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AUTRES FORMES DE SOCIÉTÉS COOPÉRATIVES

Le coopération ne se borne pas aux quatre formes que nous avons examinées précédemment. Son domaine est beaucoup plus» vaste et il s'élargit ée plus en plus avec la mulliplication des besoins de Thomme. Il arrivera probablement un t©m.ps, où tous les efforts des honunes, en vue de satisfaire leurs besoins, ne s'exerceront qu'en com mun dans des sociétés coopératives. L'instmct de sociabilité qui caractérise l'homme, tend à prendre un aspect plus complexe et à revêtir une multitude de formes. Aux agglomérations primitives de la famille et de l'Etat, s'ajoutent ou plutôt s'interposent des formes nouvelles, qui ont pour but de remplir l'espace qui sépare ces deux associations primordiales, et de servir de tampon, pour amoindrir les chocs et les frotteanents que les intérêts opposés provoquent entre elles. Il était donc logique que le nombre des sociétés coopératives augmentât avec le temps, et que leur forme devint de plus en plus variée.

Nous nous faisons un devoir d'examiner encore quelques formes de coopératives f^ui, quoique n'ayant pas

encore atteint le degré de développement de celles que nous avons vues précédemment, peuvent cependant étro appelées à jouer un jour un rôle plus important.

La Société coopérative de construction n'est qu'une coopérative de consommation qui a pour but de satisfaire le besoin de logement de ses membres. Il faut ajouter aussi la satisfaction du besoin de propriété, car il y a beaucoup de personnes qui ne s'enrôlent comme membres! dans ces sociétés qu'en vue de devenir propriétaires d'une habitation.

Pour les personnes qui ne veulent que se loger confortablement et ne se soucient pas de devenir propriétaires, la Société coopérative de construction leur offre des logements dans des maisons construites par elle. Ce système convient surtout aux personnes qui sont forcées de par leur occupation de changer souvent de place, tefs que bon nombre d'ouvriers qui sont obligés d offrir leur travail là où il est demandé, et par conséquent de se déplacer d'après la demande. Dans ce cas, la société achète des terrains sur lesquels elle bûlit de grandes maisons dont les chambres ont un prix de revient relativement petit.

Ceux des membres qui désirent avoir une maison à eux, peuvent se la procurer aux coïKJilions les plus avantageuses par l'intermédiaire de la société. Mais la société se contente rarement du rôle d'intermédiaire; elle construit, le plus souvent, elle-même la maison, et la cède au membre contre le payement d'une annuité. Elle peut construire dans les meilleures conditions de bon marché, car elle a ses architectes, ses entrepreneurs, ses maçons, etc. i\'ayant pas en vue la spéculation, elle donne une attention spéciale au confort et à Thygiène de l'habitation.

On trouve encore une combinaison, dans- laquelle les sociétés ne construisent pas elles-mêmes, mais se contentent d'avancer la somme nécessaire aux membres qui peuvent bâtir la maison à leur gré, et qui remboursent le montant au moyen de différents systèmes d'annuités. C'est le système des BuUding-Societies anglaises. Elles comptent aussi beaucoup de membres qui viennent placer leurs économies en cherchant, non à devenir propriétaires, mais à bien placer leurs épargnes. Ce système implique, cepen danl, un degré do cuUutc et de prévoyance de la part du membre, car il peut très bien, le contrôle étant faible, destiner la somme que la société lui avance à d'autres buts, en dehors du programme coopératif.

Associations de journaliers. — Les bienfaits qui résultent de la coopération ont eu comme résultat de grouper en deg sociétés coopératives, non seulerment les producteurs et les consommateurs, mais même beaucoup de personnes qui ne vivent que des services qu'elles rendent à ces derniers. Nous voulons parler de ces serviteurs ruraux qu'on désigne sous le nom de "journaliers. Ces ouvriers ne sauraient constituer des associations coopératives de production semblables à celles des ouvriers des villes, parce que l'instrument indispensable à la production, dans leur cas la terre, leur fait défaut. Ils peuvent, cependant, s'associer pour exécuter certains travaux d^ensemble et qui n'exigent que le. travail des bras, comme, par exemple, des plantations, culture de vigne, ou toute la série des travaux des champs nécessités par une campagne agricole.

Ces sociétés sont peu connues en France où la propriété est assez petite pour permettre à. l'agriculteur de la cul-

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tiver presque» seul. On les trouve en grand nombre en Italie sous le nom d'association de braccianii (travailleurs à bras), et elles rendent de réels services à Tagricullure. Quand le travail des champs kur manque, ces coopératives s'adonnent aux travaux de terrassements, de chemins de fer, etc., en général aux occupations qui réclament de la force et de la résistance et non pas do Thabileté ou une éducation spéciale. Elles se désignent le plus souvent sous le nom de « coopératives de travail », se séparant ainsi, par la dénomination sinon par le fait, de celles de production. Mais la limite entre ces deux formes n'est pas bien établie, car les braccianti contiibuent tout- autant à la production que les autres classes d ouvriers. Le gouvernement italien leur vient en aide, et elles se sont données une organisation plus forte en convoquant leurs adhérents à un congrès à Rome.

