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Une femme attachée au service de Mme de Beaumont

L'exil de Mme de Staël qui la tint dix années hors de Paris, les lointains voyages de M. de Chateaubriand, et la sauvagerie de son humeur, le séparèrent longtemps de Mme de Staël, mais on voit que Mme'la Duchesse de Duras ne dut pas avoir beaucoup de peine à rapprocher deux personnes illustres entre lesquelles existaient de pareils souvenirs.

AI. de Chateaubriand fit, avec sa femme, une isite à Coppet, en 4805. a Je la trouvai dans son château, qui renfermait une cour attristée. Je lui parlai de sa fortune et de sa solitude comme d'un moyen précieux d'indépendance et de bonheur; je la blessai. Alme de Staël aimait le monde; elle se regardait comme la -plus malheureuse des femmes, dans un exil dont j'aurais été ravi. Ne disputons à personne ses souiTrances : il en est des douleurs comme des patries, chacun a la sienne. »

M,ne de Staël , en effet, avait été froissée par les paroles du grand écrivain sur l'agrément et

le comfort de sa vie d'exilée , et je rencontre, dans une lettre qu'elle adresse à Mme Récamier, cette phrase : « Ah ! que M. de Chateaubriand « connaît mal le cœur en me trouvant heureuse ! « 11 dit qu'il n'écrirait plus s'il avait de l'argent, « et il considère le bonheur sous ce même point « de vue. C'est un côté vulgaire, dans un homme « d'ailleurs bien supérieur. »

Comme l'auteur du Génie du Christianisme a donné le continuel exemple du mépris des richesses et du facile abandon des grandeurs sociales, on ne peut s'empêcher de sourire, et d'éprouver quelque surprise du malentendu qui provoqua de la part de Mme de Staël une désapprobation trop peu méritée.

Mais la nature toute bienveillante de M,ne de Staël ne pouvait conserver de la rancune, et le progrès toujours croissant dans son âme des sentiments religieux l'aurait rapprochée de plus en plus de M. de Chateaubriand, si l'amour de la liberté, l'opposition à Napoléon et la disgrâce

de ce souverain n'eussent pas été entre eux des liens suffisants.

Dans une lettre de Mn,e de Staël à M,ne Récamier, du mois d'août 4 815, je trouve ce passage qui montre quelle était sa disposition pour M. de Chateaubriand :

« Je voudrais bien voir Lemercier. M. de Chateaubriand et lui sont les seuls écrivains français qui m'intéressent à présent.

« La mort de Brune est-elle vraie ? »

Mme de Staël, avec une grâce affectueuse et par une sorte de badinage, traitait l'illustre écrivain de dear Francis ; la dernière lettre qu'elle écrivit à M"ie de Duras, « tracée en grandes lettres « dérangées comme celles d'un enfant , » contenait un mot aimable pour Francis.

La faiblesse ne lui permettait déjà plus de

sortir lorsque Mme de Staël adressait ces lignes à M"ie Récamier :

« Dites-moi , chère amie, si vous êtes assez bien de santé pour accepter ma voiture à neuf heures et venir passer une heure avec moi. Je ne suis plus en état d'aller chez vous tant je suis faible. Si vous venez, dites à votre portier d'apprendre à Mathieu que je l'attends chez moi.

« Je vous embrasse de tout ce qui me reste. »

Le déclin rapide de ses forces ne lui (permit bientôt plus de se lever, et cependant tel était son esprit de sociabilité, qu'elle recevait encore et continuait même de donner à dîner. Mais elle n'assistait plus au repas : les personnes invitées, introduites dans la chambre de Mine de Staël, entouraient son lit et retrouvaient en elle toute sa bienveillance et aussi quelques brillantes lueurs de son merveilleux esprit.

M. de Chateaubriand a retracé le souvenir de l'un de ces dîners chez M1I,e de Staël mourante :

« Mme de Staël m'invita à dîner chez elle, rue « Neuve-des-Mathurins 1. Elle n'était point dans « le salon et ne put même assister au dîner. « Introduit dans sa chambre, je m'approchai du <i lit. La malade à demi assise était soutenue « par des oreillers, une fièvre ardente animait « ses joues. Son beau regard se fixa sur moi, « et elle me dit : Bonjour, my dear Francis. Je « souffre, mais cela ne m'empêche pas de vous « aimer.

« On se mit à table. Je me trouvai assis près « de Mn,e Récamier. Il y avait douze ans que je ne « l'avais rencontrée, et encore ne l'avais-je aperce eue qu'un moment. Je ne la regardais pas, nous u n'échangions pas une parole, lorsque, vers la

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