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LES DIFFÉRENTES FORMES DE LA COOPÉRATION

§ 1. — Coopératives de consommation.

C*est avec la société de consommation que nous commençons rétud-o des différentes' coopératives, parce que c'est Tune des preimières en date, -et aussi celle qui a pris dans ces derniers temps un développement extraordinaire. Son importance, relativement aux autres formes de la coopération, est si grando que, vulgairement, par le mot de coopérative, on comprend la société coopérative de consommation. Du reste c'était tout naturel que la coopérative de consommation prit une place si importante dans la famille de la coopération, car la consommation occupe le premier plan dans les préoccupations humaines. Toute l'activité de l'homme peut être réduite en dernier lieu à la consommation, si l'on donne à celle-ci un sens large qui comprendi la consommation des services aussi bien que des objets. Mais même en la réduisant à ces derniers son importance n'est pas beaucoup amoindrie, la permanence des besoins, qui demandent à être satisfaits, la maintenant au premier plan.

I^ principe édonistiqiie (satisfaire le plus de besoîr» avec le minimum d'effort), principe inhérent à la conservation de l'individu, a poussé l'homn^e à chercher, à imagi ner des combinaisons qui lui permettent de consommer beaucoup en déboursant en même temps le moins d'argent possible. C'eM bien ce motif qui a forcé les premiers coopérateurs de Rochdalê à braver le ridicule et à se faire leurs propres marchands pour pouvoir subvenir à leurs besoins à meilleurs frais.

On se propose donc dans les. sociétés coopératives de consommation d'arriver à se procurer le» objets nécessaires à la vie, sans a^oir recours aux marchands ou autres intermédiaires. Elles se substituent à ces intermédiaires en s'appropriant leur fonction.

Au premier abord, la société de consommation semble être dans des conditions préèaires, car, ses magasins étant ouverts aux étrangers, elle est par cela même une spéculation avec chances de pertes et de gain. Mais elle a parmi ses associés une clientèle fixe qui assure un courant d'opérations suffisant pour alimenter l'entreprise. Ses ventes aux étrangers augmentent ses bénéfices.

Ces sortes de sociétés sont de grands marchands, quoiqu'elles vendent à de petits acheteurs, et de grands capitalistes, bien qu'elles soient formées par des prolétaires. Elles font leurs approvisionnements en gros et les paient comptant, double raison pour les payer moins cher. Elles sont exonérées de tout frais de luxe ; elles n'ont besoin ni d'affiches ni de réclames ; elles échappent à la plupart des exigences fiscales. Connaissant à fond les besoins de leur clientèle, dont le nombre d'ailleurs est à peu près invariable, elles font leurs achats à bon escient et ne sont

exposées ni aux erreurs de mévente, ni aux longs emmagasinages. A tous ces titres, elles peuvent livrer leurs marchandises à bien meilleur marché.

Il y a, malgré les» différents aspects que la coopérative de consommation peut prendre, des caractères qui sont communs à toutes les sociétés de consommation. Ces caractères se trouvent pour la plupart dans les règles établies par lest équitables pionniers de Rochdale dans dés statuts qui ont servi plus tard de modèle à presque toutes les sociétés d^ consommation.

Il y a trois caractères principaux qu'on retrouve, à peu d'exceptions) près, dans les statuts des coopératives de consommation.

Vente au prix marchand de la localité, — Cette règle peut paraître un peu bizarre aux personnes qui ne sont pas familières avec les pratiques des sociétés coopératives, car si l'acheteur doit payer la marchandise au même prix que chez le marchand il n'y aurait pas avantage réel pour lui de renoncer à ses habitudes et de devenir coopérateur. En effet, l'avantage serait mince si le coopérateur, en faisant ses acliats au magasin commun, ne se distingue en rien d'un simple consommateur quoique même en ce cas il ait uni avantage réel dans l'authenticité du produit qu'il acquiert ; mais avec la qualité de coopérateur il revêt en même temps aussi la qualité de marchand et, en fin de compte, il se trouve vendre à lui même les objets qu'il achète. Il bénéficie donc de la différence entre le prix de gros et le prix de détail des marchandises qu'il consomme, et empoche par conséquent ce que le marchand lui aurait certainement pris, s'il avait eu recours à son entremise.

Cette somme, le coopérateur ne la perçoit pas immédia-

tement au moment où il fait Tachât, mais au bout cTun certain temps, généralement une année. Tout coopérateur a un compte, séparé où Ton inscrit tous les achats qu*il fait pendant une année, et qui sert à calculer les sommes perçues en trop par la société, sommes qui doivent lui être remboursées sous le nom de trop-perçu, ou boni. Au moyen d'un carnet qu'il doit présenter toutes les fois qu'il fait une emplette au magasin commun, le coopérate^ur peut contrôler son compte.

La vente au prix marchand permet au coopérateur de réaliser une épargne d'autant plus grande qu'il consomme davantage. Ce système d'épargne facilite le développement des coopératives de consommation, car il sert d'appât et attire vers la coopération beaucoup de personnes qui, sans ce gain matériel, n'auraient pas changé de fournisseurs, malgré les autres avantages offerts par les magasins des coopérateurs. Si la coopérative ne se borne pas à vendre seulement à ses membres, mais à quiconque veut bien venir se fournir chez elle, le gain ainsi réalisé sur la vente au public viendra grossir le boni des coopérateurs.

Ce mode de vente au prix de détail a l'avantage de ne pas irriter trop fort les commerçants en les forçant de baisser les prix ou de fermer boutique. Il permet en plus aux sociétés de se former un fond de réserve, ou de subventionner, à l'aide d'un léger prélèvement sur les bonis, différentes œuvrer d'assistance, de prévoyance, de solidarité, etc. Nous nous bornons ici à mentionner seulement cet avantage de la coopération, car nous le traiterons d'une manière plus détaillée au chapitre intitulé : Ef[et de la coopération.

On trouve cependant des sociétés qui ne respectent pas

à la lettre cette règle, et qui ne vendent pas au prix de détaij, mais à un prix moindre tout en le maintenant audessus du prix de revient.