Des associations ^semblables, portant le nom d'arièle^, se trouvent aussi en Russie, où elles se bornent aux travaux agricoles.

Syndicats agricoles. — A proprement parler, les syndicats ne devraient pas être compris parmi les sociétés coopératives, le rôle que leur assigne la loi n'étant que la défense des intérêts communs à une catégorie sociale. Leur but est donc de perfectionner et de rendre plus efficaces les moyens de lutte qu'engendre la concurrence. Ce but ne se trouve pas dans le programme coopératif qui ne vise, par les sociétés coopératives, qu'à rapprocher les consommateurs des producteurs en éliminant les intermédiaires, et à alléger de cette manière le mécanisme économique.

Les siyndicats agricoles, cependant, ont un pied dans

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le mouvement coopératif par le fait qu'ils- créent beaucoup de sociétés coopératives, devant procurer aux syndiqués les avantages de la coopération, et que souvent ils se transforment eux-mêmes en associations pour la vente des produits agricoles et pour l'achat d'engrais, semences, machines agricoles, etc. Nous n'insisterons donc pas sur les caractères de cette forme de coopération que nous av<Mis déjà traitée dans le chapitre consacré aux coopératives agricoles.

. Parmi les autres formes de moindre importance de la coopération, nous pouvons citer les pharmacies coopératives qui.se proposent de fournir leurs membres des' médicaments dont ils ont besoin, et de réaliser les profits que les pharmaciens font sur le commerce de ces produits. L'obligation que la loi leur impose d'avoir un pharmacien diplômé dans leur officine, et la difficulté qu'on rencontre de se procurer un tel spécialiste, car il préfère, le plus souvent, ouvrir boutique pour son propre compte, rend la création de telles coopératives fort difficile. Mais quand les autres formes du commerce seront coopératisées, les pharmaciens ne tarderont pas à se transfonner aussi en sociétés coopératives.

Les sociétés coopératives de touristes veulent faire bénéficier les globe-trotters des avantages que comporte toute association coopérative. Les réductions qu'on obtient des compagnies de cheminis de fer, des hôtels, etc., font déjà adopter ce moyen de voyager, même quand on le fait pour son agrément. Outre cela, il faut considérer que le plaisir est à meilleur marché et souvent aussi de meilleure qualité quand on se le procure en groupe que quand on se l'octroie indwiduellement.

En Amérique, pays où toutes les entreprises humaines portent un cachet particulier, on a constitué une société coopérative ambulante, ou, pour être plus exact, nomade. f^Ilo présente toutes les formes de la coopération. Après avoir terminé d'errer à travers l'Amérique, elle se propose de venir visiter aussi l'Europe. La société coopérative est très élastique, et peut prendre, comme nous le voyons, même une forme excentrique.

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Voilà un chapitre qui, à première vue, paraît n'être pas indispensable, là formation d'une société coopérative, surtout d'une société de consonunation, étant chose aisée. En effet, les règles et IcjS formalités nécessaires à la création d'Une coopérative sont simples; aussi ces dernières viennent au monde avec une incroyable facilité. Mais si elles se multiplient , si vite, leur vie cependant n'est pas toujours très longue et la société se borne souvent à ne vivre que sur le papier et à mourir aussitôt que les difficultés de l'existence apparaissent. Il faut reconnaître que le mouvement coopératif a beaucoup d'ennemis, malgré les services cpi'il veut rendre à l'humanité, et les difficultés qu'il rencontre sur son chemin sont nombreuses et de< provenance très variée, ce qui ne facilite pas la tâche des coopérateurs. La coopération, ayant comme but une transformation économique de la société, est obligée de dépenser une bonne partie de ses forces à vaincre l'inertie qui se manifeste dans la vie économique tout comme dans la vie sociale et physique. L'inertie est incontestablement une loi naturelle pour le monde physique, mais elle existe aussi pour le monde psychique. Pour ce dernier, elle est plus

compliquée et, par conséquent, nioîns facile à transformer, surtout qu'on est obligé de la modifier par des éléments venus non du dehors mais de son for intérieur. La difficulté de la modification de l'inertie psychique par des actes de volonté, provient du fait que le monde psychique contient lui-même des» actes de volition.

Les difficultés que. rencontre k coopération sont celles résultant de la mentalité de l'individu, celles résultant de l'organisation sociale et encore d'autres dont les causes sont nooins bien connues, comme par exemple jugement à priori, parti-pris, etc., mah qui ne sont pas pour cela do moindre importance.

