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qui fît beaucoup de victimes parmi les Chrétiens et les Juifs et qui mit un terme à la domination des « Infidèles. »
Dans la période suivante, Grenade faillit plusieurs fois être prise par les Chrétiens, et en 1 1 25 Alphonse d'Aragon campa dix jours avec une armée devantla ville, Grenade ne succomba pas à ce moment, car elle était destinée à servir de dernier refuge à l'Islamisme en Espagne. Quand le cercle d'envahissement de l'ennemi se resserra, quand Cordoue, Valence, Séville, ainsi que les cités et les forteresses de moindre importance furent peu à peu tombées aux mains des Chrétiens, la population et la richesse de Grenade s'accrurent de plus en plus par ce simple fait que les Musulmans en butte à l'oppression des conquérants chrétiens quittèrent en foule leurs établissements primitifs pour venir s'installer à Grenade. On peut encore aujourd'hui retrouver en cette ville les traces de ces fugitifs. Le quartier appelé Albaicin dont les pentes sont occupées par les cavernes des Bohé-
miens tire son nom des Croyants qui, en 1227, avaient abandonné Baeza, et celui d'Antequeruela fut en 14 10 assigné comme habitation aux fugitifs d'Antequera. Comme à cette époque toute la civilisation espagnole se trouvait presque exclusivement aux mains des Mahométans, on comprend qu'à la suite de cette concentration en un seul lieu, Tart, la littérature et la science arabes dussent briller d'un nouvel éclat et porter encore une délicieuse floraison. Les monuments que Tart arabe a produits à Grenade sont réellement les plus beaux que nous possédions en général de lui. Nous n'avons plus affaire, il est vrai, à ces hommes graves et pleins de zèle religieux qui élevèrent la solennelle mosquée de Cordoue et, à Séville, la tour de laGiralda, cette œuvre éternelle. L'art arabe que nous offre Grenade porte dans son élégance trop déliée le signe d'un peuple qui s'amollit dans une extrême sensualité et dans une inaction de vSybarites. Tout y est calculé pour enivrer les sens par des troublantes voluptés. Les habitants de TAlhambra voulaient bien s'adonner aux arts de la paix, encourager le chant et la poésie, soutenir le commerce et l'art, mais ils négligaient le rude métier de la guerre.
On devrait plutôt les en louer que les en blâmer s'il ne s'était trouvé autour d'eux des ennemis qui bien loin de se soucier des arts pacifiques cherchaient la plus grande gloire et le plus haut renom sur les champs de bataille. Ces aventuriers, amoureux de luttes et avides de butin, dispersés dans tous les cantons de l'Espagne chrétienne devaient se sentir attirés par les trésors des Mahométans qu'avaient accumulé plusieurs siècles d'effort artistique, par leurs champs et leurs jardins délicieux, par leurs riches villages et leurs élégantes villas, par leurs cités, leurs mosquées et leurs palais luxueux. Aussi la convoitise du plus fort pour le bien du plus faible amena-t-elle finalement la déchéance delà civilisation mahométane et l'avènement de la civilisation chrétienne en Espagne qui dans la suite ne produisit pas moins de chefs-d'œuvre que Tâge précédent n'en avait créé.