La deuxième règle, commune à presque toutes les coopératives de consommation, est la répartition des bénéfices au prorata des achats.

Les pionniers de Rochdale qui avaient inséré cet article dans leurs statuts avaient compris que, pour faire prospérer la coopération sous sa forme oomimerciale, il fallait attirer une grande clientèle en l'intéressant à la marche de la société. Ce n'est pas au capital s-ous forme de dividende que le profit s'en ira, mais aux clients coopérateurs, sous la forme de bonis répartis en proportion de l'assiduité du membre à se fournir au magasin commun.

Le capital ne reçoit qu'une rémunération, sous forme d'intérêt, proportionnelle au service qu'il rend. Il est réduit ici à son vrai rôle, celui d'instrument de production, et étant de par sa nature invariable, il est juste qu'il reçoive une part qui, elle aussi, est invariable, laissant les risques de gain et de perte aux autres éléments de la production qui eux sont plus fluctuants.

Les profits de la société de consommation ne résultant que d'un prélèvement sur le prix payé par les consommateurs, ou, en d'autres termes, étant une somme que les consommateurs ont fourni, il est naturel qu'ils retournent dans la poche de ces derniers. Les coopérateurs se rendent très bien compte que ce sont eux qui ont produit les bonis, aussi nomme-t-on souvent ces revenus ristourne ou tropperçus.

Si l'on voulait faire cependant une répartition absolument juste, il faudrait bonifier les coopérateurs non pas

au pro>rata de leurs achats, mais proportionnellement aux bénéfices que ces derniers ont créés. En effet, deux achats de même valeur ne déterminent pas des bénéfices identiques. Dix francsi dépensés, par exemple, en objets de consommation journalière, comme pain, sel, légumes, etc., ne produisent pas à la société le même bénéfice que dix frahcs dépensés en achats d'objets de luxe, caviar, langon&tési, fruits exotiques, etc. Nous avons pris cet exemple seulement parmi les coanestibles, mais si la société de con-sommation a des rayons nombreux et variés, la différence entre les bénéfices produits par les objets de luxe et ceux d'ordre commun, est beaucoup plus grande. Dans une répartition qui serait proportionnelle aux profits provoqués pa^r l'achat et non pas au montant de ce dernier, le coopérateur pauvre, qui consomme naturellement des objets communs, risquerait de ne toucher presque rien, même s'il a dépensé des sommes relativement grandes, tandis que le consommateur riche avec une dépense moindre toucherait un boni plus élevé. Celte répartition est plus juste au point de vue mathématique, mais elle aurait le désavantage d'aviver les haines de classes et empêcherait la coopération de recruter, sans distinctions sociales, des membres dans toutes les couches de la société. On reste donc et on restera encore longtemps à la répartition au prorata des achats comme elle a été imaginée et appliquée à Rochdale.

Ces bénéfices, ces bonis ne sont cependant pas répartis de la même manière par les différentes sociétés coopératives. Les unes, et c'est le plus grand nombre, les distribuent en argent. Le coopérateur reçoit donc à la fin de Tannée une somme dont il peut disposer comme bon lui

semble, soit en la plaçant, soit en remployant à la satisfaction d'un besoin immédiat. D'autres sociétés, surtout celles qui font de la politique, et qui emploient une bonne partie des Bénéfices pour la propagande de leurs idées, distribuent les bonis sous forme dé bons de con^sommation échangeables en marchandises au magasin coopératif. Ce système, que nous examinerons plus amplement dans un autre chapitre de cet ouvrage, a le désavantage de pousser à la consommation et d'empêcher le coopérateur de se former une épargne. II offre, cependant, aussi un avantage pour lesi coopérateurs imprévoyants qui en recevant de l'argent le dépenseraient bêtement, à moins que ce ne soit nuisiblement, chez les débitants de boissons.

La vente au comptant forme la troisième règle. Au premier abord cette règle paraît superflue, car la vente au détail se fait généralement au comptant, la vente à crédit étant réservée pour les marchands qui se fournissent en gros. Le crédit, néanmoins, appliqué à la vente en détail comporte certains avantages pour les marchands, et c'est pour cela que ces derniers ont su mettre le crédit habilement à leur service. Ils sont par ce moyen en état de s'assurer une clientèle fidèle, les persones qui peuvent se procurer desi marchandises à crédit dans un magasin n'allant pas faire des achats, dans un autre. Ils peuvent vendre aussi plus, car les clients qui jouissent d'un crédit chez un marchand, pouvant satisfaire leurs désirs sans débourser, consommeront davantage que s'ils étaient obligés de payer comptant. Quand ils peuvent acheter à crédit, les consomimateurs ne prêtent pas une grande attention au prix des marchandises, aussi les commerçants peuvent le majorer sans s'attirer des récriminations.

Si toutes ces choses sont profitdblesi aux marchands, elles sont par contre préjudiciables aux intérêts des consommateurs, surtout à ceux qui n*ont pas renoncé à l'habitude de payer comptant. Ces- derniers ont à supporter la raajai*ation des prix sans jouir en retour d'aucun avantage, et ce sont eux qui compensent les pertes occasionnées aux marchands par les clients dont le crédit n'arrive jamais à se couvrir. L'ouvrier, car c'est en premier lieu pour l'ouvrier que la vente à crédit est funeste, mie fois engagé dans l'engrenage ne peut plus se débarrasser, et il est obligé, pour ne pas se voir couper son crédit, de consommer les marchandises que le marchand lui impose et qui certainement ne sont ni très bon marché ni de première qualité. Il est obligé souvent pour se soustraire à cet état de choses d'employer des moyens frauduleux, comme par exemple de changer de quartier ou de ville, et, par conséquent, d'aggraver son état moral qui même sans cela n'est pas des meilleurs.

