CORÉE, COINE
L'Exposition de Formose était en cela particulièrement intéressante et montrait Tétendue de son champ pour l'exercice des énergies surabondantes du pays — tout au moins pendant des années encore. A noter aussi la Section des machines, témoignage impressionnant des merveilleux progrès et de la somme de travail réalisés par le Japon.
En partant de Kobe nous nous dirigeâmes vers Moji, en passant par la mer intérieure.
C'est le plus exquis voyage de son espèce que je connaisse au monde.
De l'autre côté du port est Simonoseki, où fut signé le célèbre traité. La place est fort bien défendue par des forts surmontant les collines escarpées qui Tentourent.
Je réussis à pénétrer dans l'un d'eux, et je trouvai toute la garnison manœuvrant les gros canons qui, de cette hauteur, doivent avoir une portée considérable.
Les soldats japonais semblent être perpétuellement, à l'exercice, en manœuvres, ou en marche. Je ne crois pas que les troupes d'aucune autre armée puissent travailler autant.
Le lendemain, nous étions à Nagasaki, bondée
de navires, comme d'habitude, y compris, cette fois, trois navires de guerre russes. Dans Tarsenal, deux croiseurs en construction. Nagasaki est une importante station de charbon. Les femmes, comme les hommes, prennent part aux travail, se rendant en chaland aux navires, remplissant et se passantes paniers de charbon avec une prodigieuse rapidité.
Jadis on assistait à un curieux spectacle: hommes et femmes se déshabillaient en public et, complètement nus, se jetaient à l'eau. Cette pleine^ eau... sans voiles n'est plus admise. A Nagasaki même, où fut promulgué le décret ordonnant de porter un costume pour se baigner, un Japonais ôta le dit costume ensortant de l'eau et serendit à sa maison, située à un quart de mille, revêtu seulement de l'innocence d'un cerveau qui avait entrepris de résister à la loi !
Notre navire contenait beaucoup de Japonais se rendant en Corée. On sait les efforts du gouvernement pour encourager l'émigration Coréenne. Une loi récente oblige tout navire se rendant du Japon en Corée à transporter soixante et dix hommes et trente femmes. Parmi les passagers de notre bâtiment, il y avait plusieurs fa-
milles d'émigrants, quelques femmes allant rejoindre leurs maris, déjà installe's, deux ingénieurs et un gentleman représentant la Compagnie Mitsui, qui allait encaisser ou essayer d'encaisser la somme de € 15.000 (1) du gouvernement coréen pour la vente d'un vaisseau destiné à constituer la marine de la Corée. Tous les Japonais, qui se trouvaient à bord, appartenaient, sous une forme ou sous une autre, à la grande armée d'invasion et d'occupation pacifiques qui tente tranquillement d'absorber la Corée dans l'Empire da Japon.
(1) Voir à la fin du volume le tableau comparatif des monnaies et mesures françaises, anglaises, russes et ■chinoises.