I-^ mentalité des individus qui constituent un état social, joue le plus grand rôle dans la détermination de la forme que prendra cet état. Cela est évident, car le groupement des êtres humains, en différentes formations sociales, ne s'est fait qu'après que l'intélect de l'homme est arrivé à un degré d'évolution assez avancé pour le différencier <X)mplèlement des autres êtres animés qui peuplent la tçrre. La sociabilité est le résultat d'un instinct, mais d'un instinct raisonné qui, avec révolution du monde, tend de plus en plus à perdre l'élément instinctif pour laisser le champ libre à l'élémentraisonné. Un produit de ce dernier est le contrat qui, de nos jours, règne ï)rcsquc en. maître, et plus le groupement, l'association est de date récente, plus le contrat est visible, libre et conscient. Cette conscience n'est pas toujours très claire, car il y a beaucoup de contrats sociaux qu'on subit sans s'en rendre compte.

Il faut, pour créer un mouvement social, des esprits prédisposés, sinon déjà préparés, pour le recevoir et le faire progresser. Cette condition est indispensable, et son man-

que explique Téchec ou la lenteur de certains mouvements sociaux. Pour changer la forme de gouvernement d'un peuple, il ne suffit pas de modifier le système gouvernemental par une révolution ; il faut provoquerune évolution de la mentalité du peuple vers, la nouvelle forme. Quand la nouvelle mentalité est acquise, Ton peut, au moyen d'une révolution, changer. le système de gouvernement, si celui- .cî u'a pas évolué parallèlement avec les idées de la majorité. On trouve dans l'histoire de la France pendant le siècle passé, un exemple typique de cette assertion. La grande révolution n'a pas trouvé une mentalité formée pour le gouvernement républicain, la masse du peuple étant restée monarchiste; les idées républicaines ont eu besoin de plus d'un siècle pour prendre solidement racine dans le peuple et préparer ce dernier au changement définitif du système gouvernementat. Ces idées, cependant, ne se sont pas répandues d'elles-mêmes ; l'effort des partis républicains autant que les fautes des monarques ont favorisé leur développement.

La volonté, surtout quand elle est persistante, peut préparer le terrain pour un mouvement quelconque, et, tout comme une force constante en mécanique, lui donner de l'accélération. Mais cette loi de l'accélération suit les mêmes règles sur le terrain économique que sur celui de la mécanique. Si le mouvement peut devenir après un certain temps vertigineux, au commencement cependant il est lent et les progrès sont pi'esque insensibles.

La coopération, pour qu'elle puisse prendre pied, doit trouver une mentalité qui soit favorable à l'association. L'individualisme doit être peu développa, ou mieux le particularisme, car l'association ne restreint en rien le déve^

loppement indviducl, au contraire elle le favorise. Le désir de se distinguer des autres peut — quand celle distinction doit se produire enlre qualités ou vertus — être un bon slimulant du progrès, mais comme sur ce terrain la distinction est plutôt difficile, les hommes oail trouvé plus simple de se distinguer de leurs semblables par des particularités dans riiabillement, le parler et autres manifestations de la vie quotidienne qui ne réclament aucun travail intellectuel intense. Quand celte mienlalité est très développée, les individus ne sont plus enclins à s'associer, à former des sociétés, à moins qu'on ne leur cède les premières places qui, en les mettant en évidence, flattent leur vanité. Dans ce cas on n'aboutit à fonder une société qu'en créant beaucoup de postes honorifiques et en les distribuant à tour de rôle. I^ société coopérative, étant de par sa nature modeste et ne donnant pas à ses membres l'occasion de se paiticulariser, nfe peut faire que peu de progrès là où cet esprit ost très développé. Si les sociétés coopératives se sont rapidement multipliées en Angleterre et dans les pays de religion protestante, c'est que les individus étaient habitués à s'associer dans des unions religieuises, et qu'ils n'ont eu aucune répugnance à s'unir et travailler ensemble pour des motifs moins spirituels, quand le besoin s'en est fait sentir. On trouve encore aujourd'hui en Angleterre, et même dans d'autres pays, des associations où la coopération et la religion sont étroitement unies.

A côté du particularisme des individus la coopéralioji rencontre un ennemi, non moins redoutable, dans l'esprit mercantile. Celui-ci ne voit dans la société coopérative qu'un moyen d'enrichir les consommateurs coopératcurs.

Le rôle de caisse d'épargne de la coopérative n'est pas à

dédaigner, et ne doit pas être négligé, mais il ne doit pas non plus être considéré comme le seul but de la coopération. C'est juste que la société se constitue tout d'abord à un point de vue pratique, et ce n'est qu'en faisant miroiter aux yeux du public les avantages pécuniers qu'ils peuvent retirer de cette forme d'association qu'elle réussit à venir au monde et à vivre. Mais si elle peut insister à ses débuts sur son rôle de caisse d'épargne, -elle ne doit pas cependant oublier que sa mission est plus complexé. Aussitôt que ses moyens le lui permeltent,elle doit entreprendre l'instruction de ses membres, et essayer, dans la mesure du possible, de perfectionner^ leur état phys-ique et moral. L'égoïsme personnel, l'esprit de spéculation et l'avidité du gain sont les premiers travers que la coopération doit redresser. Elle n.0 peut pas les combattre dès l'abord, elle a même besoin de recourir à eux pour pouvoir se constituer et progresser, mais une fois formée et de taille à entreprendre son œuvre réformatrice, elle ne doit pas reculer devant la difficulté de la tâche.

