui tient la tête du mouvement coopératif en Russie. Cela est dû en grande partie à la nécessité de combattre l'usure qui fait de grands ravages dans ce pays. On trouve deux formes différentes d'associations coopératives de crédit.

1** Les associations à type Schulze-Delitsch, cherchant à remplir la fonction de caisse d'épargne en même temps que celle de caisse de prêts. Mais la n^isère étant assez grande en Russie, leur rôle de caisse d'épargne disparaît pour laisser le champ libre au fonctionnement de la caisse de prêts qui est sollicitée par tout le monde. Elles ne rendent donc pas les mêmes services que leurs similaires d'Allemagne ou d'Italie. En 1900, ces associations de prêts et d'épargne étaient au nombre de 745 avec 223.760 membres. Elles possédaient 25 millions de capital, 36 millions de dépôts, 12 millions de capital emprunté et avaient fait pour 67 millions de francs de prêts.

2^ Les associations de crédit, type Raiffeisen, de création récente, sont au nombre de 1.500. Pour les 1.084 re^ censées, on a trouvé 435.000 membres et une activité de 32 millions de francs de prêts. C'est bien peu pour la nombreuse classe paysanne du vaste empire de Russie. Cette sorte de coopérative de crédit est absolument nécessaire pour venir en aide au paysan russe qui se trouve dans un état misérable.

La Russie ne compte donc pas parmi les Etats coopératifs. Sur une population de plus de 140 millions d'habitants, on ne compte pas même 3.000 coopératives de crédit, et beaucoup moins d'autres sortes d'associations coopératives. Cela du reste est explicable en partie par le fait que les questions politiques prijuent dans ce pays celles

économiques. Quoique pauvre, il a beaucoup plus besoin d'une transformation politique que d'un perfectionnement du système commercial.

§ 0. — États-Unis.

La coopération n*a pas fait de grands progrès de l'autre côté de r Atlantique, du moins en ce qui concerne la coopéralion en général, car, pour les associations agricoles, les Etats-Unis ont offert un terrain favorable.

La jeunesse des Etats constitués dans le Nouveau-Monde et leur richesse naturelle, ont empêché pendant longtemps la coopération de prendre pied et de se développer en Amérique. L'individualisme et la concurrence sont poussés à l'extrême et rendent la tâche difficile à l'idée de solidarité, sans laquelle la coopération ne peut exister.

Aux Etats-Unis, néanmoins, les sociétés coopératives firent leur apparition de bonne heure, mais restèrent longtemps dans un état de stagnation. Avec l'apparition du Trade-Unionisme vers 1870, la coopération fut de plus en plus délaissée. Ce mouvement ne fut rappelé à la vie qu'en 1895 avec la création de YUnion coopérative des Etats- Unis qui est une fédération calquée sur l'Union de la Grande-Bretagne. Son but n'est pas tant de venir en aide aux coopérateurs que de créer de telles associations et de faire de la propagande en leur faveur. Elle le fait au moyen bien connu de brochures, conférences, journaux et congrès.

La coopération agricole cependant a pris une certaine importance aux Etats-Unis, surtout en Californie où, pour rcxportation des. fruits, cette sorte de coopérative a fait

merveille. Une cinquantaine de sociétés se sont fédérées et ont réussi par ce moyen à réduire de beaucoup les frais d'emballage et de transport de leurs produits.

Nous arrêtons ici cette revue des différents Etats où la coopération ail pris une certaine importance, — nous réservant cependant la liberté de traiter la coopération en Roumanie dans un cliapilre spécial — car pour ceux qui Testent encore non mentionnés, ce mouvement ne joue pas un grand rôle dans leur vie économique et n'offre plus de caractères spéciaux. Nous devons cependant ajouter pour rAutriche-IIongrie que les sociétés coopératives servent souvent de moyen de lutte entre les différentes nationalités qui comiX)scnt cet empire. On emploie souvent la coopération pour émanciper certaines races de la tyrannie économique que d'autres exercent sur elles. Nous ne voulons pas examiner de plus près ce rôle qu'on veut donner à la coopération car celai n'entre pas dans le cadre de cet ouvrage, mais nous classifîerons ces coopératives parmi celles qui considèrent la coopération comme un moyen et non comme un but.

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