Grenade fut conquise par Ferdinand et Isabelle, les « reyes catolicos », en 1492, Tannée de la découverte de l'Amérique. C'est alors que la civilisation arabe succomba et que Christophe Colomb marqua une époque nouvelle dans l'histoire des peuples. .Le Génois avait été reçu par le couple royal à Santa-Fé, ville nouvellement fondée pour l'armée chrétienne assiégeante et y avait obtenu l'adhésion du roi pour l'armement des vaisseaux qu'il avait demandés. Et ce furent ces navires qui, de retour en Espagne, transportèrent, d'après une tradition peut-être légendaire, l'infortuné Boabdil, le dernier prince mahométan d'Espagne, en Afrique d'où
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ses ancêtres étaient arrivés plus de sept siècles auparavant. Beaucoup de riches et de notables Musulmans suivirent l'exemple de leur roi et avec eux s'évanouit tout l'éclat de Grenade, Les Maures les plus pauvres qui
restèrent dans leur patrie furent au début traités avec la tolérance stipulée dans l'acte de reddition et promise sous serment par les « rej-es catolicos ». Mais le cardinal Ximenès s'aperçut bientôt qu'à l'égard des Infidèles on n'avait pas besoin de tenir son serment. Alors s'instituèrent les persécutions les plus extraordinaires qui furent jamais entreprises sous couleur de religion. L étude de ces atrocités dépasse le cadre de notre ouvrage. Il nous suffira de dire que sou,s Philippe III, en 1609, tous les descendants
des Maures furent expulsés comme on avait déjà beaucoup plus tôt expulsé les Juifs (l'année de la conquête de Grenade), acte héroïque que
U fond le Generalife.
célèbre encore aujourd'hui une inscription de la cathédrale de Tolède. l'église métropolitaine d'Espagne'.
Toutefois avec l'expulsion des Maures l'influence de l'art arabe ne
I. Philippe III ouvrit un concours sur ce sujet i- Velasquez obtint le prix. Son tnbleau est perdu.
s les peintres de l'Espagne,
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cesse pas complètement de se faire sentir sur les monuments et principalement sur la décoration superficielle, mais depuis la conquête de Grenade il n'est nulle part en Espagne assez vigoureux pour imprimer son cachet
Au hord du Diirr
à des œuvres remarquables. Si nous voulions suivre les traces de cet art il nous faudrait quitter l'Andalousie avec les Arabes et le rechercher en Afrique où les Mahométans fugitifs s'établirent et élevèrent encore de grands édifices, comme la mosquée et le minaret de Tlemcen en Algérie nous en peuvent convaincre.
Passons maintenant à la description de Grenade. La plupart des voya-
50 GRENADK
geurs y arrivent aujourd'hui de Gibraltar par la voie ferrée d'Algésiras. Mais l'itinéraire est infiniment plus intéressant en partant de Cordoue et en passant par Jaen. A Jaen, où Ton voit une remarquable église Renaissance construite sur l'emplacement d'une mosquée et les ruines d'une forteresse arabe sur une hauteur voisine, on quitte le chemin de fer pour continuer en diligence. C'est un peu plus pénible que de faire tout le voyage en chemin de fer (par Bobadilla), mais on y gagne à mieux connaître les choses . et les gens. La route monte et descend à travers des gorges étroites et des vallées luxuriantes. Autant les rocs des montagnes sont nus, chauves et arides, autant les vallons sont gras, verts et riants. Les ruisseaux y murmurent, les oiseaux y gazouillent et d'heureux descendants des Maures restés dans le pays et convertis au christianisme y cultivent les champs et les jardins de leurs ancêtres. Nombre de ces villages s'accrochent à des croupes très raides où les maisons semblent s'entasser les unes sur les autres, et tous sont dominés par Vatalaya^ Téchauguette ordinairement carrée qui, au temps des Arabes, gardait le pays, et du haut de laquelle le veilleur épiait l'approche de Tennemi. L'Andalou est si communicatif que dès le premier quart d'heure vos compagnons de voyage deviennent vos intimes amis. A chaque enclos, à chaque village, à chaque tour, ils vous étalent des renseignements très instructifs et d'étranges histoires qui vous apprennent comment vivent les habitants et quels esprits reviennent dans les ruines des châteaux écroulés.