Do nos temps, l'individu n'a d'autre idéal que de faire forlune le plus rapidement possible, et pour qu'une coopérative réussisse, elle doit donner immédiatenxent un gain à partager. Si une société coopérative de consommation n-e distribue pas en fin d'année des bonis importants à ses sociétaires, ceux-ci ne se font pas scrupule de l'abandonner pour le marchand du coin. Ils ne voient, au commencement du moins, dans la coopération, qu'un moyen de s'appro- . prier les gains des commerçants. Certains économistes la considèrent comme une caisse d'épargne qui a la mission d'épargner pour les membres coopérateurs, en leur évitant l'effort qu'il faut faire pour mettre de côté. Les sociétés

coopératives doivent, cependant, renoncer, après un certain temps, à leur caractère purement commercial ; elles ne peuvent rester continuellement une affaire, car elles risquent ainsi de tourner en une mauvaise affaire.

L'éducation du coopérateur s'impose donc. Après Tavoir attiré par la perspective d'un gros lx>ni, la coopérative doit s'occuper à lui créer, au moyen de conférences, de circulaires et d'autres moyens appropriés, une mehtalité de coopérateur. De cette manière elle pourra toujours compter sur son concours, môme quand le montant des bonis viendrait* à diminuer. Co n'est qu'ainsi qu'elle pourra s'attaquer aux maux qu'elle se propose de réformer, sans risquer d'échouer dans son entreprise, faute de soutien.

L'esprit mercantile et le désir de se singulariser constituent les obstacles qui proviennent de la mentalité des individus. Ces obstacles n'arrêtent pas le mouvement coopératif dès le début, mais l'empêchent de se développer, ou le forcent de faire fausse route. Les coopérateurs doivent tenir compte, quand ils constituent une société, de ces défauts de leurs concitoyens et chercher à les réduire à leur minimum de nocivité.

L'organisation de la société dans laquelle nous vivons, réserve aussi beaucoup de déboires à la coopération. L'homme, surtout quand il est arrivé à un certain âge, n'aime pas à changer ses habitudes. Il s'adapte avec le temps à im genre do vie qu'il ne peut modifier que difficilement. L'organisation sociale, même quand elle ne lui paraît pas bonne, lui semble ne pouvoir pas être changée facilement, Une modification, qui le ferait entrer dans l'inconnu, lui répugne. C'est cette prédisposition d'esprit qui consti-

tue la force d'inertie qui tend à figer la société dians une forme immuable.

L'organisation économique actuelle, qui sépare les hommes en diverses clasises ayant deisi intérêts artificiellement contraires, et dont les membres s'unissent facilemeni pour se défendre et aussi pour attaquer, constitue une cause qui vient s'ajouter à celles qui empêchent la coopération de pro^ gresser. Les intérêts dès clasises et des individus sont artif iciellennent contraires, car il>s se réduisent au fond à la satisfaction des besoins par le travail, chose qui peut se faire sans frottements, ou du moins avec des frottements très légers, dans un système d'organisation raisonnée. On rencontre de sérieuses difficulté!» à convaincre la majorité des hommes, que l'organisation actuelle n'est pas immuable ; qu'elle n'est que le produit d'une évolution qui l'a fait succéder à des formes qui n'existent plus, et qu'elle-même sera remplacée petit à petit par d'autres systèmes plus ou moins connus. Le marchand paraît à beaucoup de personnes comme indispensable, et ne pouvant, par conséquent, disparaître, sans péricliter l'existence de la société. Ce monde ne peut, ou ne veut pas remarquer, que l'intermédiaire est modifiable, et que, si sa fonction est nécessaire, la forme qu'elle revêt est susceptible de beaucoup de changements. Pour transmettre des signaux au moyen de l'électricité on a besoin d'un conducteur quelconque, mais ce conducteur qui, dans les premiers temps de la télégraphie, était de métal, tend à être remplacé, et même est remplacé dans beaucoup de cas, comme dans la télégraphie sans fil. par d'autres substances qui n'ont rien de itiiétallique. Les marchandises auront toujours besoin d'être échangées et de circuler, mais l'exercice de cette fonction au lieu d'ap-

partenir aux marchands ou. autres intermédiaires, sera exercée par les producteurs et les consommateurs réunis dans des sociétés coopératives.

On arrivera, cependant, et beaucoup de personnes en sont déjà arrivées, à considérer l'intermédiaire comme un rouage qui a rendu des services, mais qui doit être supprimé, car il ne fait plus qu'alourdir le mécanisme économique qui, à la suite de perfectionnements continuels, est on état de se passer de son aide. Le tout se résoud à une question d'éducation et, par conséquent, de temps. Quand la théorie de l'évolution, qui démontre que tout dans la nature ne fait que se transformer, aura conquis les masses, l'î changement du système actuel ne rencontrera presque plus d'obstacles. On s'étonnera même comment on a pu le conserver aussi longtemps.

