ARTICLE TROISIÈME.—CONSERVATION DE L'ENGRAIS
Question.—Vous avez visité plusieurs fermes et vous avez vu cornment les cultivateurs s’y prenaient pour conserver leurs engrais, d’une saison à l’autre ; aussi, comment il les appliquaient. Croyez-vous que lesystème mis en pratique par eux est bon ou pouvez-vous m'en faire connaître un meilleur ?
Réponse.—J’ai parcouru plusieurs états et visité un grand nombre de fermes. Généralement, la litière et le fumier que l'on sort des étables se met en petits tas, près des portes. D’autres meules, de deux à trois pieds d'épaisseur, et occupant une grande étendue de terrain, se voient en divers endroits de la ferme. J’ai remarqué que dans les basses-cours, nn éten-
dait tant de paille qu’elles étaient couvertes, parfois, d’une couche de deux à trois pieds d'épaisseur, de laquelle les matières liquides s’échappaient. Je demandai pourquoi on amenageait ainsi les fumiers. La plupart de ceux que j'enterrogeai me répondirent que c'était la coutume du pays, qu’ils faisaient ce que leurs ancêtres avaient fait. Cependant, quelqu'un, plus instruit que le commun des cultivateurs, m'a dit qu’il laissait la litière dans sa cour, de trois à six mois, parce que le transport de ces matériaux pour les mettre en tas donnerait trop de trouble, s’il se faisait à des époques plus rapprochées. En outre, cette litière se décomposait lentement par les pluies, l’urine et Les déjections des animrux. Le cultivateur dont il est ici question m'a fait savoir aussi, qu’il mettait son fumier d’étable en tas de deux àätrois pieds d'épaisseur, afin d'y laisser pénétrer la pluie, ce qui occasionnait la fermentation et maintenait l’engrais en bonne condition jusqu'au moment de l’employer. Lorsqu'un tas atteint de sept à huit pieds de haut, la pluie ne l’imprègne pas entièrement. Il en résulte que le fumier ne fermente pas assez.
Ce raisonnement place la question sous son véritable jour. Quand j'aurai répondu, vous pourrez prononcer un jugement.
Je prétends que vous devez enlever la litière de votre basse-cour, tous les quinze jours, ou au moins tous les mois. La litière des étables doit être sortie à intervalles de huit à dix jours. Il faut donner aux tas une hauteur de six à dù pieds, soit qu'on fasse usage de l’engrais, immédiatement, où soit qu’on ne veuille l’'employer que dans six ou huit mois.
Si vous désirez enfouir votre engrais prochainement— dans un mois, par exemple—ce serait une grave erreur que de ne pas élever la meule à plus de deux ou trois pieds de hauteur. Dans ces conditions, la fermentation ne se produi rait que très-lentement.
Avez-vous décidé de conserver vos engrais pendant longtemps, observez encore la règle précédente, quant à à hauteur du tas, car #’il était trop bas, il couvrirait une grande étendue de terrain, aurait une large surface que les pluies laveraient, en entraînant le jus de l’engrais. De plus, l'air, le vent et le soleil feraient disparaître les gaz les plus utiles.
Mais, direz-vous, si je veux conserver longtemps mon engrais, en élevant les tas à une hauteur considérable, jf suis certain de n'avoir pour tout produit que du terreau, al lieu d'engrais. La mise en tas d’une grande masse de litière donne lieu à une prompte et énergique fermentation, un cause de destruction plutôt qu'un moyen de conservatlol Dans le cas contraire, c’est-à-dire en formant une meule ptl élevée, les pluies l’imbibent, la maintiennent fraiche pendai six mois ; et ainsi, je n'éprouve pas de pertes.
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À premiére vue, votre objection parait juste, mais en réalité elle ne l’est pas. Vous supposez que les pluies, qui humectent les tas de deux à trois pieds d’épaisseur,imbiberaient également une meule de dix pieds de hauteur ; mais, tel
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enri RCE n'est pas le cas. Vous comptez sur l’eau qui tombe des nua- C AA ges ; c’est à ‘orl. Moi, je prends des mesures pour arroser tour m'a mes fumiers en temps opportun. Avant de les enfouir, je les 17,
humecte quelque peu. Je les prépare par une fermentation régulière, qui les décompose de la manière voulue. En les mettant en tas, je les arrose, et sur chaque couche d’un pied d'épaisseur, je mets de quatre à six pouces de terre. Cette substance a la propriété de prévenir la fermentation, prend la consistance du terreau et ajoute à la masse du fumier. Je dispose la meule de manière que l'air, l’eau et le soleil ne puissent exercer sur elle, leur influence. L’engrais s’abrite par lui-même et se trouve protégé jusqu'à ce que je veuille l’amélio“er et le .préparer pour en faire usage. Vous, en suivant une méthode contraire à la mienne, vous faites des pertes immenses. Etendus sur une surface considérable de terrain, vos fumiers ne s’enrichissent pas ; au contraire, leurs jus s’'écoulent ou s'évaporent. La pluie emporte toutes les matières solubles, ne laissant qu’un semblant d’engrais.