Pour éviter les maux qu'engendre la vente à crédit, les sociétés coopératives insèrent dans leurs statuts la règle de la vente au comptant. Elles ne représentent pas l'intérêt des commerçants, mais celui des clients et doivent donc chercher à rendre la consommation aussi équitable et morale que possible. On trouve cependant des sociétés qui emploient la vente à crédit, mais non pas comme un moyen de s'enrichir, mais comme un instrument de lutte contre les marchands, qui eux ne se font pas de scrupule de l'employer. En ce cas, la vente à crédit est excusable avec la restriction cependant qu'elle sera abolie et remplacée par la vente au comptant aussitôt que cette trans-

formation sera possible, ce qui arrive loiyours quand la société a pris» une certaine importance.

Ces trois règle® sont celles qu'on est sûr de trouver dans presque toutes les coopératives la consommaUon, et qui donnent à cette forme de la coopération, son caractère sipécial ; mais en dehors d'elles on en trouve encore d'autres de moindre importance.

Un seul vote par actionnaire, est aussi une des règles qui figurent dans le programme de Rochdalc. On a voulu grâce à celle disposition empêcher les coopératives de devenir des sociétés capitalistes et de perdre par conséquent leur caractère de désintéressement. Cette règle éloigne done tous les spéculateurs qui voudraient s'enrichir au moyen de la coopération et maintient cette dernière dans la voie que lui ont tracée Robert Owen et les premiers coopératcurs. Pour plus de précautions, certaines sociétés li^ mitent le nombre des actions qu'une seule personne peut posséder ; mais cette dernière clause n'est pas nécessaire, aussi longtemps que le capital n'est pas attiré par l'appât d'un dividende.

Il faut mentionner aussi la vente au public comme une caractéristique de beaucoup de coopératives. Cette règle paraît curieuse à première vue, car, du moment que les coopératives comptent supprimer les marchands, elles devront bien subvenir aux besoins du public en lui vendant les choses nécessaires à sa satisfaction. Cependant cette disposition n'est généralisée qu'en Angleterre, tandis qu'en Allemagne la vente au public est interdite aux sociétés coopératives de par la loi. De l'autre côté du Rhin, les sociétés ne peuvent écouler leurs produits que chez leurg membres et non pas chez des personnes qui sont

étrangères à la coopération. Jusqu'à ce© derniers temps, les -sociétés <x>opérative9 françaises se sont abstenues de vendîre au public, mais depuis que la loi les fait payer patente, elles trouvent bon de jouir aussi des avantages, et non seulement des désavantages que leur confère cette disposition, et elles ont commencé à tenir .boutique ouverte à quiconque veut venir s'approvisionner chez elles.

La vente au public ne peut être qu'avantageuse autant pourlesl sociétés que pour les clients. En effet, les sociétés gagnent do cette manière les profits qui sans cela iraient dans les poches des marchands ; en plus, ce fait d'avoir enseigne sur rue lui permet do recruter beaucoup de membres qui n'ont pas d'autres moyens de faire connaissance avec le mouvement coopératiL Pour le public, l'avantage consiste à pouvoir acquérir dans- les magasins des coopératives des produits non falsifiés et de les payer comptant, quoique cette dernière disposition ne paraisse pas avantageuse à première vue. Nous avons déjà analysé plu's haut les défauts de la vente à crédit pour ne plus revenir là dessus».

Uiie règle, qui cependant n'est pas très répandue parmi les coopératives, est la participation des employés aux bénéfices. Elle n'est pasi exempte de certaines critiques et les discussions, relativement à sa valeur, ne sont pas closes, aussi nous nous bornons à la mentionner.

Quelques chiffres que nous empruntons à YAlmanach de la coopération française pour 1908 prouvent que le mouvement coopératif, sous la forme de société de con- . sommation, a fait des progrès notables.

Voici la situation de ces sociétés, donnée au congrès de l'alliance coopérative de Crémone, en septembre 1907, par

les rapporteurs de chacun des pays qui s'y trouvaient représentés :

Nombre Nombre Montant

Peye d«e Société» des Membre* dee Vente*

GraDde-BreUgne . . i.448 2.222.000 1.586 millions.

Mlemagne 2.006 i. 037. 000 206 ^

France 2.i66- 641.000 191 —

Danémarck .... 1.200 180.000 67 ^

SuLsse 340 152.000 62 —

Russie 1.172 149.000 96 —

Belgique 161 119.000 31 —

Autriche ..... 271 113.000 34 —

Hongrie 676 110.000 23' —

Suède 499 76.030 13 —

Finlande 310 48.000 20

iUlie 1.448

Hollande ..... 138

Serbie 95

Etats-Unis 400

Australie 20

Ces chiffre® exigent quelques explications. — Les chiffres de la deuxième colonne (nombre des sociétaires), et bien plus encore ceux de la 3° (montant des ventes), ne se réfèrent qu'aux sociétés ayant envoyé des rapports et par conséquent sont inférieurs au total réel qui est inconnu. Cependant les sociétés sur lesquelles on ne sait rien étant généralement de peu d'importance, les différences no doivent pas être énormes.

En comblant approximativement les lacunes, on peut évaluer pour le mionde entier le nombre dos sociétés de consommation à 13.000, le nombre de leurs membres à 5 millions 1/2 (ce qui avec les membres de la famille fait plus de 20 millions de personnes) et le chiffre des ventes à un peu plus de 2 milliards 1/2 de francs.

La société de consommation occupe donc le premier rang dans le développement de la coopération, et dans certains pays, comme par exemple rAngleterre, le Danemark, etc., elle n'est pas loin» de se substituer complètement au marchand. Si les autres^ formes de la coopération avaient évolué de la même manière, le monde économique serait à la! veille de changer d'aspect et de revêtir une forme beaucoup plus équitable et plus en rapport avec les règles de la morale. Malheureusement, quoique ascendante la marche n'a pas été aussi accentuée et les sociétés coopératives de production, de crédit, etc., ont, conume nous allons le voir, encore beaucoup de chemin à faire pour se rapprocher du progrès fait par les sociétés coopératives de consommation.

§ 2. — Coopératives de production.