Un autre obstacle, et non des moindres, que les coopératives, spécialement celles de consommation, rencontrent sur leur chemin, est l'hostilité des marchands. Ces derniers, indifférents au commenceme-nt envers la coopération qu'ils considéraient comme une œuvre charitable, lui ont déclaré la guerre aussitôt qu'ils ont vu qu'elle prend une extension considérable, et qu'elle cherche à provocjuer une transformation d'ordre économique. Ils sont dans leur droit de se défendre, et l'on ne peut pas leur en faire un crime, mais les armes qu'ils emploient contre le mouvement coopératif ne laisisent pas d'offrir des côtés fort critiquables. Ils ont renoncé dès le commencement à livrer la lutte seulement sur le terrain économique, car TIs savaient bien qu'ils ne pourront pas vendre à meilleur marché, tout en garantissant la qualité des marchandises, que les sociétés coopératives de consommation. Etant tous des électeurs, quelquefois

môme des électeurs très influents, surtout quand ils sont marchands de vin, ils se sont adressés au gouvernement en le priant de vouloir bien détruire les sociétés coopératives qui les empêchent de vivre et de s'enrichir. Ils demandent, et en cela ils ont réussi d'abord en Allemagne puis en France, que la coopérative de consommation payât patente. Le résultat de cette mesure a été plutôt défavorable aux commerçants, car les coopératives étant assimilées aux marchands, se sont empressées de profiter aussi des avitntages que confère la patente, et d'ouvrir leurs magasins au public. En Allemagne, cependant, elles n'ont pas ce droit, malgré qu'elles payent la patente.

Voyant que le résultat est négatif, ils ont demandé qu'on emploie contre les coopératives les armes fabriquées pour frapper les grands magasins, à savoir : que la patente soit payée pour chaque catégorie d'articles que vend la société. Il paraît que les parlemenls ne se sont pas encore laissés entraîner aussi loin pour mettre Timpôt au service des luttes de classes, et les coopératives n'ont à payer la patente que comme simples commerçants. Les marchands se sont tournés alors d'un autre côté, et ont exigé que le gouvernement interdise aux fonctionnaires publics de Taire partie comme membres d'une société coopérative de consommation. Ils invoquent comme argument en faveur de cette disposition le fait que les fonctionnaires étant payés du produit de l'impôt doivent le rendre aux contribuables, en laissant sous-entendre que les contribuables ne seraient personne autre que les marchands. L'argument est spécieux car les marchands ne forment pas la majorité des contribuables et, de plus, les impôts qu'ils payent sont pris dans la poche de leurs clients les consommateurs, donc

aussi dps fonctionnaires publics. Ces derniers ne reçoivent pas un don du gouvernement ou du contribuable ; ils ne font qu'échanger leur travail contre un appointement et ils ont par conséquent la liberté de disposer de leur argent comme bon leur semble. La logique des arguments invoqués par les commerçants pour restreindre la liberté des fonctionnaires publics en ce qui concerne leur approvisionnement, n'est pas très solide ; mais allez parler raison à une personne qui défend ses intérêts.

Souvent les commerçants oublient la concurrence qu'ils doivent se faire, pour s'unir contre les sociétés coopératives; et les étouffer dès leur venue au nK>nde. Ils ne réussissent pas toujours dans cette entreprise, mais ils parviennent, néanmoins, à empêcher la création de coopératives dans certaines branches du commerce. Ainsi les coopérateurs rencontrent de grandes difficultés dans le commerce de boucherie, non seulement du fait qu'il faut avoir des connaissances spéciales pour pouvoir apprécier les différentes sortes de viandes, mais aussi du fait des bouchers qui s'unissent entre eux pour empêcher la coopérative de trouver des fournisseurs.

Les coopératives de consommation peuvent vendre audessous du prix du marché, sansi autre risque que celui de voir leis bonis, qu'elles distribuent en fin d'année à leurs membres, diminuer. Mais la vente à bas prix a soulevé de la part des marchands des récriminations véhémentes, car ils risquaient de se voir ruinés rapidement. Pour ne pas se faire trop d'ennemis, les coopératives de consommation ont renoncé à ce système de vente en adoptant les prix du marché. Si cette mesure n'attire pas beaucoup de clients, elle favorise par contre le recrutement des membres, qui

sçmt alléchés par la perspective d'un gros boni à toucher.

Le mouvement et les protestations des marchands contre les coopératives, n'empêcheront pas ces dernières de se multiplier et d'arriver petit à petit à remplacer les intermédiaires. On peut relarder, mais non empêcher, cette évolution économique. Les choses se passeront tout comme pour les machines outils, ou pour les chemins de fer. Les entrepreneurs de locomotion ont été supprimés par la création du rail et de la locomotive. Ils ont dû protester contre cetl-e nouvelle invention, qui les forçait à changer do métier, mais cela n'a pas empêché la traction mécanique de se subi^ituer à îa traction animale, et les compagnies de chemins 3e fer, ou l'Etat de prendre la place des entrepreneurs de diligences. La société n'a pu que gagner à ce changement, qui réalisait une grande économie de temps et d'argent.

