‹ Coopération et sociétés coopérativesChapitre 9 sur 15 · MOYEN · texte numérisé non relu

MOYEN

La coopération esl-olle un but ou un moyen ? Voilà une question à laquelle il est difficile de répondre, car ces doux notions, but et moyen, se confondent souvent dans la vie pratique. A vrai dire, pour la grande majorité des coopé râleurs, la coopération n est qu'un moyen d'atteindre différents buts qui se trouvent en dehors d'elle. L'association coopérative est un instrument qu'on peut employer à sa guise pour la réxilisation d'un idéal particulier.

Pour une personne non initiée, la société coopérative n'est qu'un moyen de réaliser des profits sur la dépense, profits qui se manifestent en fin d'année sous la forme do bonis. Le but, dans: ce cas, est assez terre à torre, et ne confère pas un, grand mérite moral, au moyen employé pour l'atteindre. C'est l'idée la plus répandue ; celle que se fait le grand nombre du public coopérateur, qui est prêt à délaisser la société coopérative et à abandonner l'idéde coopération aussitôt que les bonis cessent d'être distribués. Pour ces personnes, la coopération est un moyen,

un vrai instrumcul destiné simplement à augmenter leurs revenus.

Mais la coopération est, pour certaines catégories de personnes, autre chose qu'une caisse d'épargne ou qu'un marchand qui distribuerait à s«c*is clients les profit» qu'il a réalisé par son commerce ; c'est un. système d'organisation économique qui vise à se substituer au système existant, et qui contient en lui-même le principe do sa propre évolution.

Dans cette conception de la coopération, on trouve un programme contenant un but, des moyens et des conditions dans lesquelles elle s'exercera. Son but ? C'est l'abolition de la concurrence, de la lutte pour la vie, en ne maintenant que l'émulation comme stimulant du progrès.. C'est aussi l'élimination, ou du moins la réduction au minimum possible, des parasites qui vivent du travail des autres et augmientent do la soi-te les difficultés et l'injustice de la vie. Empêcher le monde de voir la vie sous la forme de lutte, voilà un but cjui est vraiment noble et digne d'être poursuivi. On ne s'armera plus en vue d'une lutte pour la vie, et l'on n-e considérera plus son prochain comme un ennemi. Tout au contraire, on emploiera le surplus de ses forces à venir en aide à son voisin dans lequel on verra, sinon un frère, du moins un ami. La suppression des parasites est un but non moins moral et utile que le précédent, et sa réalisation contribuera beaucoup à fortifier l'idée de justice. J^uand tout le monde travaillera, on ne considérera plus le travail comme une chose ennuyante, mais bien comme un devoir et même comme un plaisir. Ce but est poursuivi aussi par d'autres systèmes sociaux économiques, et il tend de plus en plus à être réalisé, car de nos jours le tra«

vail est beaucoup plus répandu que dans les temps passés.

Les moyens qui serviront à mettre en application le progranïme coopératif, sont ceux que les intermédiaires emploieaut dans la vie économiquie de nos sociétés modernes, mais organisés en vue des besoins des producteurs et des consommateurs et non en vue du profit. La direction de cette nouvelle organisation appartiendrait aux consommateurs, ce qui est logique, et non aux intermédiaires qui, du reste, ne peuvent pas exister dans un milieu coopératistc.

Comme conditions de développement, les coopératives n'admettent que Tiniativc privée et Tassociation des bonnes volontés. Elles repoussent aussi toute idée révolutionnaire, telle,' par exemple, la confiscation dfe la propriété individuelle. C'est surtout sur ce point que la coopération s'éloigne du socialisme, qui admet la révolution comme moyen de transformation sociale. Les autres points du programme coopératiste et socialiste ne diffèrent pas beaucoup) car les deux systèmes visent l'abolition du profit, la transfoitnation du salarial, l'élimination des parasites, etc.

La coopération ou le coopéra tisme, ces deux dénominations étant employées souvent pour désigner la même chose, forme donc un système économico-social, tout comme le communisme, le collectivisme, le libéralisme, etc., avec cette différence qu'il ne fait pas de la politique. C*est sur le terrain économique qu'il cherche les moyens qui lui serviront à rèformtcr la société.