Après avoir enfin atteint la hauteur située derrière l'Albaicin, la diligence sort du chemin creux où les vives couleurs des grenadiers aux fleurs rouges et des cactus {chumbera en espagnol) aux fleurs jaunes nous bouchaient la vue : Grenade est devant nous avec ses maisons blanches que dominent de hautes tours. A gauche nous apercevons, sur la montagne qui domine la ville, les murailles et les tours rougeâtres de l'Alhambra ; plus haut sur la pente de la montagne une lumière blanche tachant le vert foncé des cyprès : le Generalife; au dernier plan, la Sierra toute bleue couronnée par ses blancs sommets de neige. Sur la droite et juste devant nous se développe la Vega de Grenade, autrefois la région la plus favorisée, la plus riche et la plus fertile de la terre et qu'on peut encore aujourd'hui, grâce aux travaux d'irrigation exécutés par les Maures, comparer à un riant jardin. La ville, infiniment mieux située que Cordoue, occupe quatre collines tombant assez rapidement sur les rives d'un grand et d'un petit ruisseau qui, grâce aux neiges éternelles de la Sierra Nevada, ne tarissent jamais, même aux plus fortes chaleurs du milieu de l'été et dont l'eau conserve à certaines heures du jour une fraîcheur glaciale. Le
Darro s'est creusé entre l'Albaicîn et l'Alhambra un lit profond. Dans ce ravin il mugit caché parmi les broussailles vertes qui le surplombent et ne montre que par endroits son flot étincelant. Du haut des murailles et des tours de l'Alhambra, on a une vue plongeante sur cette ravine escarpée. Arrivé au milieu delà ville, à laPla^a Nueva, le ruisseau disparaît sous un tunnel et la place Neuve résulte précisément de cette construction au-dessus du Darro. En suivant plus loin son cours, nous arrivons bientôt à la place du marché arabe en partie détruit, à V Aîcaiceria dont le plan
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d'ensemble a de grandes analogies avec les labyrinthes du marché couvert du Caire et de Jérusalem, mais dont les arcades et les colonnes richement ornées impriment à la construction un caractère spécial rappelant une époque où l'art était épanouissement et joie.
La Callc Zacatin nous conduit à la Vivarramhîa, a l'ancienne « porte de sable » (Bab al raml), grande place dont il est fréquemment question dans l'histoire de Grenade. C'est là qu'avaient lieu les réjouissances populaires, les tournois, les attroupements et les réunions que rapportent Ferez de Hita, Mendoza, et les autres compilateurs et conteurs des histoires et des légendes de Grenade, Tout près de là s'élève sur l'emplacement de l'ancienne mosquée la cathédrale avec la chapelle où les grandsparents et les parents de Charles-Quint, Ferdinand, Isabelle, Philippe le
Sî GRENADE
Beau et Jeanne la Folle sont enterrés. Sur 1' « Alameda » étendue depuis la Pla^a Real en longeant le Darro jusqu'à l'extrémité sud de la ville où ce ruisseau s'unit au Genil qui arrose le versant sud de l'Alhambra, se dresse un grand monument moderne en bronze représentant Colomb reçu par Isabelle. La population de Grenade se promène l'aprèsmidi sous ces belles rangées d'arbres, et quoique ici comme à Cordoue il s'agisse d'une cité retardataire et engourdie dans laquelle il n'y a plus à
proprement parler de vie, — à la différence de Séville qui présente encore aujourd'hui une certaine animation, — une visite à l'Alameda vaut pourtant son prix à l'heure du pasco quotidien, quand ce ne serait que pour vérifier l'exactitude du proverbe ; « Las Granadinas son muy finas ».
