Le projet de descente en Angleterre
2. Le baron de Ramdohr était envoyé de Hanovre à Paris ; c'était un digne et excellent homme, d'un caractère tourné à l'élégie. Lorsqu'il dut, pour la première fois, paraître à la cour de l'Empereur Napoléon, on le prévint que ce souverain n'aimait pas les lamentations et
les Allemands à Paris. J'ai aussi une lettre du Prince héréditaire.
« Aujourd'hui, ce qui nous occupera tous, c'est un hommage à la meilleure et à la plus noble des femmes.
« Voilà un bien long billet, n'y répondez qu'à dîner, mais agréez, avec un intérêt bienveillant, mon hommage respectueux et reconnaissant.
« N. S. de H. »
Une chose nous surprend : nous ne trouvons nulle part, ni dans l'ouvrage sur l'Allemagne, ni dans les Dix années d'exil, ni dans les lettres de notre spirituelle compatriote à la Duchesse
qu'il fallait lui montrer un visage serein. Il promit de dissimuler ses patriotiques douleurs, puis lorsque l'Empereur s'approcha de lui, il lui adressa la parole en ces termes : « Sire, la trop déplorable Hanovre... n L'Emppreur lui tourna le dos.
régnante de VVeimar, un mot, une mention de la Duchesse mère. Cette princesse pourtant ne mourut qu'en 1808; elle habitait Weimar pendant l'hiver de 1803 à 180Z| , époque du premier séjour qu'y fit Mme de Staël ; et dans une lettre de Schiller à Gœthe, il est question d'une soirée donnée à la noble étrangère par la Duchesse Amélie. On a peine à s'expliquer ce silence au sujet d'une princesse dont la réputation d'esprit et l'influence étaient si bien établies. Faut-il ^n conclure qu'elle ne plut pas à M",e de Staël, ou que les rapports de la Duchesse douairière avec sa belle-fille étaient froids et contraints?
Plus tard , lorsque le fils de la Duchesse Louise eut épousé une sœur de l'Empereur Alexandre, il est, au contraire, souvent parlé à la Duchesse régnante de son auguste belle-fille; M"-,e de Staël paraît même se plaire à en rappeler le souvenir.
Après trois mois passés à Weimar, notre voyageuse se rendit à Berlin. Les recommandations
pressantes de la famille souveraine de Weimar avaient préparé à Mme de Staël le plus gracieux accueil à la cour de Prusse. Elle fut présentée à cette charmante Reine Louise, destinée depuis à tant de malheurs.
Berlin comptait à cette époque un bon nombre d'hommes fort distingués dans des genres différents. Je ne nommerai que J. de iMùller, Ancillon, Fichte, les Humboldt, Hufeland; mais en dépit de tous ces éléments d'une société à la fois sérieuse et intéressante, il ne semble pas que M",e de Staël ait trouvé beaucoup d'agrément dans les*salons de cette capitale. La cour, où l'ombre du grand Frédéric aurait dû faire prédominer le goût de l'esprit, avait surtout gardé l'empreinte et les habitudes de son génie militaire ; Berlin a toujours gardé l'aspect d'une immense caserne. La Reine Louise, objet d'une générale et vive admiration, était à l'âge où l'on se plaît aux fêtes, et Mme de Staël trouva Berlin sous l'empire d'une fièvre de plaisirs et de spectacles bruyants; elle
les raconte avec une verve aimable dans la lettre que nous allons citer; mais le tourbillon des bals était bien vide, il faut en convenir, pour sa puissante intelligence.
Mme DE STAËL A LA DUCHESSE DE SAXE-WEIMAR.
Berlin, ce 13 mars 1804.
« Madame,
(( Il me semble que je vous dois le compte des actions de ma vie à Berlin, puisque c'est Votre Altesse et Monseigneur le Duc qui m'avez préparé la bienveillance que j'y rencontre. J'ai été présentée, le 10 mars, à la Reine- mère1 et à la Reine régnante. J'ai trouvé la Reine mère
1. La Princesse Louise de Hesse-Darnistadt, veuve de Frédéric-Guillaume II, sœur aînée de la Duchesse Louise.
assez bien portante ; on m'avait prévenue qu'elle parlait d'une manière confuse,, je l'ai parfaitement entendue, et sa politesse remarquable, animée par votre lettre, m'a rendu très-doux les moments qu'elle a bien voulu m' accorder; elle s'est plainte à moi de ce que Votre Altesse ne venait jamais à Berlin, et elle forme le plan, m'a-t-elle dit, de se rapprocher de Weimar cet été.
« De là j'ai été chez la Reine régnante 1, et ce jour-là la cour était vraiment imposante; au moment où la Reine est entrée, tous les instruments du bal se sont fait entendre et j'avais véritablement une vive émotion.
« Cette reine, dans tout l'éclat de sa beauté, a paru. Elle s'est approchée de moi et elle m'a dit, au milieu d'un très-grand nombre de phrases obligeantes, ces paroles que je ne puis vraiment oublier : « J'espère, Madame, que Vous nous