SCÈNE V
ROLAND, CORALY, TONTON.
CORALY.
A merveille, William.... je suis contente... je suis sûre que nous n'avons pas mis dix niâiiatos pour venir de Paris.
TONTON
Oui, VOS cJievaux sont en nage !... un attelage de quatre mille francs qui est peut-être perdu !
CORALT.
Qu'importe!... pourvu qu'on aille vite.
TONTON
Je vous l'ai dit^ votre landau est beaucoup trop haut..; en descendant j'ai manqué de me fouler la rotule; et voilà comme on compromet une jambe.
CORÀLY.
Je suis enchantée de ce que m'a dit Antoine, mon concierge... Ah ^ ma maison est louée d'aujourd'hui! c'est fort agréable.
ROLAND;, s'as^ançant.
Comment, madame! votre maison est louée?
CORALY.
Eh^ mon dieu!... c'est vous, Roland!... je ne m^atiendais pas au plaisir de vous voir.
ROLAND
C'est une surprise... je suis sans façon... moi, je n'en fais jamais.
CORALY.
Mais venir ainsi au hasard...
ROLAND
Oh ! j'avais des données certaines... avant-hier, dans votre loge, vous avez dit : « Lundi , je ne danserai pas;., j) j'aurai ma migraine. » Je me suis douté que vous viendriez à votre maison de campagne.
TONTON
Oui... la campagne... c'est commode... je ne sais pas pourquoi il n'y en a pus l'hiver.
Ce diable de Tonton est toujours de la même foi ce... je ne connais pas de danseur qui fasse plus d'esprit.
TONTON
C'est vrai... c'est vrai, quanti j'ai le temps... les Coraly. 2
jours où je ne danse pas... mais patience, vous verrez ce que je médilc.
A 111 : Tai 0)11 le Parnasse des dames.
Dans ce moment-ci j'accommode
Le rooiantique en entrechats ,
£t tous les auteurs à la mode
Avec moi sauteront le pas.
Leurs ouvrages, quoiqu'il m'en coùt«,
S«nt mit en ballets par mes soins ;
C'est un avantage
BOLAnO.
Sans doute ; Nous aurons le style de moins.
T0NTO3V.
Je comptais venir travailler ici cet été... mais vous dites que la maison est louée.
ROLAI^D.
Pourquoi vous en défaire?
CORALY.
J'ai d'autres vues... les gens qui m'entourent sont curieux et bavai ds... moi, j'aime à cacher mon rang.
IIOLAIVD.
' L'incognito est le plaisir des grands... et vous qui, dordinaire^ êtes reine ou princesse..
CORALY.
Ici, j'abdique, et ne suis que marquise.
TOATQN.
— C'est bien modeste... mais c'est souvent indispensable... Si vous connaisbii z comme moi les désagrémens de la célébrilé... je donnerais tout au monde pour n'être qu'im homme ordinaire... Quand je suis dans une promenade publique, tout le monde se dit à Torcille : « Tenez, le « voilà^ c'est lui... c'est Tonton... c'est Tonion... ce fameux
» danseur qui a inventé les pirouelies sur le talon »
Aloisiis m'enloureul^ ils me presijei:!, ils me marcheutiur les pieds ; et je leur dis : Messieurs, preiicz donc gard< que diable... j'en ai besoin... ( // rit ).
ROLAjyD.
Quand je vous le disais... c'est un feu roulant^ c'est le Voltaire de la pirouette.
TONTON, d'un air sérieux.
Permettez, nnonsieur, permettez; vous me parlez là de Voltaire... c'est (jue je l'ai lu... nous avons même daasé dans un opéra de lui.