-Mais si belles que soient les femmes de Grenade dont l'une reçut en se mariant une couronne, je veux dire l'impératrice Eugénie, tout visiteur est pressé de voir enfin de ses propres yeux le célèbre palais des califes dont il a tant entendu chanter les louanges. Il ne peut durer dans la ville. Ses yeux et ses oreilles se ferment à toute la séducûon et à toute la beauté ambiantes. Une puissance invincible l'attire là-haut vers la montagne de l'Alhambra. La pente escarpée de la Callc de Gomcrès conduit de la Plaza Nueva aux jardins. Cette rue est presque exclusivement formée de
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boutiques dont les tenanciers vivent de l'étranger, Grenade est la ville d'Espagne où le voyageur est le plus harcelé par les mendiants, marchands, guides et autres sortes de vermines, La raison en est qu'à Grenade il y a plus d'étrangers qu'en aucune ville espagnole. Les cités anda-
louses sont pourtant presque inconnues et peu vîsilées en comparaison des villes d'art italiennes. Mais Grenade fait précisément exception à cette règle. A vrai dire, ce sont surtout les touristes anglais qui s'y rendent en assez grand nombre. C'est de Gibraltar où font escale tous les vapeurs qui arrivent d'Angleterre et qui naviguent sur la Méditerranée que viennent ces touristes par la faute desquels on ne peut faire trois pas à Grenade sans avoir à ses trousses une foule de parasites. Dans les boutiques
de la calle de Gomerès on ne vend que des objets ayant un rapport avec TAlhambra, savoir : toutes les antiquités possibles, des photographies, des imitations en couleur des murs du château, etc., etc. Presque tous ces marchands demandent environ le triple du prix qu'ils espèrent, et leur marchandise est toujours de très douteuse authenticité.
Ces boutiques et en général les maisons de la ville s'arrêtent à la Pucrta de las Granadas^ une espèce de lourde bâtisse qui ne révèle aucune des beautés que nous attendons. Cette porte, comme aussi la fontaine devant laquelle nous passerons plus haut, fut construite sous Charles- Quint dont nous rencontrerons encore très souvent ici la trace. La porte tire son nom des armes suffisamment parlantes de la ville de Grenade, qui représentent des fruits de ce nom. A peine avons-nous dépassé la porte que la rumeur de la ville s'éteint et que la solitude paisible des bois nous entoure tout à fait comme dans les grandes forêts septentrionales. Des ormes aux fûts élevés et d'autres arbres du nord se pressent les uns contre les autres et défendent l'accès aux rayons trop curieux du brûlant soleil méridional. Partout de frais ruisseaux bruissent et gazouillent dans de grandes et de petites rigoles et, cachant leurs lumineux miroirs d'argent sous l'herbe verte et les broussailles, se hâtent vers le Darro. Les fleurs des bois embaument. Les oiseaux chantent leurs mélodies connues. Et l'étranger du nord est tout émerveillé et se sent transporté comme par enchantement hors de l'Espagne du sud brûlante, poussiéreuse et desséchée, dans sa fraîche et ombreuse patrie. Cette fraîcheur des bois qui vous surprend et qui vous réjouit doublement dans un tel pays n'a certes pas peu contribué à rendre le nom de l'Alhambra célèbre par tout l'univers. Les salles et les cours du château arabe, pour être remplies d'un charme féerique et ensorceleur, ne sont pas, comme on pourrait le croire, tellement supérieures à celles de l'Alcazar de Séville qui, sans avoir la même grâce infinie, ont pourtant avec les premières d'étroites ressemblances. Il est vrai qu'à côté de l'Alhambra l'Alcazar produit incontestablement un bien moins grand efi"et, car il est situé au centre d'une ville sur un terrain plat. On y arrive par des rues et des ruelles très ordinaires. On chercherait en vain dans le parc qui l'environne les sources, les oiseaux et les fleurs de la forêt du nord. Le palais est entouré de tous côtés par de hautes murailles qui ne laissent aucun point de vue. Enfin la nature ne s'y est pas donné le moindre mal pour relever l'impression artistique.
