‹ Coppet et WeimarChapitre 34 sur 45 · Le Prince? Royal de Sun · texte numérisé non relu

Le Prince? Royal de Sun

y soit très -bon pour moi. Mais mon hôte me plaît, et je lui dois beaucoup jusqu'à présent. »

On voit par toutes les circonlocutions et les réticences de cette lettre combien les correspondances étaient alors difficiles et dangereuses. M "|P de Staël s'embarqua enfin à Abo et arriva à Stockholm. C'était pour elle un asile tranquille et brillant : le bonheur qu'elle éprouva de se sentir libre et en sûreté, les égards qu'elle rencontrait à la cour de Suède lui inspirèrent pour le prince à qui elle devait ces biens un enthousiasme que le plus grand nombre des lecteurs trouvera comme nous excessif.

Sans adopter le jugement rigoureux que M. Thiers porte sur Bernadette, nous ne saurions consentir à en faire, avec Mme de Staël, le héros du siècle.

Mais on se tromperait fort si l'on prenait ce

que l'illustre exilée dit du Prince Royal de Suède pour une appréciation définitive de son caractère et de sa politique.

Mme de Staël avait beaucoup et longtemps souffert du despotisme impérial ; elle venait de rompre sa chaîne : tout ennemi de Napoléon semblait à sa passion un grand homme.

Elle écrit de Suède à son amie toujours exilée :

LA MEME A Mme RECAMIER.

Stockholm, 18 octobre 1812.

« Je puis enfin vous écrire, chère amie, avec un peu plus d'abandon. Il y a bientôt quatorze mois que je ne vous ai vue, et, avant le grand voyage, je m'arrête six mois sur la rive pour dire un dernier adieu. Depuis quatre mois que je voyage, j'ai éprouvé une telle agitation que je

ne sens vraiment toute la douleur de la séparation que depuis que je suis, ou du moins que je crois être hors de tout péril. Je vous ai mandé que d'un bout à l'autre de la grande campagne de M. de Balk j'ai été reçue comme une princesse.

« Je suis très-bien accueillie par notre ami commun : il m'offre pour Auguste une existence qui me paraît réunir tous les avantages. Il commencera sa carrière diplomatique en Amérique , et de là il ira où les circonstances me placeront. »

Les lettres deviennent de plus en plus rares à mesure que nous avançons dans cette époque de guerre européenne et de coalition contre la France. Mme de Staël écrivit cependant une fois de Stockholm à la Duchesse de Weimar ; mais quoiqu'elle lui parle de communications devenues

plus faciles, nous remarquons qu'elle trouve plus prudent de ne pas signer ses lettres.

Mme DE STAËL A LA DUCHESSE DE SAXE-WEIMAR. Stockholm, 12 janvier 1813.

« Madame,

« Je ne sais si le souvenir que j'ai pris la liberté d'adresser de Russie à Votre Altesse lui est parvenu , mais je ne puis me retrouver dans une situation plus calme, sans avoir besoin de lui exprimer ma reconnaissance pour les bontés qu'elle m'a témoignées. Les circonstances ont amené les choses plus heureusement qu'elles n'auraient été si j'étais partie plus tôt. Ce n'est pas la première fois que l'être qui se fie en Dieu est conduit au bonheur par la peine. Je suis ici aussi bien qu'on peut l'être dans le temps actuel.

Le Prince.Royal de Suède est le véritable héros de notre siècle, car il joint la vertu au génie, association qui semblait rompue. Mon fils cadet est entré dans l'armée suédoise, et je crois qu'il aura occasion d'y exercer son goût pour la guerre.

« Que de choses étonnantes nous avons vues ! Que de choses nous allons voir! Mon Dieu, qu'une conversation avec vous et Monseigneur le Duc me serait précieuse ! Je voudrais vous enlever tous les deux dans un nuage; peut-être vous en trouveriez-vous bien. J'en ai à choisir, des nuages, car le seul inconvénient de mon séjour ici, c'est le climat.

« Dans un autre climat plus rude encore , j'ai vu votre illustre nièce1, qui m'a inspiré le plus profond intérêt. J'ai reçu l'accueil le plus flatteur de son auguste époux2, et j'ai présagé sa conduite par sa manière de s'exprimer. — Ici le

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