Les sociétés coopératives remplaceront, de même, tous le^ intermédiaires, avec moins de protestations de la part de ces derniers, si elles étaient bien organisées et suivaient un plan bien déterminé. Cette substitution ne se fera pas d'un jour à l'autre, mais pendant un temps plus ou moins long, comprenant quelques générations. Elles devront chercher à affaiblir le nombre des commerçants en engageant comme gérant du magasin coopératif non des personnes étrangères au commerce, mais des marchands, surtout ceux qui ne peuvent plus soutenir leur concurrence. Le but de la coopération étant de rendre service au consommateur, n'implique pas qu'elle doit chercher à faire du mal aux marchands, et quand elle peut atténuer le mal qui résulte inévitablement du fait de la concurrence, elle doit le faire sans scrupule. Les marchands doivent être préparés à se

voir éliminés, et on doit les éliminer lentement sans leur occasionner des perles trop brusques. De cette manière, après quelques générations, la transformation sera complète, et Ton parlera du boutiquier de nos jours comme de la diligence d'antan.

Nous avons parlé surtout de la lutte entre marchands et sociétés coopératives de consommation. C'est que cette forme de la coopération a fait le plus de progrès et c'est contre elle que sont dirigées les attaques des intermédiaires. Les ennemis des autres espèces de sociétés, se trouvent raioinsi parmi les intermédiaires qu'elles ont ix)ur but de supprimer, que parmi les coopéraleurs eux-mêmes qui, par leur manque d'esprit d'association et leur manque de l)réparation spéciale, rendent la tache difficile à la coopéralion, Ce n'est pss le patron, et encore moins l'usurier qui puissent empêcher la création d'une association de production ou d'une coopérative de crédit ; c'est le manque de qualités nécessaires à la direction, et le manque d'esprit d'association qui paralysent ou ralentissent la constitution de ces sortes de coopératives. On peut subvenir à ces défauts par la diffusion de l'instruction, et surtout par celle qui préparerait les hommes à voir dans la coopéralion la forme future de la production et de la consommation, et qui les habituerait à voir la vie comme une coopération et non pas comme une compétition.

Nous passons maintenant à l'examen de la partie pratique de la constitution d'une coopérative et des moyens qu'il faut employer pour la faire pros-pérer.

Il suffit d'être sept pour constituer une société. En ce qui concerne le capital social il faut que chaque membre ait au moins une part de èo francs, mais en vertu de la

loi on (»t autorisié à v^erser en créant Ja société que le dixième, soit un minimum de deux francs cinquante. Cette règle ne se rapporte qu'à la création d'une société coopérative; de consommation en Angleterre, mais dans les autres pays c'es<t presque la même chose avec des petites différences de détails.

Pour devenir memère d'une coopérative anglaise, il suffit 4e. se présenter dans un magasin associé, d'y remplir un formulaire comportant : nom, adres'se et occupation, et die verser un droit d'entrée qui est généralement d'un franc vingt-<;inq centinK>8. Le garçon de magasin remet des jetons en papier ou en métal indiquant le montant des achats fait» par le client, et celui-ci reçoit un dividende proportionnel au total de ses dépenses», dividende payé en général à la fin du trimestre et calculé d'après la somme attestée par les jetons. Toutefois ce dividende ne lui est p«s remisi en totalité, car les associés doivent devenir des actionnaires pour une sonune d'aumoins 25 francs, afin de permettre à l'association de travailler avec ses propres capitaux. On réserve donc sur les dividendes, et aussi longtemps qu'il le faut à cet effet, une somme de trente centimes par semaine. Une fois les 25 francs prélevés en entier, le client peut, à tout moment, toucher les dividendes qui lui reviennent. Mai^ il fera sagement de les laisser s'accumuler dans la caisse commune qui. lui sert un intérêt de 5 "/« ; un jour, sans qu'il lui en coûte d'autre effort que de payer ses achats au comptant, il trouvera dans cette caisse d'épargne une somme rondelette, mille ou deux mille francs. C'est ce qui faisait dire à la femme d'un coopérateur, père d'une nombreuse

famille, qu'à force de manger, ses enfants lui avaient procuré la maison qu'ils possédaient.

Les débuts des petites» sociétés locales sont très incei^ tains. La première chose qui s'impose aux fondateui*s, c'est de réunir des capitaux, car il est rare de voir prospérer une société qui no -s'appuie que sur le patronage des sociétés plus anciennes ; il convient de ne pas accepter de dons, de ne pas faire d'emprunts. Parfois, on se contente d'abord de créer un simple dépôt de marchandises au domicile d'un sociétaire qui le fait gérer par sa femme. Ou bien on loue une boutique qu'on n'ouvre que le soir, et même pas chaque jour. Pour avoir un magasin ouvert en tout temps, on estime en Angleterre qu'une société doit avoir 100 membres, un capital de 130 livres sterlings (3.250 francs), et des chances sérieuses d'atteindre un mouvemient d'affaires allant de 1.000 à 1.200 francs par semaine.