A l'Alhambra, au contraire, la nature et l'art agissent dans le plus parfait accord. Les Arabes y ont affirmé d'éclatante façon la maîtrise avec
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laquelle ils savent mettre au service de plans déterminés les forces de la nature. Le charme de ce site sauvage et verdoyant où s'unissent dans un concert délicieux le frisson des feuilles, le murmure des sources qui se hâtent vers mille petites cascades, le chant des oiseaux et le bourdonnement des insectes n'est pas comme il pourrait sembler l'œuvre de la nature. C'est des cimes neigeuses de la Sierra Nevada, aperçues dès notre arrivée, que les architectes des rois maures ont fait venir le ruisseau qui
coule par mille petits bras à travers les jardins et les salles intérieures de l'Alhambra, qui alimente les jets d'eau et les bassins et qui permet aux animaux et aux plantes de vivre. Les arbres aussi, dont la frondaison frissonnante nous accueille comme de fidèles amis et de vieilles connaissances, doivent leur existence à la sollicitude des Arabes qui apportèrent leurs ancêtres du Nord de l'Espagne, des fraîches vallées pyrénéennes. Ils constituent en ce Midi torride une oasis d'une fraîcheur exceptioinelle. Car la terre d'Espagne ne fait pousser que des palmiers élégants mais dépourvus d'ombre, des cyprès verticaux dont l'ombre même dans le cas le plus favorable est simplement linéaire, des orangers dont l'étroite couronne de feuillage ne suffit pas à fournir une belle ombre, et
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ares n'offrent que de rares petites feuilles
des oliviers dont les branches r argentées.
Au pied des murs d'enceinte du château fort royal, nous atteignons une jolie fontaine Renaissance dont le frais bassin en pierre est habillé de mousse verte et nous nous y arrêtons un instant pour respirer à pleins
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poumons l'air aromatique de la forêt et jouir à loisir de cette exquise ambiance. Si les guides, les mendiants et les Anglais vous laissent en repos vous ne rencontrerez sur cette route que des porteurs d'eau qui font ici un premier plan tout trouvé. Au haut de l'Alhambra, à Tintérieur des murailles se trouve une profonde citerne qui depuis que les Maures l'ont creusée fournit aux habitants de Grenade l'eau potable la meilleure la plus fraîche et la plus pure. Cesllà que viennent puiser encoreaujourd'huî les porteurs d'eau dont les uns portent sur leur échine cette grande outre
faite d'une seule peau de bête bien connue du lecteur par les aventures de Don Quichotte, et dont les autres poussent devant eux un petit âne résigné chargé de trois tonneletsou de deux outres et d'un tonnelet.
Cette jolie fontaine où nous faisons relâche s'harmonise parfaitement avec la forêt septentrionale qui nous entoure, et nous ne nous étonnons pas de la voir décorée avec l'aigle du Saint Empire Romain Germanique.
Historiée de pilastres doriens et de médaillons en relief et adossée à une muraille longue de trente mètres et haute de cinq elle fut construite sous le règne de Charles-Quint par l'excellent architecte et sculpteur Alfonso Berruguete, dans un style Renaissance dont la richesse ne manque pas de goût. L'eau coule de trois tètes couronnées de fleurs de roseaux symbolisant le Darro, le Génil et le Beiro, les trois rivières qui alimentent la Vega de Grenade, Aux angles supérieurs du monument des puiti^ folâtrent avec des dauphins autour d'une demi-lune conte- 1. Petits cafants uilésdans le goût italien.
GRKNAUE
nant des armes au bas desquelles on lit cette inscription : « Imperatori Caîsari Karolo Quinto Hispaniorum Régi ». C'est la raison pour laquelle les gens de Grenade appellent cette fontaine simplement Pilar (pilier) de Carlos.