Pour moi, cet accident n'arrive pas. Les tas que je forme n'ont qu’une surface peu étendue, et je donne à leur sommet une inclinaison semblable à celle de la toiture d’une maison. Les pluies n’ont pas de prise sur mes fumiers ; par conséquent, je ne perds pas Tours jus. La fermentation ne se produit pas, et, ni le soleil, ni l'air ne font disparaitre les gaz ammonia- Caux.
Lorsque le temps de la fumure, est arrivé je procède à la prépa ration de l’engrais. Si à cette époque, il pleut souvent, j'ouvre le sommet du tas pour le faire pénétrer par la pluie. Auprès, À se trouve une grande fosse, dans laquelle s'écoule l’eau qui Bras à | descend de la meule. Dans ce liquide, je jette les éléments de mon ferment, puis, au moyen d’un seau ou d’une pompe, après avoir percé des trous sur toute la surface du tas, je fais des arrosages, qui ont un très-bon effet. Le liquide fermentatif imprègne toutes les parties de la masse ; mon engrais se decompose rapidement et s'enrichit de nouvelles propriétés. Il est loin d’en être ainsi avec votre système. La } meilleure partie du fumier, les jus, les sels et autres éléments, sont emportés par l’eau.
Je suis convaincu que votre procédé ocrasionne bien des faux calculs. Par exemple, vous appliquez à ur sol sablonneux des engrais, lavés par les pluies, dépourvus du leurs éléments liquides. Pouvez-vous compter sur une bonne récolte, 11 PE frai si la saison, pendant laquelle s'opère la végétation, n’est pas f
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| humide ? Au temps des grandes chaleurs, un fumier riche, | chargé de sels, conserve la fraicheur à la terre et aux plantes, et fournit de la nourriture à celles-ci. Lorsque l’engrais est | sec, Le sol n'a rieu qui le protége contre les ardeurs du soleil ; | | les rosées n’ont aucun effet, la végétation est sans vigueur et | | la r&colte manque. Il est donc d’une grande importance pour le cultivateur, de faire tous ses efforts pour conserver ses engrais en bonne condition ; car, par ce moyen, il préviendra des pertes notables.
La meilleure ligne de conduiie à suivre consiste à mettre beaucoup de litière sous les animaux, un mois avant d’enfouir l’engrais qu’on a l'intention de préparer ; ensuite, de n'employer que juste ce qu’il faut pour unir ensemble les déjections des bestiaux et absorber leurs urines. Cette règle convient à ceux qui n’adoptent pas le système décrit au chapitre 10.
Il reste encore une autre objection que vous ne manquerez pas de faire. Mais je vais y répondre immédiatent, afin d'en finir avec cette question : (Quel est le meilleur de nos deux procédés ? »
ous me dites : «(Mon fumier d’étable se produit naturellement ; j'ai seulement le trouble de charger les voitures our le transporter dans les champs ; je profite des pluies : ’arrosage de mon engrais se fait sans travail de ma part. ! Mais avec votre méthode, il n’en est pas de même. L'eau con- Jk sidérée comme nécessaire, n’est pas toujours à la disposition k de chacun, en quantité suffisante, et par dessus tout, il faut de W la main-d'œuvre pour élever les tas et les arroser. » 1 Tout cela est vrai ; mais notez bien que, par mon procédé, le fumier peut acquérir le double—et d’avantage—de la valeur du fumier employé sur votre ferme.
Si vous comprenez que la qualité de l’engrais est préférable à sa quantité, vous ne devrez pas hésiter à consacrer quelque temps et un peu de travail à l’importante préparation de vos fumiers. Dans tous les cas, comparez les deux systèmes, en les mettant en pratique. Vous me direz ensuite quel est le résultat de vos observations.
Sur toutes les fermes que j'ai visitées, l'aménagement du di fumier était, à peu près partout, le même. On laissait le fumier | se détériorer par les pluies, ignorant le moyen de le sous- LE traire à cette pernicieuse influence. Je crois avoir démontré
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