Coppet renferme le tombeau de M. et Mme Necker
parvienne aux pieds de Votre Altesse. — Je la reverrai sûrement, car je suis, hélas ! libre de transporter ma vie où je le voudrai. Mais je ne serai jamais ce que j'étais, et votre bonté ne s'attachera plus qu'au souvenir de moi-même. Je crois que j'irai l'hiver prochain en Italie; mes nerfs sont tellement abîmés que je ne serai plus capable des devoirs qui me restent, s'ils ne se remettent pas.
ci Je ne sais où adresser une lettre à Monseigneur le Duc; daignerez- vous. Madame, lui parler de moi ? Quand je le saurai de retour chez lui, je me rappellerai à son intérêt. Le vôtre, Madame, est à jamais pour moi une honorable époque de ma vie, et, pour me soutenir dans mon abattement, je me retrace souvent les preuves d'estime dont vous avez daigné m'honorer.
<( Adieu, Madame. Je me transporte souvent par la pensée dans ce beau jardin . dans ce beau château si hospitalier pour moi. Vous avez vu les
ET LA GRANDE-DUCHESSE LOCISK. ll\
derniers jours de ma vie d'espérance, de jeunesse, de bonheur. A présent, j'existe comme les vieillards, avec effort, avec résignation; mais la source naturelle est tarie. Adieu encore une fois. J'ose parler à Votre Altesse comme si tous les genres de supériorité ne la séparaient pas de moi.
« Croyez, pourtant, Madame, que tous les nouveaux titres dont nous sommes environnés ne m'inspireront jamais la millième partie du respect que je sentais en vous approchant. Agréez-en l'hommage , j'ose l'offrir à vos pieds.
« N. S. de H. »
Cette année fut néanmoins très-aclive, intellectuellement parlant, pour M'"e de Staël.
Nous avons dit qu'elle s'était liée en Angleterre avec Wilberforce. Son âme compatissante devait en effet se trouver portée par une sympa-
m MADAME DE STAËL
thie naturelle vers le généreux apôtre de l'abolition de l'esclavage. Elle provoqua une traduction française de l'ouvrage de Wilberforce sur là traite des nègres et écrivit la préface mise en tête de cette traduction.
En outre , M,,,e de Staël publia , sur une question qui intéresse à un si haut point l'humanité et l'honneur de la société chrétienne, une brochure sous ce titre : Appel aux Souverains réunis à Paris , pour en obtenir l'abolition de la traite des nègres.
Enfin, un journal ayant attaqué V Essai sur le suicide^ qu'elle avait fait imprimer en Suède en 1813, essai que le rétablissement des relations internationales, résultat de la paix générale, venait seulement de faire pénétrer en France, M'lle de StaJl crut devoir y répondre. Elle se lut abstenue sans doute de se défendre, s'il ne se fût agi que de critiques littéraires ; mais elle repoussa avec vivacité les assertions d'un adversaire qui l'accusait de n'être pas chrétienne.
Après trois mois passés à Paris., Mm de Staël s'était empressée d'aller chercher à Coppet un repos dont elle avait graijd besoin. Elle mandait en y arrivant à Mme Récamier :
Coppet, 22 juillet.
« Je suis tout émerveillée de mon courage, chère amie, et je vous assure que je m'étonne d'être ici et que j'ai de la peine à soutenir le bel amour de solitude qui m'y a conduite. On m'a reçue avec des boîtes, des fleurs et des couplets, mais je n'ai pas l'âme assez champêtre pour ne pas regretter votre petit appartement, et nos querelles et nos entretiens', et toute cette vie qui est en vous.
« Le général Filangieri m'a apporté une charmante petite lettre de vous.
« Je vois beaucoup les Davy1. La femme est