Dans la profondeur verdoyante que le parc occupe se trouvait autrefois la sépulture des rois de Grenade et certes on n'aurait pu trouver un lieu plus saint et mieux approprié ^ Boabdil fit avec la permission des « reyes catolicos » exhumer avant son départ les ossements de ses ancêtres et les emporta avec lui dans la petite ville montagneuse de Mondujar située sur la chaîne de l'Alpujarras. Il pensait, en effet, que sous la garde des habitantsts de la Sierra, tous sans exception dévoués à Tlslamisme, ces restes seraient plus en sûreté que dans la ville de Grenade où les conquérants avaient immédiatement fondé une colonie chrétienne très importante. De Tautre côté de cette vallée étroite et tranquille on peut apercevoir pardessus les cimes du petit bois les roussâtres Terres Bennejas (tours vermeilles) qui appartiennent encore en propre à TAlhambra et qui s'y relient par un mur que nous avons franchi à la Puerta de las Granadas. Ces tours sont assises sur des fondations romaines et cachent tout un développement de caveaux souterrains. En plus de ces tours un peu écartées et qui ne sont pas comprises dans Tenceinte circulaire, la montagne de TAlhambra était environnée d'une muraille haute de dix mètres et épaisse en moyenne de deux que défendaient de nombreuses tours. Car l'Alhambra n'est pas seulement un château royal mais tout un quartier. C'est encore aujourd'hui le cas des villes maures, de Tanger par exemple où la Kasbah n'est pas habitée seulement par le gouverneur mais par beaucoup de particuliers -. La colline s'étend de l'ouest à l'est et mesure dans sa plus grande longueur environ 850 mètres et dans sa plus grande largeur 240 mètres. Au temps des Arabes 20000 âmes ont dû vivre sur cet espace. Même aujourd'hui l'Alhambra est encore une petite ville à part. En plus du personnel affecté à l'entretien des bâtiments et des jardins, il y a des hôteliers, des photographes et tout un village dont les habitants logés en partie dans les cours et dans les ouvrages avancés des anciens Maures, sont vêtus de loques pittoresques qui conviennent très bien à ces ruines écroulées.
Pour vous donner une idée du plan d'ensemble de l'Alhambra nous
1. D'après le rcsultiit doà dcrnièros f«)uilles le caveau royal se trouvait à l'Alhambra mrme.
2. C'<,'st le Kremlin des villes rLls^50s, l'Acropole des cites grecques.
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allons faire le tour de la forteresse mais en pensée seulement, car la promenade réelle comporte des obstacles et des difficultés qui en rendent l'exécution malaisée. A la partie nord-est inclinée vers la ville et vers l'Albaicin, la montagne tombe très rapidement et les murs d'enceinte s'é-
lèvent de ce côté à une hauteur vertigineuse. Outre ces murailles on aperçoit d'en bas deux puissantes tours et les toitures ternes de quelques petits bâtiments. La tour qui se trouve tout à fait à l'extrémité est de cette croupe allongée est la Torrc Je la Velu, et l'autre colosse qui surgit de plus petites constructions s'appelle Torrc de Coniares. Toutes deux sont robustes et massives dans leur simplicité carrée mais tant s'en faut qu'elles
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préseatent le pittoresque coup d'oeil de n'importe quelle ruine des bords du Rhin. Elles ne laissent nullement soupçonner leur riche contenu. Remontons VAlanieda dcl Dcirro en longeant le profond ravin où le torrent écume et mugit et en ayant toujours devant les yeux les murailles
Cour des Myrlcs (f;ice scplpntr.o.ulf) .
de l'Athambra qui sont d'ailleurs unies et presque monotones. A peine remarque-t-on çà et là une tourelle ou un pavillon qui surplombe du haut des murs. Franchissons le Darro à la première occasion et gravissons un chemin escarpé. 11 nous conduit à une ravine qui, en partie du moins, est peut-être artificiellement creusée. A droite nous avons les murailles de l'AIhambra ; à gauche le chemin monte jusqu'au Généralife dont les murs blancs plaquent les jardins verts de taches lumineuses. Les tours qui sui-
GREXAIÎli 6i
vent celle de Comares et aux pieds desquelles nous passons tout au fond de la gorge sont comme leurs compagnes quadrangulaires et plutôt massives qu'élégantes. Le chemin escarpé que nous suivons s'appelle la Cucsta del Rcy Chico (la côte du petit roi), et ce petit roi n'est autre que Boabdïl le dernier des princes arabes d'Espagne.