La coopération a commencé par êlr»e ouvrière, car ce sont les ouvriers de llochdalc qui l'ont véritablement créées, cl ce n*esl qu'après avoir démontré au monde quelle n'est pas Une utopie, qu'elle vit venir à elle des mjembres

appartenant à toutes les classes sociales et spécialement à la clajsse bourgeoise. Le nomjbre de ces derniers s*est beaucoup a<x;rû, aussi, dans certains pays, la -coopération présente un caractère fortement bourgeois. Mais, pendant un temps assez long, elle continua à se tenir au-dessus des différences de classes et à ne poursuivre que des buts purement économiques. Prenant une importance croissante de jour en jour, elle ne tarda pas à attirer ratteaition de certains groupements politiques pour lesquels la lutte des classes constitue presque un but, et qui croyaient voir dans la coopération un instrument propre à fortifier cette lutte. Les socialistes, car c'est d'eux qu'il s^agit, se rendaient compte des avantages que la coopération peut offrir à la réalisation de leur programme, aussi s'empressèrent-ils de la détourner de sa voie purement économique pour lui faire suivre un chemin beaucoup plus tortueux et plus périlleux.

De cette nfanière, les sociétés coopératives sont appelées à grouper les prolétaires en vue de la guerre que ces derniers ont déclarée aux capitalistes et aux classes bourgeoises, et à leur fournir, au moyen des bonis, une arme redoutable. Voilà donc la coopération qui prend une forme que ni R. Ovven, ni les Equitables. Pionniers de Rochdale n'avaient désirée» Avec celte transformation, ou mieux scisrsion de la coopération, car seulement une partie des coopératives ont arboré le drapeau socialiste, un élément de désordre s'est \,ntroduit parmi les coopérateurs. Ce n'est plus la devise « chacun pour tous, tous pour chacun », qui anime les coopératives: socialistes, car ce n'est pas la solidarité des classes actuelles mais bien leur désorganisation qu'elles poursuivent. La coopération perd son uni-

vcrsalité et en se divisant elle est obligée, pour pouvoir se reconnaître, d'arborer différentes couleurs. Les coopérati\ es socialistes se ralliant autour du drapeau rouge, et recevant un reflet de ce dernier, s'intitulent coopératives rouges. Les autres sociétés coopératives, qui voudraient continuer à vivre [)aisiblement sans s'occuper de luttes politiques et de revendications sociales, sont désignées par les socialistes sous le nom de coo[)ôra.tives jaunes. San-s le vouloir et sans en avoir besoin, elles ont été cependant éti(iuelées et forcées de se coiisidérer comme ayant un dra- I)eau de couleur jaune.

La coopération socialiste, étant de par sa nature combatlive, est douée d'une plus grande vitalité que la coopération pacifique. Du reste, cela est logique, car les énergies se développent par la lutte. En attaquant, les coopératives socialistes ont forcé les autres sociétés coopératives de se défendre, et d'adopter pour cela les mêmes armes que celles employées par leurs adversaires, et c'est ainsi (|u'à la coopération socialiste se tix)u\ e opposée une cool)ération catholique, libérale, etc., ayant la dénomination des partis politiques qu'elles sont censés représenter. C'est en Belgique, où fe socialisme s'est lancé pour la prennère fois dans le mouvement coopératiste, qu'on peut trouver la coopération divisée en autant de branches que (le partis politi(jue,s se disputant le gouvernement du pays.

Mais si la lutte développe l'énergie, d'un autre côté elle tend à la dépenser en pure perte, au détriment du mouvement coopératiste et du progrès de l'humanité. Les coopératives socialistes ne s'intéressent aux coopérateurs qu'autant qu'ils sont socialistes et en cela elles diffèrent beaucoup de celles qu'elles désignent sous le nom de jaunes,

qui dans Taidc qu^cUos donnent aux coapéralours, font absolument l'abstraction d<>s opinions politiques de ces derniers.

Les socialistes, nous Favons déjà dit, n'ont pas envisagé dès le début la coopération de la môme manière. Ils lui ont été d'abord hostiles, considérant que les sociétés coopératives ne font que fortifier les classes sociales qu'ils combattent, en les enrichissant et en leur recrutant des adhérents parmi les prolétaires. Dans les bonis distribués par les coopératives, ils ne voyaient qu'une forme du profil et qu'un moyen de développement de la propriété individuelle. Même K. Marx, le fondateur du socialisme colleicliviste, n'admettait la coopération qu'en vue de la productioai, " car sur ce terrain un des desiderata du programme socialiste, la suppression des patrons, se voyait réalisé. Cette hostilité, cependant, se transforma en enthousiasme quand les socialistes belges prouvèrent que la coopération est un imstrument assez flexible pour pouvoir être mis au service de ridée socialiste, et une campagne de presse, de même qu'une propagande au moyen de conférences, prit naissance dan*s les milieux socialistes en faveur de cette nouvelle conception de la coopération.