Le salaire du gérant varie de 140 à 180 francs par mois ; à la campagne, il s'abaisse jusqu'à 100 francs.

Jadis, les premières coopératives avaient du mal à faire leurs achats. Mais en se groupant, ces coopératives de consonmiatioii ont permis la création de coopératives de production, de même que des magasins de gros, auxquels il suffit aujounTKuf d'adresser les comtnuindes. Le payement se fait à huit jours de date, excellente mesure pour empêcher les achats déraisonnables des sociétés à leurs débuts. L'approvisionnement en épicerie correspond généralement à trois semaines ; pour la boucherie, à trois ou quatre jours ; pour la draperie et la chaussure, à dix ou quinze jours de vente.

Les prix sont, pour la plupart des coopératives, ceux

— sodé la localité. Les bénéfices atteignent environ 12 %, parfois même 15 à 25 % du prix de vente pour l'épicerie ; pour la chaussure, la quincaillerie, la draperie, ils varient de 15 à 30 %.

On trouve souvent des coopératives qui ne suivent pas ce mode d'action, que nous venons de décrire. Elles se contentent de prendra des arranigements au nom de la société avec les négociants de la localité pour que ceux-ci fassent une remise contre payements au co«iptant, en jetons équivalents à des chèques et remboursables à vue. Les fournisseurs s'accommodent très bien de cette forme, car ils sont sûrs d'être payés régulièrement et ne risquent pas d*être éliminés, chose qui pourrait bien arriver si la coopérative ouvrait boutique. Mais cette forme n'est qu'une société d'épargne et rien de plus. Elle s'éloigne notablement du principe coopérateur qui est plus complexe ; aussi n'est-elle pas recommandable, malgré la faveur dont elle jouit auprès de certains économistes qui tiennent à ce que la classe des marchands ne soit pas supprimée.

Les coopératives de consommation sont fondées le plus ordinairement par l'initiative de quelques hommes zélés, désireux d'améliorer le sort des travailleurs qui les entourent. Quelquefois, il arrive que la constitution d'une société Coopérative est le résultat d'une entente entre les consommateurs ligués pour résister à une coalition de détaillants, haussant brusquement et sans cause le prix des produits qu'ils vendent au public.

Les membres d'une coopérative de production se recrutent parmi les hommes d'un même métier; au contraire, les membres d'une coopérative de consommation peuvent

comprendre, et dans la réalité comprennent le plus souvent des gens de tous les états.

Un gros capital est-il nécessaire ? Assurément non, et déjà nous l'avons vu pour la fondation des équitables pionniers de Rochdale, car il suffit de pouvoir payer, soit le loyer du magasin, soit la construction d'un four s'il s'agit d'une boulangerie, puisque pour le salaire des quelques employés ou des garçons boulangers on peut compter sur les rentrées d'argent de chaque jour, les marchandise» n'étant vendues qu'au comptant.

Si les sociétés coopératives de consommation vendent au public, et non seulement à leurs adhérents, elles rentrent forcéiment dans la catégorie des sociétés commercialôs ; dans le cas contraire, elles peuvent choiisir entre la forme civile et la forme commerciale.

Quelle différence y a-t-il entre ces deux formes ?

1° La forme civile présente cet avantage qu'elle n'entraîne aucun autre frais de constitution que ceux résultant de l'achat de la feuille de papier timbré sur laquelle sont rédigés les statuts.

Les inconvénients de cette forme sont les suivants :

a) Les sociétaires sont responsables pour leur part de toutes les obligations sociales. Exemple : A la suite d'un accident quelconque, une société composée de 100 membres se trouve avec un passif de un million ; chaque membre devra 1.000 francs ou plus, si parmi eux il y a quelque insolvable ;

b) Le chiffre des affaires se trouve limité par l'obliga tion qu'a la société de ne vendre qu'à ses adhérents.

2*^ La forme commerciale présente les inconvénients suivants : Toute société commerciale doit compter 80 I. p. 6

francs pour le dépôt au greffe de ses statuts et leur in«er- . tioii dans un journal d'annonces légales, plus le dépôt et la déclaration chez un notaire dont le coût est indéterminé. Mais la dépense ne s'arrête pas là et les frais de dépôt au greffe et de publication dans un journal d'annonces légales se renouvellent chaque fois qu'il se produit un changement dans les statuts ou dans les» nom-s de ceux qui ont qualité [X)ur représenter la société. Il faut enfin ajouter les frais de patente annuels (1).

Ces inconvénients sont balancés, cela va sans dire, par certains avantages. La coopérative de consommation ayant adopté la forme commerciale peut s'adresser à tous les acheteurs adhérents ou nous et de plus, la responsabilité des sociétaires est limitée. Ils ne sont responsables que du montant de leur souscription.

