LA TERRE DU MATIN CALME
L'Europe rapprochée. — Les concessions de bois. — Ua casus belli éventuel. — Eu explorant des sentiers. — Les jeunes chanteuses. — Les magnifiques « Yang Bans ».— Mon chapeau.— Rapacité ofticielle. — Un champ pour les missionnaires. — Troubles parmi les convertis. — Le droit d'extraterritorialité. — Les habitants des villas. — Si le Christ venait en Corée.
Le Transsibérien aura un effet considérable : il ouvrira ce pays isolé ; il le mettra à dix-sept jours et demi de Londres.
Mais voici déjà des désaccords qui se produisent entre Russes et Japonais sur la question du service télégraphique. La ligne de Fousan à Se'oul appartient à ceux-ci. Ceux-là en cons-
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truisent une autre et viennent d'émettre une prétention pour le moins extraordinaire : ils demandent que le service de la ligne japonaise soit interrompu jusqu'à ce que la ligne russe soit acheve'e.
Autre sujet de discorde beaucoup plus important : les concessions de bois au nord de la Corée. La Russie déclare les avoir obtenues en 1896, lorsque l'Empereur s'était réfugié à la légation russe.
Pour exploiter ces concessions et abattre le bois qui couvre les montagnes de la frontière du Nord-ouest, une compagnie s'est formée sous les auspices de la Banque Russo-Chinoise.
Pour de telles spéculations, la Banque rend de grands services à la Russie car elle agit au nom du gouvernement et supporte des entreprises qui paraîtraient plus sérieuses et grosses de conséquences si elles étaient directement conduites par le gouvernement en personne.
Poursuivant cette idée (et la mettant en pratique avec un si vif succès dans TafTaire du chemin de fer Mandcliourien) la Russie prétendit alors que les bûcherons avaient besoin d'une garde militaire pour les protéger contre les bandes
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de maraudeurs et de voleurs qui, d'après les compte-rendus alarmants de la presse moscovite, infesteraient le pays.
Les Japonais, eux, disent que lesdits bûcherons sont en réalité des soldats et qu'aucune raison ne milite en faveur d'une garde défensive.
Il y avait là une jolie petite partie à jouer. Mais les Japonais font de leur mieux pour la gâter.
Troupes militaires pour protéger le chemin de fer; troupes militaires pour défendre les bûcherons ; et si une concession des mines était, d'aventure, accordée, les mineurs n'auraient-ils pas besoin, eux aussi, d'une troupe militaire pour veiller à leur sauvegarde? Et là où les Russes auraient acquis des droits de pêche, les pêcheurs ne pourraient-ils pas à leur lour exiger la protection de la force armée et l'établissement de postes de sentinelles le long du rivage ? Et ainsi de suite !
Les troubles qui fermentent entre le Japon et la Russie peuvent d'un jour à l'autre aboutira une crise provoquée par des broutilles d'aspect peu important comme l'affaire des concessions ou comme celle de la ligne télégraphique. Pour le voyageur, il est évident que les deux
Puissances se préparent activement aux pires éventualités.
G^est ici que doit venir tout homme possédé par le désir d'explorer un pays situé en dehors des chemins battus par les touristes.
Le décor et le climat sont délicieux pendant le printemps, Tété et Tautomne ; les habitants sont la bienveillance et la politesse même pour les étrangers.
Inutile d'ajouter, par contre, que le visiteur ne doit pas s'attendre à du « confort ». Mais c'est là la carte à payer pour les délices qu'on éprouve à s'aventurer à travers une contrée que les Européens n'ont que rarement — ou jamais — ■visitée.