C'est sur le terrain de la production que la coopération est absolumeiiit indispensable, car si 1 on peut consommer individuellement, om ne peut produire que collectivement. La chose est évidente par elle-même pour n'avoir pas besoin d'être prouvée, car on ne peut pas s'imaginer la production, même d'un objet simple, san^ la coopération, soit simultanée, -soit successive, non seulement des; différents facteurs, mais même de différentes personnes.

Cette coopération, néanmoins, n'est pas celle qu'on rencontre dans la production de nos jours, car le plus souvent elle n'est pas volontaire, mais imposée par l'état social où elle s'exerce. Dans une usine patronale ou dans celle appartenant à une société anonyme, la coopération entre les différents éléments humains est indispensable, de 1. p. » 3

même que dans un établissement appartenant à une société coopérative de production, mais ce qui constitue la différence fondamentale entre ces deux formas de la production c'est que le capital et la direction sont séparés du travail et que le revenu ôe divise et prend différentes destinations dans l'exploitation capitaliste, tandis que tous ces éléments se trouvent réunis, dans les mêmes mains et les mêmes personnes quand.- l'exploitation prend la forme coopérative.

De l'ancien mode capitaliste, le coopératisme ne conserve que l'organisation, tous les autres éléments étant foiKlus eu un seul. Le salarié et l'actionnaire sont réunis dans un»e même personne qui est le coopérateùr-producteur.

Cette forme de la coopération n'a cependant pas réusisi aussi bien que celle que nous avons examinée dans le chapitre précédent. Cela est d'autant plus regrettable que c'est justement sur le terrain de la production que ses effets sont ,plus équitables et oonséqucmment plus désirables.

Les facteurs qui contribuent à la production occupent le premier plan dans la société contemporaine, et leur diversité, autant que leurs intérêts, ont eu comme résultai une lutte qui revêt souvent un caractère très violent et qui est nuisible tant à la production qu'au progrès de l'humanité. La coopérative de production supprime ce mal par le fait que tous ces éléments viennent se fondre en un seul dont l'intérêt se confond avec celui de tous les producteurs.

Une telle transformation, pour pouvoir vivre,. doit respecter l'organisation qui a fait ses preuves dans le système

capitaliste, car autremieat elle risquerait de s'aventurer dans rinconnu et do périr au début môme de son évolution. Il faut donc que les ouvriers, qui dans la coopéraiivo de production revêtent la qualité d'actionnaires, soient tout aus^i circonspects que ces derniers en ce qui concerne la nomination des administrateurs, directeurs et autres fonctionnaires appelés à diriger rentreprise. Ils doivent renoncer à la doctrine de l'égalité qui n'a rient à chercher dans l'industrie et ne pas se révolter contre une hiérarchie, qui est absolument nécessaire pour mettne en mouvoment et conduire avec succès un organisme quelconque. C'est ce manque d'éducation de la classa ouvrière qui a été cause que beaucoup d'entreprises coopératives de production ont échoué', et que d'autre» n'ont pu faire que de maigres progrès.

Est-ce donc là un vice incurable, et la corporation doitelle renoncer à s'aventurer sur le terrain de la production? Nous ne croyons pas que cette cause qui dépend de l'éducation du ooopSrateur ne soit modifiable. On n'a qu'à influencer la manière de voir des classes ouvrière» et tout sera dit. Pour sûr que cela ne se fera pas d'une année à l'autre, la mentalité d'un homme déjà formé étant difficile à modifier; niais au bout de deux ou de trois générations, ce qui encone serait une transformation assez rapide. Qui connaît révolution et les progrès faits par les classes ouvrières pendant le cours du XIX® siècle ne trouvera pas étrange et encore moins impossible une évolution plus loin, même si cette dernière devait être déterminée, dirigée vers un but établi à priori. Le tout consiste donc, si l'on veut que la coopération de production puisse vivre, • de ne créer de telles sociétés que là où les classes ou-

vrièrcs ont atteint un certain degré de culture intellectuelle et civique. Même ici on ne devra pas la créer d'un seul coup, sans préparation préalable. Par le moyen des conférences, et surtout par l'introduction des ouvriers dans une coopérative de consonunation, on arrivera à leur former une mentalité do coopérateur et à les mettre en état d'entreprendre la transformation économico-sociale que comporte en elle la société coopérative de production. G est doue avec Tarislocratie des; ouvriers que doit commencer le mouvement, et ne s'étendre au commencement, (|ue petit à petit, pour pouvoir se créer un noyau îndestiHictible.

Une autre cause qui a empêché les coopératives de production de se développer tout aussi vite que celles de consommation, est le nianque de capitaux. Si l'on peut se passer de ractionnairoi dans une entreprise industrielle, on no peut pas se passer de sa fonction qui consiste à avancer les capitaux néces'saires à la formation et à la mise en marche de l'entreprise. Nous disions plus haut que le salarié et l'actionnairo se confondent dans la même personne, en tant que l'entreprise est coopérative; mais pour arriver là, il faut que l'actionnaire se fasse ouvrier, ou, ce qui est plus facile, que Pouvrier se fasse actionnaire. Les ouvriers doivent avoir, avant de songer à créer une coopérative de production, soil une épargne assez forte, soit un crédit étendu, à moins que ce ne soit les deux à la fois. L'éi)argne implique déjà une éducation et une organisation coopérative ou mutualiste, car l'épargne individuelle n'est pas très en faveur parmi les classes ouvrières. Le crédit n'apparaît en général que très tard, quand Tcntrepiise a réussi, et quand, par conséquent, son

utilité n'est plus très grande. On fait aussi crédit aux ouvriers, quand ils possèdent déjà un capital, accumulé le plus souvent a.u moyen de l'épargne, mais c'est surtout aux sociétés qui nont aucun capital que le crédit est absolun^nt indispens4ible pour pouvoir vivre. . Cette cause, cependant, est de moindre importance que la précédente, car les sociétés coopératives de production peuvent se procurer à la fin, des capitaux par les moyens suivants:

