UNIVERSITY
directement, lui rendent les mêmes services que s'ils étaient les siens. Lx>oomobiles, batteuses, semeuses, charrues à vapeur, etc., sont des instruments qu'un petit agriculteur ne peut pas se procurer et qui, cependant,avec les progrès de la culture intensive, sont devenus presque indispensables. L'association vient donc en aidé aux petits cultivateurs et les empêche d'être écrasés par la concurrence des grands propriétaires.
Elle permet, en plus, au cultivateur d'acheter les semences et les engrais au prix de gros, et en cela elle offre les mêmes avantages que les coopératives de consommation. Aujourd'hui, dans les contrées civilisées, on n'emploie plus que des semences de bonne qualité produites par des spécialistes. On ne retient plus sur sa récolte les grains nécessaires jx>ur ensemencer les champs, mais on les achète. L'engrais, de même, est employé presque dans toutes les exploitations agricoles, et le commerce des engrais chimiques a pris une grande extension. Ce produit, cependant, se prête à une falsification facile, par le fait qu'on ne peut contrôler sa composition que dans des laboratoires, et celte opération étant impossible pour ragriculteur, il en résulte que la plupart des engrais chimiques sont des falsifications sans aucune valeur. Etant groupés et pouvant par conséquent acheter en grande quantité, les agriculteurs sont en état non seulement de se fournir chez des marchands sûrs, mais aussi de faire vérifier par un laboratoire la qualité de la marchandise. En achetant par wagons, ils se procurent les engrais à prix réduit. Souvent, quand l'association est assez grande et assez riche, elle peut créer elle-même une fabrique d'engrais chimiques, suivant en quelque sorte l'exemple donné par les
coopératives de consommation qui se font fabriquer dans leurs propres usines les produits qu*elles livrent à leurs membres.
Les associations d'achats encouragent, quand leurs moyens le leur permettent, la diffusion do Tinstruction agricole, en créant ou subventionnant des écoles spéciales. Leur activité ne se borne donc pas aux avantages purement matériels qu'offre la réunion des forces ; elles cherchent à justifier qu'elles sont de vraies coopératives, en s'occupant, non seulement de l'état matériel, mais aussi de l'état nwral des |X)pulations qui contribuent à leur constitution. Elles créent de même des bureaux d'information, destinés à venir on aide à tous ceux qui ont besoin d'un conseil, et à répandre les bienfaits de l'association môme aux récalcitrants qui n'y ont pas adhéré.
Association (le vente des produits agricoles, — I^ classe des agriculteurs se différencie des autres classes sociales surtout par le fait que la division du travail n'est pas encore poussée très loin et que dans un cultivateur on peut trouver plusieurs facteurs économiques. Tandis que l'ouvrier manufacturier est devenu de nos jours un rouage très simplifié do la production, l'ouvrier agricole est resté dans un état d'évolution arriéré, et son activité sur le terrain économique est plus complexe. Dans telle usine d'une grande ville on peut trouver des individus occupés la plus grande pailie de leur temps à observer qu'une machine fonctionne régulièrement et à l'arrêter et la remettre on marche de temps en temps. Les rôles remplis par les ouvriers agricoles ne sont pas aussi simples. En agriculture on ne trouve pas des ouvriers se contentant de voir pousser les choux ou de regarder une machine, faucheuse
ou batteuse fonctionner. Ils sont obligés, pour pouvoir vivre, de varier leurs oocupatioïi'S, r^on seulement avec les saisons, mais même pendant le cours d'une journée. Il est producteur quand il lient le mancheron de la charrue pour creuser le sillon, ou quand il arrose les choux pour les faire pousser, car il contribue dans ces cas directement à la production ; il est consommateur, comme tout le monde du reste, mats avec cette particularité qu'il consomme non seulement pour ses besoins personnels, mais aussi des matières premières pour alimenter sa production ; il est en plus intermédiaire, marchand, car il doit vendre ce qu'il a directement produit. Dans la production manufacturière, ces rôles sont bien séparés et dévolues à des personnes qui, le plus souvent, ne vivent même pas en contact direct. Dans l'agriculture, ils se trouvent réunis dans la personne du cultivateur.
Nous n'avons à nous occuper ici que du rôle de marchand de l'agriculteur, et seulement de celui de fournisseur qui veut se défaire de son produit, et non pas de celui de client que nous avons examiné dans le paragraphe précédent.
Laissé à lui-même, sans connaissance des marchés et dès règles du commerce, le petit cultivateur risque le plus souvent de tomber dans les mains des spéculateurs de profession, qui ne se font pas scrupule de profiter de son infériorité économique pour le dépouiller du produit de son travail. Ce serait exagéré de dire qu'en France, en Angleterre où en Allemagne, le cultivateur laissé à luimême, est dépouillé par les intermédiaires du produit de son travail. Cette affiramation serait, en effet, exagérée pour ces contrées à haute civilisation; mais elle est cependant
vraie quand on passe dans la péninsule balkanique ou dans certaines parties de la Russie et de TAutriche-Hongrie. Dans ces régions, le paysan ne récolte du produit de son travail que ce qu'il lui faut pour vivre.