Beaucoup de tours de l'Alhambra sont en ruines. A cet effet le temps, les tremblements de terre, les incendies et les guerres ont diversement
Cou. dus Mj-.l
rriJiunjle).
collaboré. La première de ces tours, la Torre de [os Sietc Suclos (des sept étages) tient une grande place dans les histoires des Arabes espagnols. C'est en effet par le porche de cette tour que Boabdil quitta l'Alhambra et la légende raconte que l'infortuné souverain aurait prié ses vainqueurs de murer la porte pour qu'aucun humain ne put plus y passer après son départ. C'est de là que ce prince, qui redoutait de traverser la ville de Grenade, gagna en tournant à l'ouest par-dessus la colline des Martyrs la porte des Moulins, et suivit le cours du Génil jusqu'à une petite mosquée qui est aujourd'hui une chapelle consacrée à saint Sébastien et livra en ce lieu aux « reyes catolicos » les clefs de la ville, comme le rapporte une plaque de marbre fixée à ce monument. Il se dirigea ensuite vers la Vega,
traversa cette vaste plaine et atteignit les contreforts des Alpujarras qu'on aperçoit distinctement du haut de TAlhambra. Arrivé sur une des collines qui s'appella encore aujourd'hui El ultime sospiro ciel Moro, il se retourna pour voir une dernière fois la cité de ses pères et se mit à pleurer amèrement.
Une poésie da Théophile Gautier, dont le rythme rapide et haletant donne bien l'impression de ce que devait être cette course terrifiée qu'entrecoupaient des soupirs, évoque ainsi cfette page historique écrite par le royal fuyard :
Ce cavalier qui court vers la montagne Inquiet, pâle au moindre bruit C'est Boabdil, roi des Maures d'Espagne, Qui pouvait mourir et qui fuit.
Aux Espagnols Grenade s'est rendue ; La croix remplace le croissant Et Boabdil pour sa ville perduo N'a que des pleurs et pas de sang...
a Hier, dit-il, j'étais calife; ! Comme un dieu vivant adoré,
, Je passais du Généralife
A TAlhambra peint et doré î
J'avais, loin des regards profanes.
Des bassins aux flots diaphanes
Où se baignaient trois cents sultanes ;
Mon nom partout jetait Tefifroi !
Hélas ! Ma puissance est détruite ;
Ma vaillante armée est en fuite
Et je m*en vais sans autre suite
Que mon ombre derrière moi ! >»
C'est alors qu'Aïja, sa mère, qui n'était pas responsable de la pusillanimité de son fils, lui aurait dit : « Tu peux pleurer à présent comme une femme sur la ville que tu n'as pas su défendre comme un homme ». Et Charles-Quint qui n'était pas taillé sur le modèle de Boabdil prononça ces mots en entrant à l'Alhambra : « A la place de Boabdil je serais demeuré maître de la ville ou j'aurais trouvé ma tombe sous les ruines de l'Alhambra ».