C'est en Belgique, nous l'avons dit, que la première coopérative socialiste vint au monde. C'était une société coopérative de consommation, fondée à Gand par un socialiste, Anseelc. Son nom est Vonruil (en avant) et elle est l'une des plus importantes coopérati\ evs de la Belgique. Le succès de cette société encouragea les coopérateuirs socialistes qui fondèrent plusieurs associations de ce genre, non seulement en Belgique, mais aussi en France et en Allemagne. En France, on n'a pas créé à proprement parler des

coopéralives nouvcUee, mais les socialistes qui se trouvaient être ooopérateurs» proposèrent d« modifief le pax>gramme de la coopération en iatroduisanl différentes dispositions qui eussieat entraîné la coopération dans la lui te dos classes. Ne pouvant réussir dain s leiir projet, ils provoqurèent une scission en ralliajit les «sociétés dont les membres» étaient socialistes en un groupement individuel qui a subordonné le mouvement coopératiste au niouverrteut fiociali'ste.

Les sociétés coopératives socialistes reprochent à certaines coopératives jaunes d'admettre des inégalités entre les associés. On trouve en effet des sociétés qui n'ont que le nom de coopératives, mais qui au fond ne sont que des entreprises capitalistes ayant des actionnaires auxquels revient la plus grande partie, sinon la totalité des profits de rentreprise. La Civil Service Supply Association de Londres coniple sur 65.000 m»embres 6.000 actionnaires qui administrent seuls et touchent seuls les dividendes. L'Association des fonctionnaires civils de VEtal et du département de la Seine en France est constituée de la même façon. Les membres sont de deux sortes-, adhérent» et actionnaires, mais s£?ulement ces derniers adminis-trent la société. Cependant en ce qui concerne les profits, elle est plus» démocratique, car elle les distribue sans distinction entre actionnaires et adhérents ali prorata des achats.

Ces deux sociétés et toutes celles constituées et fonctionnant d'après leur exemple, ne sont pas considérées comnie coopératives, et elles ne peuvent pas faire partie d'une fédération à programme rochdalien.

Ce reproche fait à la coopération jaune n*est donc pas

juste, car cette dernière vise Tégalité des membres tout comme la coopération rouge.

On trouve, néanmoins, une oertaii^e spéculation, autant dans les coopératives boui-geoises que dans celles socialistes, depuis qu'elles ont pris la) disposition de vendre au public. Les bénéflces ne reviennent plus à Tacheteur, mais aux membres, ce qui est contraire au principe coopératiste. On peut y remédier en cherchant à transformer le client en sociétaire, et s'il reste encore des clients rebelles à cette transformation, on peut destiner les profits réalisés sur leurs emipleites! à l'aJimentation d'un fonds social ou de tout autre fond impersonnel. Les sociétés vsocialistes pratiquant ce système, autant que les sociétés bourgeoises, se gardent bien de le leur reprocher.

Un autre grief que la coopération rouge a contre la coopération jaune, esl le soi-disant esprit de lucre qui animerait cette dernière. Les bénéfîces sont répartis sous forme de bonis, et les membre» «ne seraient intéressés à la coopérative qu'autant que ces derniers sont assez gros. Les sociétés socialistes ne distribuent presque pas de bonis, destituant les bénéfîces à des buts impersonnels.

Ce grief paraît être plus ou moins fondé, car la coopération cherchant l'abolition du profit il est illogique de le faire revivre sous la forme de bonification. Mais le boni n'est pas destiné à se perpétuer indéfiniment. Nous avons vu qu'aussitôt qu'elles le peuvent, les sociétés coopératives comraencjent à prélever sur les bonis des sommes de plus en plus importantes, destinées à la formation et à l'aliraentation de fonds dont" le but n'est plus Tintérêt personne), mais h solidarité. Le boni est nécessaire pour recruter des membres et pour les lier à la société pendant un certain temps.