Ce ne sont pas les cultivateurs de ces contrées, trop incultes pour se rendre compte des avantages? de l'association, mais bien ceux plus aisés de l'occident de l'Europe qui ont créé les premières associations pour la vente en commun des produits de leur travail. En France, elles sont pour la plupart l'œuvre des syndicats agricoles qui, à leur tour, ne sont que l'œuvre d'une loi.
Les associations pour la vente des produits agricoles ont donné des résultats remarquables, qui ont profité non seulement aux membres» de cette fonne de coopération, mais ont permis à certains pays de prendre la place, sur le marché mondial, d'autres pays dans lesquels l'esprit coopérateur est nK)ins' développé. Si le petit royaume du Danemark, beaucoup plus éloigné que la France, a pu conquérir la place que détenait celle-ci sur le marché de Londres pour la vente du beurre et des œufs, il n'a pu le faire que grûce à la multiplication des associations de vente et à leur solide organisation.
Beaucoup d'associations ne se bornent pas à la vente des produits de leurs membres, mais aussi, jusqu'à une certaine limite, à leur transformation. Nous avons vu, dans le chapitre qui traite des sociétés de production, une de ces associations agricoles, nommée fruitière ; nous ne reviendrons pas sur cette forme, quoiqu'elle revête les caractères des coopératives agricoles en même temps que ceux des coopératives de production.
Une forme d'association de vente qui se rapproche un
peu de la coopérative de production, est celle qui prépare, conserve et vend le vin des membres associés. C*est en Allemagne, vers 1868, que ces sociétés ont été créées pour la première îoi» et elles portent le nom de Winzervereine. Elle aurait dû venir au monde d'abord on France qui- est un pays grand producteur de vin; mais Tes-prit gaulois est plus insoumis que Tesprit germanique, ce qui fait que le Français ne s'associe que difficilement. Si de puissantes associations de viticulteurs avaient réuni les activités éparses des petits producteurs, la fraude des vins et leur mévente eut été évitée, et Ton n'aurait pas subi une crise qui a bouleversé toute une région de la France. On trouve cependant quelques as&ociations de viticulteurs, dont la plus remarquable est colle des Vignerons libres de Maraussan (Hérault). Cette société, créée en 1901, a fait de rapides progrès et peut loger dans ses magasins plus de 20.000 hectolitres de vin.
Des associations de vente pour la vente du blé n'existent qu'en Allemagne et en Autriche. On leur dit Kornhauser (greniers à blé), et sont au nombre de 250. Ces» espèces d'associations pourraient très bien fonctionner dans les pays grands producteurs de céréales, comme la Russie, la Hongrie, la Roumanie, etc., où des courtiers réussissent, vu l'état d'isolement du paysan, à lui enlever sa récolte presque pour rien.
Si nous voulions citer toutes les formes d'associations agricoles nous n'en finirions plus, car on peut fonder autant d'associations qu'il existe de variétés de culture. En Suisse, on a créé des coopératives même pour l'élevage du bétail, dont le but est plutôt de perfectionner les variétés d'animaux domestiques que de produire des revenus aux
membres. On peut voir souvent des associations de jardiniers et même de fleuristes qui ont réussi à expédier de grandes cargaisons de fleurs à des distances très grandes, comme par exemple de la France à Saint-Pétersbourg.
Il y a encore une forme de coopérative agricole que nous ne voulons pas passer sous silence, car elle a rendu et rendra encore d'importants services. Ce sont des associations d'assurance contre les risques qui menacent le petit agriculteur que nous voulons parler. La coopérative ne se montre pas efficace seulement contre les» maux que les hommes se créent les uns aux autres, elle combat avec succès aussi ceux qui sont d origine naturelle, et, quoiqu'elle ne puisse pas réduire le nombre d'accidents qui sont en dehors de la volonté de l'homme, tels que grêle* inondations, etc., elle atténue les effets de ces derniers en les éparpillant sur une grande surface. Une épizootie, un orage, une inondation ou un incendie peuvent ruiner quelques agriculteurs pris individuellement, mais ne sont pas en état de détruire toute une région. En divisant le mal résultant d'un fléau par le nombre des associés, il est réduit à peu de chose pour chaque individu, qui peut ainsi se couvrir par une faible cotisation. De telles associations d'assurance contre, la mortalité du bétail, contre la grêle et l'incendie, sont assez. nombreuses dans les pays civilisés, et les» services qu'elles rendent contribuent beaucoup au développement de la classe agricole qui, sur le continent européen, forme encore la classe la plus nombreuse el la plus solide des Etals.
' ?Ï5S!5ÎBÏB "Î^B^