Après la Torre de los Siete Suelos qui nous rappelle la fuite du prince maure, nous atteignons bientôt la Pucrta de la Justicia où nous avons complètement terminé notre promenade circulaire, car à quelques pas
plus bas sur le chemin de la ville se trouve le Pilar de Carlos Quinto auprès duquel nous nous sommes reposé au frais lors de la montée. Toute l'enceinte extérieure de l'Alhambra avec ses vingt-trois tours date
du xiv* siècle et c'est à la même époque que Jusuf î" commença le palais lui-même dont les bâtiments se groupent autour de la puissante tour de Comares que nous avons aperçue d'en bas et qui n'occupe à l'intérieur de la forteresse qu'un espace très réduit. A vrai dire, on signale à ce moment l'Alhambra non pas tant comme palais que comme château fort. Ce dernier qui s'élevait déjà au IX' siècle et peut-être même plus tôt, flanquait
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avec laTorre de la Vela l'extrémité ouest de la montagne qui est encore aujourd'hui isolée du reste par des murailles et des portes. Jusqu'à la fin du XII' siècle les princes de Grenade habitèrent un palais situé sur l'Al-
* Myr.,
baicin de l'autre côté du Darro, où au temps des Arabes se trouvait le plus beau quartier de la ville qu'on ne connaît plus maintenant que pour ses cavernes de troglodytes (sur le versant est}. Plus tard à la suite des immigrations en masse des Musulmans chassés par les conquérants chrétiens, Grenade devint le centre de l'Espagne arabe et éclipsa eu richesse et en puissance toutes les autres villes de la péninsule. L'ancien palais
devint alors trop étroit pour les souverains et le Nachride Mahomet Ibn ul Ahmar construisit sur le mont de l'Alhambra un nouveau château à l'abri de la forteresse. La devise de ce prince qui fut reprise par ses
Porte n
II des Myit
successeurs ; « Dieu seul est vainqueur », se trouve répétée partout à l'Alhambra par mille inscriptions ornementales auxquelles Charles-Quint ajouta son « Plus ultra ». Le palais actuel n'est donc pas très ancien puisqu'il fut élevé en grande partie par Jusuf 1" (i 333-! 354) et par son successeur Mahomet V (1354-91).
Le château et la citadelle de rextrémité ouest nommée Alcazaba passèrent après le départ de Boabdil aux mains du roi d'Espagne et appartiennent encore aujourd'hui à la Couronne, tandis que les bâtiments plus petits situés à l'intérieur de l'enceinte furent donnés à des seigneurs féodaux. Au cours des siècles, comme cela s'est passé partout ailleurs (témoin les remparts des villes allemandes, les amphithéâtres de Nîmes et de Vérone, le château de Grafenstein à Gand, etc.), une population très mêlée, dont les descendants occupent encore aujourd'hui de vieux pans de murs, de vieilles tours et d'autres ruines, vint nicher dans cette enceinte. Ferdinand et Isabelle habitèrent un moment l'Alhambra et firent mettre les appartements en état par des ouvriers maures. Charles-Quint qui vint en 1526 à Grenade trouva tant de charme à ce site exquis qu'il résolut d'en faire sa résidence. Aussi sommes-nous également redevables de l'enlaidissement de l'Alhambra à ce souverain auquel nous devons déjà l'intrusion de la cathédrale gothique, véritable œuf de coucou, dans le nid mauresque de la mosquée deCordoue. Le palais arabe ne lui suffisait pas comme habitation et c'est bien compréhensible si l'on considère l'exiguïté des pièces et la différence profonde qui devait exister entre le genre de vie d'un prince arabe et celui d'un empereur chrétien de la Renaissance. Il entreprit la construction d'un grand palais qui entraînait malheureusement la démolition d'une aile du château arabe. Et cela est d'autant plus déplorable que le palais de Charles-Quint ne fut jamais achevé ni habité et que la destruction des salles de l'Alhambra est demeurée sans objet.
Par bonheur les souverains espagnols ne se soucièrent plus dans la suite du château mauresque jusqu'à ce qu'il vint à l'idée de Philippe V et de sa femme Elisabeth de Parme d'habiter l'Alhambra. Pour recevoir ces hôtes on restaura alors une aile du château et on décora les murs de fresques dans le goût des Loges de Raphaël. Après eux personne n'y vint plus et quand Washington Irwing visita l'Alhambra au printemps de 1829 il le trouva écroulé et habité en partie par de pauvres familles qui s'y étaient nichées. Irwing lui-même logea au milieu du château arabe et y écrivit ses Thaïes of the Alhambra. A cette époque le grand bassin de la <* Cour des Myrtes » servait de lavoir et les laveuses ont dû traiter les ornements des murs et des colonnes avec une douceur relative. L'attention ne fut attirée qu'environ au milieu du XIX* siècle sur les trésors de l'art arabe enfouis à l'Alhambra et la Couronne d'Espagne donna une modeste somme pour restaurer et entretenir l'Alhambra*. C'est depuis ce moment qu'on a pris