Adrien de Montmorency, pi'ince, puis duc de Laval
a consacrée à l'appréciation du talent de cette femme célèbre est un modèle de goût, de grâce et de fine critique, parle en ces termes de l'apparition de Corinne :
« Corinne parut en 1807. Le succès fut in- « stantané, universel ; mais ce n'est pas dans la « presse que nous devons en chercher les témoi- « gnages. La liberté critique , même littéraire . '< allait cesser d'exister ; Mme de Staël ne pouvait, a vers ces années, faire insérer au Mercure « une spirituelle mais simple analyse du remar- « quable essai de M. de Barante sur le xvin0 « siècle.
« On était, quand parut Corinne, à Ja veille et « sous la menace de cette censure absolue. Le <( mécontentement du souverain contre l'ouvrage, « probablement parce que cet enthousiasme idéal « n'était pas quelque chose qui allât à son but, « suffit à paralyser les éloges imprimés. . . .
« Eh ! qu'importe dorénavant à M,ne de Staél
« cette critique à la suite? Avec Corinne elle est « décidément entrée dans la gloire et dans l'em- « pire.
« Il y a un moment décisif pour les génies, « où ils s'établissent tellement que désormais les « éloges qu'on en peut faire n'intéressent plus « que la vanité et l'honneur de ceux qui les font. (i Ainsi, pour Mme de Staël, à dater de Corinne, « l'Europe entière la couronna sous ce nom.
« Corinne est bien l'image de l'indépendance « souveraine du génie, même au temps de l'op- « pression la plus entière ; Corinne, qui se fait (( couronner à Rome, dans ce Capitole de la ville « éternelle où le conquérant qui l'exile ne met- « tra pas le pied. »
Pour l'intelligence des lettres qui vont suivre, il nous paraît nécessaire de revenir en arrière et de rappeler en peu de mots les faits qui s'étaient produits en Europe et surtout en Allemagne dans cette mémorable année 1806, dont M. Thiers a dit : « Qu'elle fut la plus belle de « l'empire, comme 1802 avait été la plus belle du « consulat. »
Ce rapide récit fera comprendre la position
que les circonstances avaient fait prendre aux souverains de Weimar et particulièrement à la Duchesse Louise, correspondante de M "e de Staël. Nous empruntons à l'Histoire du Consulat et de l'Empire1 le tableau des complications qui amenèrent la guerre entre la Prusse et la France.
« Cette année 1806 , dit M.Thiers , vit fonder à « la fois des royautés vassales sur la tète des « frères de Napoléon, des duchés pour ses géné- <i raux et ses serviteurs , de riches dotations pour « ses soldats, supprima l'Empire Germanique et « laissa l'Empire Français remplir seul l'Occident.
« Malheureusement cette année incomparable, « au lieu de finir au milieu de la paix, comme on « pouvait l'espérer, finit au milieu de la guerre, <( moitié par la faute de l'Europe, moitié par celle « de Napoléon , et aussi par un coup cruel de la