Ell-es peuvent créer, avant de fonder La coopérative de production, une coopérative de crédit, dont le rôle serait de fomier un petit capital au moyen de l'épargne et de servir d'intermédiaire entre l'entreprise coopérative et les capitalistes en quête d'un placement. C'est, nous semble-t-il, le moyen le plus logique pour tourner la difficulté, car toute entreprise industrielle doit avoir des rapports avec une institution financière qui lui accorde le crédit nécessaire à son fonctionnement. Mais ce système implique aussi une mentalité et une édtication qu'on ne rencontre que rarement parmi les ouvriers. Il existe cependant de telles banques, créées non pas par des ouvriers, mais par des philanthropes. La « Banque coopérative des associations ouvrières de production », fondée par Aloigneu, disciple de Fourier, en est un exemple. Elle possède un capital de 575.000 francs versés en grande partie par son fondateur et aussi par l'Etat. Un autre enthousiaste du mouvement coopératif. Rampai, a légué en 1878, à la ville de Paris, une somme de 1.400.000 francs, destinée à être prêtée aux associations coopératives de production -siégeant à Paris. Le crédit que les associations pourront se procurer au moyen des banques

coopératives ne sera vraiment efficace que lorsque ces dernières seront créées par les ouvriers eux-mêmes,- et non pas seulement par la philanthropie.

Un autre moyen consiste, surtout pour les associations ouvrières qui font de la politique, de recourir à TEtat et de lui demander tout ce dont elles- ont besoin.. Celui--ci, qui tend de plus en plus à suivre une politique intervenr tionniste, leur vient en aide, moins avec de l'argent qu'avec des lois et règlements. Il leur donne, cependant, un aide matériel en se îoumissant chez elles, et depuis quelque temps le gouvernement français les subventionne, très peu, il est vrai, par voie budgétaire». Ce moyen nous semble ne pouvoir pas donner de bons résultats, car il empôchç le développement, chez la classe des ouvriers coopérateurs, de qualités qui sont indispensables pour le succès du mouvement. Il rend les ouvriers beaucoup plus imprévoyants en leur faisant croire que TEtat viendra toujours à leur secours.

Enfin le troisième moyen, qui paraît être celui qui donnera à la coopération de production un grand essor, est l'union de celle-ci avec la coopération de consommation. Toutes les deux poursuivent le même but, à savoir, la suppression des intermédiaires. Elles auraient d'autant plus intérêt à travailler en commun que leurs membres respectifs se confondent dans la même personne, un ouvrier d'une coopérative de production étant le plus souvent nuemibre d'une coopérative de consommation. Les sociétés de consommation, ayant pris un grand développement, seraient, si elles voulaient commanditer et devenir après clientes fidèles, un puissant moyen pour favoriser la multiplication et l'accroissement des sociétés de production. Déjà les fédé-

rations des sociétés de consommation créent et dirigent nombre de fabriques qui leur fournissent les objets qu'elles consomment ; elles pourraient très bien, au lieu de devenir patrons après être devenues commerçants, céder la fonction du premier aux associations ouvrières de production, et faciliter aux ouvriers à s'émanciper du patron, tout comme les consommateurs se sont émancipés du marchand. Ce n'est qu'avec l'aide de la coopération de consommation que celle de production pourra réussir.

Les coopératives de production ont compris les avantages qu'elles peuvent retirer d'une organisation solide, aussi tendentH&lles à se fédérer ou à se réunir autour d'une chambre consultative, comme il en existe une en France. Celle 4L Chambre consultative des Associations ouvrières de production est la giffdi^iBe de l'idéal coopératif. Elle impose à ses adhérents d'assurer une prépondérance à l'élément ouvrier dans la direction de l'association, de faire participer aux bénéfices les ouvriers simples auxiliaires qui ne sont pas associés, et de consacrer une certaine part du profit à des œuvres de solidarité, de propagande ou d'émancipation sociale (1) ». Fondée en 1884, elle comptait, en 1906, 203 sociétés adhérentes qui lui payent une cotisation calculée sur le pied de 50 centimes par 1.000 francs ' de salaires payés. La chambre consultative, comme son nom l'indique, se charge de donner des informations et des conseils aux sociétés adhérentes et leur facilite de cette manière la constitution et le développement. Elle empêche aussi ces dernières d'oublier le programme coopératif, et de dégénérer en entreprise patronale, en embauchant des

(I) Ch. Gide, Economie sociale, 3« éd., p. 419,

ouvriers, qu'elles rémunèrent au moyen du salaire. Les ouvriers qu'elles engagent, devront participer aux bénéfices et se transformer petit à petit de simples salariés en coopérateurs associés.

Actuellement il y a en France (janvier 1906) 358 associations ouvrières de production/ (dont 136 à Paris et 4 en Algérie). On ne sait pas exactement lie nombre de leurs membres et le chiffre de leurs affaires. Ch. Gide les évalue, dans son Traité d'économie sociale, respectivement à 17.000 et 60 millions. C'est déjà assez joli, surtout si l'on prend en considération les difficultés que ces associations rencontreint sur leur chemin, difficultés que nous avons succintement examinées plus haut. Si l'on considère qu'en 1889 elles n'étaient qu'au nombre de 70, on voit qu'elles ont fait dans un espace relativement court un chemin notable.

En Angleterre, d'après la statistique publiée par la Coopérative Union pour 1906, il y aurait 143 associations de production avec un capital de 95 millions de francs, faisant 216 millions de ventes. Le profit net réalisé par ces sociétés serait de 9 millions de francs. Ces chiffres* ne sont cependant pas absolument exacts et ne correspondent pas à ceux que nous avons donnés pour la France, car ils contiennent aussi les fabriques et les moulins appartenant aux sociétés de consommation. Cette dernière catégorie d'entreprises, ne produisant pas pour son propre compte, ne devrait pas figurer dans la statistique des coopératives de production.

L'association de production est d'origine française et c'est vers 1848 qu'elle vint réellement au monde.

Dans d'autres pays, ce mouvement est faible si Ton considère l'industrie manufacturière, mais par contre il a pris

un grand développement sur le terrain agricole, ou plutôt sur celui des transformations des produits agricoles, comme par exemple dans les beurreries et dans les fruitières.

