CHAPITRE QUATRIÈME
Comment Fleur-de-Mai s'aperçut qu'un premier
duel conduit inévitablement à un
premier amour.
Le personnnge à qui Fleur-de-Mai avait entendu donner le tilre de vicomte et qui lui avait si gracieusement offert son assis-
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lance était un homme de trente à trentedeux ans, d'une noble et belle figure, de manières distinguées, et d'un aspect triste et mélancolique qui frappa tout d'abord le jeune Blaisois, et lui inspira pour lui une secrète sympathie.
Sauter à cheval et dévorer la route de Vincennes à Paris ne fut qu'un instant pour les quatre gentilshommes. La garde du roi remplissait Vincennes, et ce n'est qu'à Paris qu'on pouvait espérer un pauvre coin pour s'égorger paisiblement. On mit
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pied à terre, et l'on congédia les laquais h l'entrée delà rue Saint-Antoine.
Le vicomte de Mailly, c'était son nom, prit familièrement le bras de Fleur-de-Mai, lorsqu'ils furent hors du Palais-Royal, et lui dit ;
€< Nous allons à la Place Royale ; c'est le lieu le plus commode pour ces sortes d'affaires.
— Comme vous voudrez, répondit Fleur-Ue-Mai; je ne connais point Paris.
— Arrivez-vous d'aujourd'hui?
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— D'hier soir...
— De quelle province ?
— Du Blaisois. Je suis né à Blois.
— A Blois? fit le vicomte en tressaillant.
— Connaî!riez-vous cette ville ?
— Oui... vaguement... je lai traversée dans mon enfance... »
Et le vicomte se tut et devint tout rêveur. Fleur de-Mai pensa que son nouvel ami avait peut-être quelque secret chagrin, et il respecta son silence.
Vingt minutes après, les quatre gentilshommes et Coquelicot arrivaient vers les
ombrages de la Place Royale. On était à la
fin de mai. Le printemps avait été court, comme cela arrive souvent à Paris, cl Télé était venu tout d'un coup.
Midi sonnait ;'Ja chaleur était étouffante, la place déserte, et les persiennes des maisons environnanteshërmétiquement closes.
On pouvait se battre sans crainte d'être dérangé.
Le chevalier du Vernais et son témoin
marchaient les premiers, le vicomte et Fleur-de-Mai les suivaient à une distance de quelques pas ; puis venait Coquelicot.
En arrivant sur le lieu du combat, le vieux soldat, jusque-là impassible, éprouva un tressaillement mystérieux et comme une vague inquiétude en regardant son jeune maître, et, pour la première fois de sa vie peut-être. Coquelicot eut peur... 11 s'approcha de Fleur-de-Mai :
c( Un mot, monsieur le chevalier, lui dit-il avec une émotion mal déguisée.
— Parle... je t'écoute...
— J'ai oui dire, murmura tout bas Coquelicot, que lorsqu'on possédait à fond une seule botte, il fallait ne porter que celle-là et la porter tout de suite... en tombant en garde, et sans se donner le temps de lâter le fer.
— Le conseil est bon, répondit Fleurde-Mai, je le suivrai... merci!
— • Messieurs, dit le vicomte en s'arrétant au pied d'un arbre dont les rameaux touffus projetaient une ombre épaisse de
plusieurs pas de diamètre, voici, ce me semble, un endroit charmant. »
Le chevalier et Fleur-de-Mai s'inclinèrent.
« En ce cas, messieurs, acheva le vicomte, habit bas et dépêchons-nous. »
Le chevalier et Fleur-de-Mai jetèrent leur manteau et leur pourpoint, se saluèrent, mirent Tépée à la main et tombèrent en garde sur-le-champ, tandis que les témoins se tenaient à trois pas de dislance, et que Coquelicot allait philosophi-
qiiement s'asseoir sur une borne et essuyait une larme furtive, adr^îssant sans doute au ciel une muette prière pour son cher Fleur- de-Mai, que déjà il aimait comme un fils.
Le jeune Blaisois avait écouté le conseil du vieux soldat et l'avait prisé si fort qu'il le mit à exécution surle-champ.
Fleur-de-Mai avait eu à Blois un excellent maître d'armes; mais il se trouvait sur le pré pour la première fois, et son inexpérience lui aurait pu être fatale s'il s'était I W
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amusé à ta ter le fer du chevalier, lequel était un excellent tireur.
Il donna l'épée sur-le-champ, prit lestement le contre de quarte, para le demicercle et se fendit avec la rapidité de l'éclair, dans la ligne basse, traversant d'outre en outre la cuisse de son adversaire.
Le chevalier poussa un cri, devint livide, chancela et tomba.
« Bien louché ! » s'écria Coquelicot qui accourut. Quant à Fleur-de-Mai, il s'était généreusement précipité sur le chevalier
el se penchait sur lui plein d'anxiélé. Heureusement la blessure n'était point mortelle. Le fer n'avait traversé que les chairs. Cependant le chevalier, vaincu par la douleur^ s'était évanoui, et le sang jaillissait à flots de sa blessure; il était urgent de le transporter le plus près possible et d'appeler un chirurgien. Le témoin de du Vernais s'approcha du vicomte. « Le blessé ne peut être transporté chez lui, dit-il. L'hutel de madame la chanoinesse est tout