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jusqu'à ce que Ton soit arrivé à lui inculquer une mentalité de €oopéraleur qui rempêchera do déserter. Les coopératives socialistes n'ont point besoin de ce moyen pour se faire des adhérents, car leurs membres sont déjà unis par des liens de classe et par le but politique qu'ils poursuivent. Elles peuvent donc, dès le début, consacrer les bénéfices qu'elles réalisent sur les ventes à des buis moins égoïstes que celui de la répartition de bonis aux sociétaires. Mais si elles peuvent dès le début supprimer le boni, l'emploi qu'elles font des sommes qui deviennent ainsi disponibles n'est pas justement de nature à favoriser la coopération et la paix sociale. La. partie la plus importante est dépensée en propagande politique et à envenimer les rapports des classes, ce qui est bien loin du rôle que 's'est donnée la coopération de rapprocher les homimes, non de les éloigner. Ce qui resite des profits est employé' tout com-me dans les sociétés bourgeoises à la. création ou au soutien d'œuvros d'a»ssistance ou de prévoyance.

11 y a, cependant, des coopératives socialistes, et non des moindres, qui distribuent des bonis. Elles ne donnent pas de l'argent aux sociétaires, qui pourraient aller le dépenser en dehors du magasin commun, mais des jetons échangeables contre des marchandises débitées par la coopérative. Ce système a cet avantage de lier étroitement le sociétaire au magasin et permet à l'association de garder une bonne partie du bénéfice produit par l'achat.

Les coopératives jaunes peuvent garder le système du boni, en tant qu'elles ne cherchent par ce moyen que l'adhésion d'un plus grand nombre de partisans, quitte à lui donner un emploi plus solidariste, quand elles ne risqueraient plus do se voir abandonnés par leurs membres. L'accusa-

lion qu'on leur fait de fléveloppcr l'intérêt et Tégoïsme individuels, n e&t pas soulcnable, car elles ne font que se ser^ vir de ces défauts dans le but de les supprimer; Du reste, nous no croyons pas qu'il puisse exister un système qui favorise plus le développement de Tégoïsme individuel que celui de la concurrence, qui régit actuellement le monde.

Les coopératives rouges, nous l'avons déjà dit, consacrent presque la totalité des bénéfices à la solidarité socialiste. Cette dernière est divisée en deux: une solidarité intérieure entre les membres de la société, sous forme de caisses de secours, pensions, pi^ls gratuits, consultations médicales, etc.; uiic solidarité extérieure, vis-à-vis do la classe ouvrière en général, pour favoriser la propagande sociale et politique au moyen de caisses électorales destinées à soutenir les candidats socialistes. C/est à la création d'un fond de guerre que les coopératives socialistes destinent une bonne partie de l'argent prélevé sur les consommateurs.

Les coopératives qui sont restées fidèles au programme de Uochdale, prélevèrent aussi une certaine somme sur les bonis, mais comme elles se soucient fort peu de politique, elles ne la consacrent pas à une propagande électorale, mais au développement de la coopération elle-même. Elles font cela en subventionnant les unions et les fédérations de coopératives, en faisant des conférences de propagande en faveur de la coopération, en publiant des almanachs, en convoquant des congrès, ou plus pratiquement en créant des ateliers, des fabriques, des magasins de gros, et en encourageant les coopératives de production. Elles considèrent cette manière d'employer les bonis plus conforme à l'idée de coopération qui tend à un rapprochement des

individus indépendemment des. classes auxquelles ils appartiennent.

L'encouragement matériel, non seule>ment moral des coopératives de production, devrait figurer dans les statuts de toute société coopérative. Nous ne voulons pas revenir sur les arguments exposés déjà dans un autre chapitre, relativemcjït aux avantagea sociaux que comporte le développement de cette forme de la production^ mais nous croyons bon d'insister encore une fois sur l'importance que peut avoir tant pour la classe ouvrière que pour la paix sociale une telle transformation de la production. L'aide donné par les coopératives de consommation à leurs congénères de production implique un acte de grande solidarité sociale qui tend à lier intimement le consommateur au producteur.

L'emploi que donncint les coopératives jaunes à la part impersonnelle du boni, est donc bien plus désintéressé et plus noble que celle à laquelle les coopératives rouges destinent la presque totalité de leurs bénéfices.

Les coopératives rouges ou jauTiies se confondent souvent en ce. qui concerne L'emploi du boni, car «s'il y a des associations socialistes qui emploient leurs bonis à des œuvresi purement impersonn-ellos, on en trouve par contre bon nombre qui préfèrent distribuer le tout à leurs membres ; dans la coopérative bourgeoise les choses se passent de mêmie, car à côté des sociétés distributrices de gros bonis, on en trouve beaucoup quiconisacrenit la presque totalité de leurs profits à dcsa^uvres solidaristes.