Nous arrivons à une forme spéciale de la coopérative de production, forme qui existe depuis longtemps et qui est venue naturellement au monde, sans avoir eu besoin ni de propagande ni de philanthropes. Pour la fabrication des fromages, beurres, crèmes, etc., il faut de grandes quantités de lait et un marché où Ton puisse rapidement écouler ces produits, car ils ne se conservent que difficilement. I>e paysan ou le berger, possesseur de quelques vaches, chèvres ou brebis, n*aurait jamais pu à lui seul surmonter ces difficultés, mais en s'unissant aux autres, en créant une association de production, il peut tirer avantage de son lait. La fruitière a besoin d'un local qui sert de fabrique pour la transformation du lait,d'unou plusieurs spécialistes connaissant cette transformation, d'un intermédiaire s'occupant de Técoulement du produit et d'associés qui apportent le lait. C'est grâce à cette association que les paysans, tant de la France que d'autres pays, ont pu tirer profit du lait de leurs animaux en trouvant la possibilité de le vendre à un prix rémunérateur. Au Danemark, cette forme de la coopération a trouvé un terrain très favorable, et aujourd'hui on peut dire qu'il n'y existe pas un paysan, possesseur d'une vache ou brebis, qui ne soit membre d'une association de production.

Avant de terminer ce chapitre nous devons indiquer deux directions que le mouvement coopératif tend à suivre sur le terrain de la production. En Angleterre, grâce à la puissance des sociétés de consommation, la production a

une tendance à garder un caractère patronal, avec la seule différence qu'il n*y aura qu'un seul grand patron, qui sera la Fédération de consominati<Mî. En France, le principe de 18^i8 est encore en honneur. La production, coopérative bien entendue, garde son caractère individuel tout en supprimant le patron. A la place de ce dernier, ce n'est pas une société de consommation, mai» bien celle de& ouvriers producteurs qui apparaît.

Laquelle de ces deux formes l'emportera, est une question que nous laissons à l'avenir de résoudre, car toutes les deux offrent autant d'avantages que d'inconvénients. Le système anglais produit le monopole tandis que celui pratiqué en France engendre la concurrence.

§ 3. — Coopératives de crédit.

La coopérative de crédit réjxjnd à un besoin.de l'homme qui, quoique de date relativement récente, n'est cependant pas de peu d'importance. Le besoin d'emprunter est intimement lié à la vie, telle qu'elle est conçue de nos jours, et les classes qui peuvent emprunter le plus, sont celles qui s'enrichissent rapidement. Toute personne exerçant une fonction économique quelconque — et qui n'exerce aujourd'hui un tel rôle ? — ressent le besoin d'cmprunter,de jouir du crédit. Mais si le désir ne leur manque pas, la possibilité d'emprunter cependant fait souvent défaut à beaucoup d'entre eux cl il se trouve des catégories entières d'individus qui ne peuvent jouir du crédit, quoiqu'ils en aient absolument besoin. En effet, dans notre civilisation actuelle, pour pouvoir emprunter, il faut être en état de se passer du crédit, ou, en d'autres termes, il faut posséder quelques

capitaux. Plus on est pauvre et plus on a par conséquent besoin d'emprunter, plus on rencontre de difficultés à trouver de l'argent. Il n'y a que le riche qui est absolument sûr de rencontrer des personnes disposées à lui prêter. Les pauvre&,quand ils réussissent à emprunter,nc le font qu'en périclitant plus ou moins par des taux usuraires leur activité économique. Auparavant, ils devaient payer de leur personne qui était mise en gage tout comme un vulgaire objet.

Ce sont ces maux, surtout ceux résultant de Tusure, qui ont poussé les hommes à chercher différents moyens de pouvoir user du crédit sans être obligés pour cela d'offrir un gage matériel hors de proportion avec leur avoir. Ils se sont servis de la cooopération pour tourner la difficulté, ot ce moyen a donné des résultats appréciables qui encouragent les besogneux à persister dans celte voie. Si la coopération n'a fait son apparition que tardivement sur le terrain du crédit, c'est que ce dernier a été longtemps persécuté par l'église chrétienne et n'a pu progresser qu'avec l'affaiblissement de l'influence religieuse.

Avec le développement de l'industrie au XIX* siècle, le crédit occupe une place hors pair, cl tout en favorisant la production encourage en môme temps la spéculation. Pour enrayer les mauvais effets du crédit, on s'est imaginé de créer des sociétés coopératives qui puissent répandre ce dernier parmi les classes pauvres de la société. Ce n'est pas le travail, ni l'aptitude de faire fructifier un capital qui manquent aux personnes pauvres, mais bien la garantie qu'ils donneront un emploi utile au capital emprunté et qu'ils seront par conséquent en étal de tenir leurs engagements. Les sociétés coopératives de crédit ont pour rôle

d'offrir ui>e telle garantie, en* substituant la collectivité à rindividu.

Il" était naturel que ces sociétés naquissent surtout là où le besoin se fais^iit le plus sentir, Cei n'est donc ni en Angleterre, ni en France, où les classes sociales sont relativement riehes et où l'usure ne fait pas de ravages, mai-s en Allemagne, où les classes agricoles étaient livrées pendant les premiers temps du siècle passé à la rapacité des usuriers, que les coopératives de crédit ont vu le jour. Dans les pays du sud et de l'est de l'Europe, où l'usure forme le revenu de toute une classe économique, ces espèces de sociétés ont trouvé un terrain propice pour leur développement, et les progrès qu'elles ont fait ces- derniers temps sont très importants.

Les sociétés coopératives de crédit se divisent en deux branches qui, quoique ayant beaucoup de points communs, se distinguent cependant, autant par le mode de leur constitution que par le milieu où elles travaillent. Nous avons les coopératives de crédit urbaines nommées généralement banques populaires^ et les coopératives de crédit rurales, connues le plus souvent sous le nom de caisses rurales. Elles portent aussi le nom de leurs fondateurs, Schulze- Deliizsch pour les banques populaires et Caisses Raiffeisen pour les caisses rurales.