Le service courant au début est assuré par un gérant pris parmi les membres de la société, ordinairement un ouvrier qui abandonne son travail habituel pour prendre celui-là. Si la société progresse et prend de larges pn>portions, il^sera alors avantageux de prendre un conmierçant do profession qu'il faudra payer plus cher, il est vrai, mais qui, d'un autre côté, fera bien plus gagner la société.

Pour les. coopératives de production, la création, et surtout la mise en marche sont beaucoup plus difficiles. Ici les rouages sont beaucoup plus compliqués et leur maniement réclame non seulcmen-t une éducation, mais aussi des qualités spéciales.

Parmi ces dernières, ce sont les beurreries et les frui-

(1) Lei conférences y mars 4906.

ùères qui rencontrent moin» d'obstacles sur leur chemin. Leur création se fait aisément et n'exige que deux ou trois personnes d'initiative pour réunir le» mcffnbres- et constituer la société.

Les associations coopératives de manufacturiers sont, de toutes les formes de la coopération, celle» qui sont le plus pénibles à créer et à faire vivre. A moins de posséder dès le début de leur formation de gros capitaux, ce qui n'est presque jamais le cas de ces associations, ces dernières ne peuvent que succéder à une entreprise patronale. L'usine doit être construite, les ouvriers doivent êlre formés et le tout doit être déjà habitué à marcher, avant de songer à créer la coopérative. Le patron dans ce cas ne sert qu'à lancer l'entreprise et à prendre les risques à son compte. C'est vrai qu'il peut exiger des coopérateurs qui lui demandent de leur céder son entreprise un prix élevé, mais il perd en tout cas les avantages qui peuvent résulter du développement de cette dernière. Si le patron était sûr qu'il devra céder son usine à ses ouvriers quand elle marchera bien, il n'affronterait pas les risqués de sa création. Aussi le cas de cession de l'entreprise aux associations ouvrières est fortuit et ne se réalise que là où le patron est plus ou moin-s doublé d'un philanthrope. C'est toujouri^ aux sociétés coopératives de consomnualion qu'incombe le rôle de créer des coopératives de production. Nous avons traité cette question au chapitre! des sociétés coopératives de production et nous la reprendrons dans un chapitre postérieur ; aussi nous nous dispensons de l'examiner ici en détail.

La création d'une coopérative de crédit est plus facile à réaliser. Pour commencer l'on n'a besoin ni de local, ni

de personnel nombreux, ni de grands capitaux. Un seul gérant en lequel on a confiance peut se charger de la comptabilité et de la caisse. Les affaires ne se font qu'une fois par semaine et ne réclament pas beaucoup de temps ni des connaissances spéciales. C'est celte simplicité qui a permis à la coopération de crédit de prendre une grande extension dans les couches sociales qui sont le moins instruites et chez les peuples qui n'ont pas encore atteint un degré avancé do civilisation. On ne risque paiS, dans cette entreprise de banque, de voir le caissier s'enfuir avec le contenu do la caisse, pour la bonne raison que le plus souvent la caisse est vide, les affaires des- coopératives de crédit étant de peu d'importance, et puis, le caissier étant lui-même un cultivateur est lié au village par ses intérêtsi matériels.

Une organisation, do ces coopératives en une fédération ne pourrait être qu'à leur avantage, car cek leur faciliterait le crédit et leur permettrait de recourir aux connaissances des personnes compétentes qui dirigeraient la Fédération. Celle-ci aurait, en plus, soin.de maintenir les caisses rurales, banques populaires, etc., dans la voie coopérative et les empêcherait de ne servir que les intérêts de quelques grosi bonnets du village. Elle leur faciliterait aussi le placement des épargnes que les coopéraleurs viennent déposer dans leurs caisses, car, comme nous- l'avons déjà dit, les coopératives de crédit ont aussi, comme but, le dévelo[)[)cmeul de l'esprit d'économie des classes pauvres. Dans beaucoup de pays, de telles fédérations existent déjà, et les services qu'elles rendent ont activé le développement de ces sortes de coopératives.

La constitution des associations agricoles pour Tachât et la vente, ne rencontre pas non plus do grands obstacles. Les formalités juridiques sont des plus simples et les dépenses de peu d'importance. Leur réussite dépend plutôt de la mentalité des populations agricoles que des causes extérieures. Souvent quckjues personnes énergiques et pas trop égoïstes suffisent pour créer une telle association et pour la faire vivre.

En résumé, les différentes formes de sociétés coopératives ne rencontrent pas sur leur chemin des difficultés insurmontables. Elles arrivent souvent avec peu d'efforts à le» surmonter et à progresser rapidement. Les causes qui tendent à empêcher leur développement sont plutôt d'ordre subjectif qu'objectif; mais ces causes vont en s'affaiblissant de plus en plus, à mesure que l'idée de solidarité et de coopération prend la place de celles individualiste et particulariste, qui ont dominé les classes sociales pendant la plus grande partie du cours du dixneuvième siècle.

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