L'abaissement de la coopération au rôle d'un instrument politique, est un des coups les plus mauvais que les socialistes aient pu donner à ce mouvement, A ce point de vue

la société coopérative n'est plus qu'un moyen de produire des bonis aussi gros que possible. Elle perd aussi toute personnalité en se mettant au service de tendances souvent contraires, et elle arrivera, c^mme cela se passe déjà dans certains pays, à être socialiste, catholique, libérale, etc., en un mot à se diviser en autant de branches que de partis politiques. Elle risque d'avoir le même sort que les syndicats de France qui, d'associations économiques se sont vu«, grâce à la politique, transformés en de simples, instruments mis au service des différents partis.

Tous les socialistes ne regardent cependant pas la coopération avec les mêmes yeux. Les partisans de « l'action directe » réprouvent la politique, et par conséquent aussi la coopération considérée comme instrument politique.

L'école de Rochdale, quoique évitant de transformer les coopératives en un instrument politique, n'est pas absolument hostile à une certaine pénétration de la coopération dansf la politique. Mais, dans ce cas, la coopération fait de la politique pour son propre compte, et non plus pour des idéesi et des teridaiices en dehors de son programme. Elle cherche à gagner des députés à sa cause et à se défendre de cette manière contre les attaques de ses ennemis. C'est surtout par des lois que ces derniers cherchent à lui nuire, et les marchands ont réussi à lui porter un coup en France en la forçant à p^yer patente et en empêchant le vote d'une loi en faveur de la coopération.

Pour résumer, nous dirons que les socialistes considèrent la çoopéa:'ation comme un moyen destiné à les aider à la transformation sociale qu'ils rêvent. Ils ne ae font pas faute de répéter sans cesse que « c'est, imprégnées de cet esprit, que les coopératives ouvrières décidèrent que

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la coopéralion devait être socialiste, et servir comme moyen, à Tapplication de la doctrine collectiviste, mais qu'en aucun cas elle ne devait être considérée comme un but » (1).

Pour les coopératives bourgeoises, ou jaunes comme les désignent avec mépris les socialistes, la coopéralion se suffit à «llc-mêmo Le but qu'elle poursuit es4 contenu dans son programme et elle ne Va pas le chcircher dans celui d'un parti politique quelconque. Elle ne considère pas le coopéralisme comnio une chimère ; elle croît que l'amélioration matérielle et morale de la société constitue un but ass<*z noble cl assK>z puissant pour lui donner la force nécessaire à son existence et à son développement.

L'école de Nîmes, c*est ainsi qu'on désigne souvent la coopération bourgeoise en France, ne poursuit pas un but terre à terre, comme le lui reproche l'école socialiste.. En adoptant le programme des équitables pionniers de Uochdale, elle s'est donné un but d'une amplitude tout aussi graude, sinon plus, que celui des socialistes. Dans le chapitre précédent, nous aA'on.s indiqué une à une les différentes transformations que vise la coopération, et il résulte qu'elle ne se contente pas de formuler de vagHes aspirations, mais quVlle se propose de conquérir l'industrie sous toutes ses formes, pour substituer au règne de l'intermédiaire capitaliste le règne du consommateur.

Pour les vrais coopérateurs, la transformation de l'organisation sociale actuelle est tout aussi désirée que pour les socialistes les plus militants, caria conquête progressive du commerce, de l'industrie et de l'agriculture, par

(1) L'Humanité, août t906.

Tassocialion coopérative, uest que la socialisation des 'moyens cle production et d'échange. I^s chemins que ces deux écoles poursuivent en vue de cette socialisation et la forme définitive qu elles veulent lui donner, diffèrent notablement. Les coopérateurs, répudiant les moyens qui sont en dehors de la coopération, veulent arriver à cette socialisation par une évolution lente en provoquant et encourageant un changement de mentalité économique, tant chez les producteurs que chez les consommateurs. Les socialistes, par contre, ne se font p^is scrupule d'employer tous les moyens, soit pacifiques, comme la coopération, soit même violents comme les émeutes et les grèves, pour activer l'évolution sociale et arriver à la forme collectiviste centraliste de la société.

Nous ne pouvons pas savoir laquelle de ces deux écoles arrivera à évincer Tautre et à réformer la société en appliquant son propre programme, mais nous croyons que, pour la paix sociale, et par conséquent pour la civilisation, le triomphe de l'école purement coopéralisle sur celle socialiste soit plus désirable.

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