Les sociétés coopératives Schulze-Delitzsch sont caractérisées par les traits suivants :

P Solidarité illimitée de tous les membres, règle qui, donnant aux prêteurs toute garantie, accroît indéfiniment le crédit de ces sociétés;

2"* Emission d'actions de valeur élevée (1.000 à L250 francs) qui ne sont libérées que petit à petit, mais qui, par

ces versements réguliers et échelcrtiués, contraignent le sociétaire à pratiquer l'épargne et font ainsi de la société de crédit une caisse d'épargne perfectionnée ;

3° Taux d'intérêt assez élevé perçu sur les sociétaires emprunteurs afin de pouvoir servir aux sociétaires épargueurs un taux d'intérêt plus élevé aussi ;

4** Répartition des bénéfices aux actionnaires sous forme de dividendes au proprata de leurs actions, comme dans toutes les sociétés capitalistes, mais non point du tout aux emprunteurs sous forme de ristourne au prorata du montant de leurs emprunts, ce qui serait le seul mode conforme à la véritable règle coopérative (1).

La banque populaire offre donc deux sortes de garaaliers ; une très réelle et visible, sous la forme d'actions, et l'autre un peu plus cachée sous la forme de solidarité illimit/ée de tous les membres. Il nous semble cependant que cette dernière, la solidarité illimitée, est un peu difficile à réaliser surtout dans les villes où les membres ne vivent pas en contact journalier et ne se connaissent donc qu'imparfaitement. Les actions, qui sont assez élevées, peuvent suffire pour donner confiance aux capitalistes en recherche d'un placement, et même sans cela les capitaux apportés par ceux qui désii^nt épargner doivent couvrir les demaur des des emprunteurs.

Leur rôle ne se borne cependant pas seulement à fournir des capitaux à leurs membres ; elles ont aussi comme mission d'encourager l'épargne parmi ces derniers en offiant un placement sûr et rémunérateur aux économies qu'ils peuvent réaliser. Elles ont un caractère de pré-

(1) Cb. Gide, économie sociale^ 3* édit., p. 450.

voyance qui s'associe im peu étrangement à la forme capitaliste et plus ou moins spéculative qu'elles revêtent.

Par la quatrième règle admise dans leurs statuts et qui prévoit que lefe bénéfiees seront répartis sous fortoe de dividende au capital actions, elles s'éloignent complètement de la coopération qui n'admet la répartition des profits qu'au prorata de l'activité du ooopérateur.

Cette forme de la coopération est, comme nous le voyons, un peu éloignée du principe coopératif. Elle est plutôt un mélange de capitalisme, coopération et prévoyance. Elle a rendu des services appréciables à certaines, classes urbaines, mais son importance est beaucoup moindre que celle de sa sœur, la caisse rurale. C'est vrai que cette dernière a trouvé un terrain beaucoup plus propice qui lui a permis de prendre un grand essor et de se développer pleinemeni«

Les caisses rurales ou caisses Raiffeisen ont pour caractéristique :

1* La solidarité illimitée des emprunteurs, parce qu'elle constitue une garantie suffisante sans hypothèque et sans warrant ;

2* La circonscription communale, parce qu*enlre voisins tout le monde se connaît ; 3** Les prêts à longue échéance et à petit intérêt ; 4* L'émission dès parts aussi petites que possible ; ces caisses no demandaient même aucune souscription de parts jusqu'au jour où la loi les y a contraintes ;

5"* Aucune répartition de bonis ; ils sont consacrés à former un fond perpétuel et inaliénable ;

C Service gratuit des administrateurs, sauf une petite indemnité pour le secrétaire ou trésorier ;

7" Palronage moral ot souvent religieux exercé sur les membres, notamment sur les emprunteurs (1).

Leljp© Raiffeisen se différencie, comme nous le voyons, coraplèteraenl du type Schulze-Delilzsch. Il n'y a que le principe de solidarité illimitée des emprunteurs qui leur est commun, mais qui, comme il a été montré précédommenl, n*est pas toujours réalisable dans les coopératives de crédit urbaines. Dans les caisses rurales, par le fait qu'elles se trouvent dans un village où les membres sont relalivem<5nt peu nombreux et où ils se connaissent bien, à cause du contact journalier et de la communauté do travail, la solidarité illimitée est facile à mettre en pratique. Ici, elle est nécessaire, car la banque ne possédant presque pas de capitaux, ne trouverait pa« de personnes disposées à lui confier des sommes importantes si cette garantie n'était pas offerte.

Les caisses rurales doivent être petites et se cantonner dans la circonscription communale. Elles ne sont pas des entreprises créées en vue de la spéculation, et par consé- T|uent n'ont pas comme idéal leur agrandissement. Leur but n'est que de faciliter le crédit aux coopéraieurs, ce à quoi elles arrivent beaucoup mieux en se contentant d'un champ d'action restreint. Lee administrateurs de ces sociétés n'étant pas des spécialistes ne seraient pas capables de les diriger si elles s'aventuraient sur un terrain trop vaste. Le principal, c'est que chaque membre puisse se rendre compte où vont les emprunts et à quels usages on les destine; or, cela n'est possible que dans le cas où ces membres sont voisins et exercent pour la plupart le même métier, La

(1) Ch. Gide, Economie sociale, 3« édil., p. 478.

lirnilatioa à la circonscription communale s'impose donc.

Du moment que la solidarité illimitée sert de garantie aux capitaux empruntés par la caisse rurale», un capital propre n'est plus indispensable. Aussi ces caisses n'ontclles exigé de la part de leurs nuenibres la souscription d'aucune action, et seulement quand la loi les a forcé de se constituer en capital, ont^elles émis des parts, en le« réduisant cependant au minimum possible. En Allemagne, les parts que les membres doivent verser ne dépassent généralement pas la somme de dix marks. Cette disposition est nécessaire, car les coopérateurs étant pour la plupart des personnes pauvres, ne disposant presque pas de capitaux monnayés, la constitution d une telle société eût été impossible si les statuts pi'évoyaient la souscription et le versement d'un capital social important.