En un sens, cependant, les habitudes et les mœurs de ces peuples primitifs sont empreintes d'une civilisation originale, très développée et complexe ; elles offrent donc un terrain d'études des plus intéressants. Là, point ou très peu, de ces caractères exclusifs et morbides, de ces haines de l'étranger que l'on rencontre chez les Chinois. Les Coréens sont hospitaliers, aimables et serviables. Les « Yang Bans » euxmêmes sont gracieux envers l'étranger. Extrême-
ment curieux, ces « Yang Bans » on nobles. Ils îie font absolument rien. Ils considèrent comme du plus mauvais goût le fait de s'occuper à quoi que ce soit. Leur pipe même doit être portée par un serviteur. Celui-ci conduit le cheval, soutient le « Yang Ban » sur sa selle ; et tout un cortège suit le beau seigneur, quel que puisse être lo but de ses déplacements.
Les danseuses coréennes sont à peu près identiques aux geishas japonaises; au reste, presque toutes les institutions et coutumes de la Corée ont leur contrepartie en Chine ou au Japon, phénomène naturel si l'on considère que la civilisation de celle-là atteignit celui-ci en passant par la Corée.
J'explorai avec intérêt une partie du charmant pays.
Un jour, me trouvant dans une ville, j'aperçus une bande de Coréens fumant paisiblement à côté d'un stock de chapeaux étalés sur des mâts. L'emplelte me tenta. Comme j'essayais une coiffure une foule se groupa autour de moi. Les visages des spectateurs réfléchissaient, miroir vivant, mes essayages. Une centaine de personnes -m'avaient déjà aidé à choisir mon chapeau quand
so CORÉE, CHINE
j'abordai la question du prix. Le vendeur demanda d'abord douze yens. Celte prétention souleva un murmure de dérision dans la foule. Je répliquai en offrant un yen! Le vendeur descendit aussitôt à huit. Je montai à mon tour de quelques yens. Bref, en menaçant d'aller faire ailleurs mon emplette, j'amenai mon homme à la somme de quatre yens. La foule paraissait m'étre sympathique. Elle manifestait son approbation chaque fois que j'obtenais une diminution.
Nous tombâmes enfin d'accord pour trois yens. Mais alors le vendeur fit une dernière tentative, à laquelle je m'opposai résolument, pour me faire payer en plus les cordons qui attachent le chapeau coréen sous la gorge. La foule, devant cette prétention, poussa les hauts cris ; €l tous semblèrent ravis quand je partis triomphalement, coiffé du couvre-chef national. Us semblent prendre la vie facilement, ces enfants de la Terre du Malin Calme et je ne fus pas surpris d'entendre les missionnaires déclarer qu'avec ce peuple aimable, leur tâche était facile.
Tout homme qui voyage en Extrême-Orient est
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invinciblement tenté de faire une enquête, ap?'2oH, et lorsque l'opportunité s'en présente, sur les progrès— si progrès il y a — du christianisme parmi ces millions d'asiatiques. Jamais il n'y eut, depuis la mort du Christ, autant de prêcheurs de son Evangile; jamais autant d'énergie dépensée; jamais autant d'argent destiné aux églises et aux écoles; jamais non plus l'équipement intellectuel des professeurs ne fut aussi parfait.
Si l'on parle des Japonais (45 millions) on peut les considérer comme subissant une période de transition qui devrait les porter à adopter les religions européennes. Ils nous ont pris tant d'autres choses I II n'eut donc pas été surprenant de les vuir, en grande partie, durant les trente dernières années, se convertir au Christianisme.
Mais tel n'a pas été le cas.
En fait, nous ne voyons se dessiner aucun mouvement de ce côté. Gomme je me rendais en Corée, je longeai les côtes d'une province où, trois cents ans auparavant, six des grands seigneurs et tous leurs suivants étaient chrétiens.
Le jour de Pâques, j'allai à une église où, m'avait-on dit, je devais rencontrer le plus grand
nombre de chrétiens indigènes. Je trouvai une demi douzaine d'hommes — coUeclion assez réussie de types délabrés et abandonnés ; tout le Teste de l'assistance se composait de femmes et d'enfants. L'église était à moitié vide. Les paroles simples, éloquentes et convaincues du clergyman méritaient mieux !
Et voilà ce qu'en fait de christianisme la vieille capitale du Japon pouvait m'offrir de mieux !
