‹ Coppet et WeimarChapitre 14 sur 45 · Histoire du Consulat et de l'Empire, t. VI · texte numérisé non relu

Histoire du Consulat et de l'Empire, t. VI

« mort qui emporta M. Fox dans la même année « où elle avait déjà emporté M. Pitt.

« La Prusse, par ses tergiversations qui lui « avaient aliéné la confiance de Napoléon, la « France, par des procédés trop peu ménagés, « furent amenées l'une et l'autre à une guerre «funeste, d'autant plus regrettable que, dans « l'état du monde, c'étaient les deux seules puisce sances dont les intérêts fussent conciliables. »

Mais l'opinion publique était si passionnément excitée en Prusse, qu'aucun accommodement ne pouvait plus être possible. La Reine partageait et fomentait elle-même cet irrésistible entraînement. Tous les jours des régiments traversaient Berlin en chantant des airs patriotiques que le peuple répétait avec enthousiasme ; de toutes parts on demandait quand le Roi partirait pour l'armée. Ce cri devint si général qu'il fallut céder à l'opinion. Frédéric- Guillaume partit le 21 septembre pour Magdebourg ; ce départ était

le signal d'une guerre dont les conséquences devaient être désastreuses pour son peuple, car, en une seule campagne aussi rapide que brillante, les Français remportèrent presque simultanément les deux victoires d'Auerstaedt et d'Iéna.

Les souverains de Weimar s'étaient ardemment engagés dans la lutte que soutenait la Prusse.

Le Duc Charles-Auguste, dont les talents militaires étaient fort distingués, commandait une des divisions de l'armée prussienne , et ce fut dans ses propres États, qui servaient alors de terrain à cette terrible guerre, que se livra l'une des deux batailles qui décidèrent du sort d'un empire; qu'on juge de l'effroi, du trouble, de l'inexprimable désordre qu'apportaient; dans des lieux accoutumés aux seules joutes de l'intelligence, le cruel spectacle du carnage et de la mort. Après la bataille donnée sous les murs d'Iéna, Napoléon victorieux entra dans la ville, y réunit les professeurs de l'université, leur fit un petit discours pacifique où il recommanda la

soumission, et partit immédiatement pour Weimar où il avait décidé de coucher. Une population épouvantée se pressait aux abords du palais où la Duchesse Louise, seule de tous les membres de la famille souveraine, était demeurée. Napoléon y tomba comme la foudre. Au sommet du grand escalier (la merveille de ce beau palais), une femme s'offrit aux regards du vainqueur irrité et fatigué.

« Qui êtes-vous, Madame? » lui demanda-t-il. La Duchesse Louise se nomma. « En ce cas , je vous plains, lui répliqua Napoléon, car j'écraserai votre mari. »

Malgré la dureté de ces paroles, la duchesse revit le lendemain l'Empereur Napoléon; elle gardait sa tranquille dignité et ne lui parla que des intérêts de ses sujets, k la fin de l'entrevue, l'Empereur lui dit avec une certaine emphase : <( Croyez-moi, Madame, il y a une Providence qui mène tout, et je ne suis que son instrument. »

Lorsque la Duchesse se fut retirée, Napoléon.

frappé de son sang-froid et de la noblesse de l'attitude qu'elle avait gardée, s'adressa aux officiers qui l'entouraient, et s'écria : « Voilà pourtant une femme à laquelle nos deux cents canons n'ont pas fait peur. »

M. Thiers constate, sans en donner les détails, cette rencontre de l'Empereur avec la Duchesse régnante de Saxe-Weimar; mais il paraît la confondre avec sa belle-fille la Princesse héréditaire, car il la désigne comme sœur de l'Empereur Alexandre.

L'émotion que la Duchesse Louise sut ainsi maîtriser avait été extrêmement forte, et sa santé en fut longtemps altérée. Napoléon, parlant plus tard de cette princesse, disait que dans cette circonstance elle s'était conduite en homme.

M. de Loménie, dans la spirituelle et piquante notice 1 qu'il a consacrée à Gœthe, fait ressortir avec finesse la profonde indifférence du poëte

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