On ne répartit pîas de bonis dans la caisse Kaiffeisen. Son but n'est pas de fournir des revenus aux coopérateurs, mais de mettre à leur portée le crédit qui est indispensable à toute entreprise industrielle, et surtout à celle d'ordre agricole. Si elle airive à procurer à ses membres les capitaux dont ils ont besoin, son rôle est rempli. Cependant, puisque la loi la force à avoir un capital, et que ce capital est susceptible de produire un revenu, on a statué de consacrer ce dernier à la formation d'un fond de réserve, qui viendra fortifier les garanties que la société peut offrir et qui, par conséquent, augmentera soai crédit. Beaucoup de sociétés, se conformant au principe coopérateur, emploient une bonne partie des bonis à des œuvres altruistes, comme, par exemple, encouragement de l'instruction, création de bibliothèques populaires, etc. Ce rôle, que s'imposent les coopératives de crédit, est d'autant plus salutaire,

qu'en général les Etals où elles ont pris une grande extension ne veulent ou ne peuvent pas consacrer dos sommes suffisantes pour la diffusion de Tinstruclion.

Le service des administrateurs est fait le plus souvent gratuitement, car cette fonction n'est ni difficile ni encombrante. Un jour par semaine, et mémo quelques heures suffisent pour régler les affaires. Les administrateurs, étant en même temps coopérateurs, jouissent aussi des avantages de ces derniers en pouvant contracter des emprunts à la caisse. Quand celle-ci est forcée par le nombre et la fréquence des opérations à travailler plus souvent, on nomme un secrétaire ou un trésorier auquel on alloue une petite indemnité.

La caisse rurale cherche non seulement à faciliter l'ac- Groissement du bien-être des coopérateurs, mais à perfectionner en même temps leur étal moral. C'est du reste le rôle que se sont assumées toutes les variétés de sociétés coopératives, considérant que le bien-être matériel ne doit pas être séparé du bien-être moral, et le plus souvent, c'est par ce dernier qu'on doit commencer comme étant le plus difficile à acquérir ou à modifier.

Avec cette forme de société coopérative de crédit, la caisse Raiffeisen a eu vite fait de conquérir la classe rurale, non seulement de f Allemagne, son pays d'origine, mais de nombreux autres pays où l'agriculteur, sous l'influence de causes économiques ou historiques, était beaucoup plus exposé à l'usure que les membres des autres classes sociales. L'Italie, l'Autriche-Hongrie, la Russie, la Roumanie, etc., ont vu ces dernières années le nombre des caisses rurales progresser rapidement, au plus grand bien de la situation économique des paysans. En Italie et en Belgique, ces cais-

6CS sont sous l'influence du clergé qui travaille activement à leur développement. En Rus-sie, c'est la banque'd'Etat et éventuellement les conununos qui fournissent les fonds nécessaires aux prêts que la société fait à ses membres. Le type Raiffeisen n*est cependant pas identique partout ; il a évolué, s'adaptant aux mœurs ot aux caractères des différents milieux où il a été implanté.

En dehors de ces deux formes de la coopération de crédit, on trouve encore en Allemagne une forme intermédiaire. Ce sontles associations qu'on appelle type Haas, du nom de leur fondalour. Elles se différencient des caisses Raiffeisen par le fait qu'elles émettent des actions d'une coupure assez élevée (100 marks), distribuent des bonis et no font pas de la solidarité illimitée une règle inflexible. Elles se rapproclient un peu du type de banques commerciales on se différenciant de celles-ci par le fait qu'elles no courent pas après le profit, et qu'elles limitent leur activité aux basses couches de la population. En Allemagne, c'est celte dernière forme qui a pris le dessus en comptant, en 1906, 4.440 sociétés avec 290.367 membres et un chiffre de prêts de 804 millions, tandis que les caisses Raiffeisen n'étaient qu'au nombre de 3.288 avec 236.721 membres et 440 millions de prêts. Dans Test et le sud de l'Europe, on trouve un système de banques qui tient entre les deux types Raiffeisen et Ilaas. Nous les examinerons plus loin- dans un chapitre qui s'occupe de la coopération par pay,s.

Dans les pays économiquement avancés, Angleterre, France, Hollande, etc., celte forme de la coopération n'a pas trouvé un terrain favorable et elle ne s'est développée que lentement, malgré l'effort de certains coopérateurs. La chose s'explique du reste, surtooit en France où le bas de

laine est presque devenu une institution nationale. Les petits cultivateurs disposant d'épargnes sous forme de monnaie, ne sentent pas le besoin du crédit, pouvant en cas de nécessité recourir à leurs réserves. En Angleterre, la population agricole étant peu nombreuse, le uxanque des coopératives de crédit n'est presque pas ressenti à la campagne. Il faudrait cependant faire exception pour Tirlande qui est encore une contrée agricole à population dense et pauvre en même temps. Mais dans le reste du Royaume- Uni les banques commerciales sont si bien orgamsées, surtout en Ecosse, que le crédit, n'a pas besoin de recourir à la forme coopérative pour pouvoir pénétrer même dans les chaumières. Si le crédit coopératif devait prendre pied en Angleterre, ce ne sera que dans les grands centres industriels, où se trouvent bon nombre de personnes désireuses de trav4iiller, mais ne le pouvant pas faute de capitaux.

La coopération de crédit a rendu et rendra encore de grands services à la classe agricole des pays où les capitaux sont rares et le crédit mal organisé. L'agriculteur plus que tout autre industriel a besoin de crédit, car ses dépenses étant continuelles, ses revenus ne sont que tout au plus bi-annuels, quand il se contente, ce qui arrive le plus souvent, à limiter son activité seulement à la culture de la terre. En l'émancipant de l'intermédiaire usurier, elle le met en état d'améliorer rapidement sa situatiom et d'augmenter non seulement la richesse, mais aussi la puissance de son pays.

La coopérative de crédit et celle de consonamation sont les deux formes de la coopération qui ont le mieux réussi et qui font espérer aux coopérateurs la prochaine transformation économique de la société.

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