Il est très difficile d'établir une statistique exacte des conversions en Extrême-Orient. Gomment le missionnaire pourrait-il les compter? Au moyen des baptêmes? Mais il sait parfaitement que beaucoup arrivent, reçoivent l'instruction et le baptême pour des motifs ultérieurs et qui n'ont rien de chrétien.
Si vous interrogez tranquillement, posément, -des vieillards qui ont consacré la plus grande partie de leur vie à ces labeurs, ils vous répondront peut-être, après avoir réfléchi, qu'ils comptent, disons une, deux ou trois conversions sincères et permanentes parmi toutes celles qu'ils ont pu faire.
Ne jugeons pourtant pas trop durement ni avec trop de malveillance les statistiques envoyées par
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les missionnaires. Ne leur prêtons pas surtout une fâcheuse tendance à exagérer sciemment le nombre des convertis ou des postulants.
Les missionnaires n'ont pas à juger les motifs réels de ces pauvres gens. N'entre-t-il pas bien dans la nature humaine, du reste, d'affirmer avec confiance le résultat d'une vie de labeurs consciencieux ?
Mais néanmoins il faut se rendre à l'évidence des faits. Et il est impossible pour tout observateur impartial de ne pas se convaincre irrésistiblement que dans la Chine, le Japon et la Corée, le christianisme ne fait aucun progrès réel.
Il peut y avoir certains endroits où la statistique témoigne d'une augmentation et même d'une augmentation constante. Mais où sont les signes de l'action du christianisme sur le cœur du peuple? Quelques liommes vont jusqu'à prétendre que le nombre des chrétiens sincères en Extrême-Orient décroît chaque jour lentement mais sûrement. Nous savons tous qu'il y eut une époque où l'Orient se rapprochait ostensiblement du christianisme. Au huitième siècle, Tempereur de la Chine rédigea un édit, où il
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recommandait à ses sujets les doctrines des missionnaires nestoriens.
Lorsque François-Xavier se rendit au Japon, des centaines de Japonais appartenant aux classes dirigeantes embrassèrent le christianisme. C'est en vain qu'on chercherait maintenant en Chine, au Japon, en Corée, un seul converti parmi la classe intelligente.
C'est en Corée qu'on peut étudier, dans ses conditions les plus favorables, l'œuvre des missions. Les persécutions ont disparu. Les habitants sont doux et bien disposés envers l'étranger. Sur treize millions de Coréens, les missionnaires en revendiquent à peu près soixante mille, appartenant à leurs différentes confessions. Ils affirment que le nombre en augmente chaque
année.
Je crois qu'il est facile d'apercevoir les motifs qui poussent ici, plus activement qu'en Chine ou au Japon, les orientaux à professer la foi chrétienne. Le peuple est lourdement taxé et plus lourdement encore écrasé et tyrannisé par les petits fonctionnaires.
La faiblesse du gouvernement central est extrême et les localités sont pressurées systémati-
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quement par le pouvoir des petits dcspotisrr.es fragmentaires.
Le peuple gémissant désespére'ment sous le fardeau est heureux de trouver un moyen quelconque de soulagement.
Il cherche un refuge qui le protège, et il le trouve quand il se place sous l'égide des missionnaires chrétiens.
Nous lisons dans un editorial du numéro d'avril de la Korean Review, un périodique dirigé avec infiniment d'intelligence par un ex-missionnaire protestant:
« Des centaines de personnes se présentent chaque année à l'admission des Missions Protestantes, espérant par là échapper à l'oppression officielle. »
Ces malheureux ne sont pas désappointés. Non seulement ils reçoivent une aide contre la dite oppression, mais encore ils ont l'appui des missionnaires dans toutes leurs querelles et procès avec leurs voisins, et, de plus, un ami puissant à la Cour s'ils se trouvent à venir prendre place sur le banc des prévenus.
Avouons-le: des plaintes continuelles contre les indigènes chrétiens sont adressées par les
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magistrats locaux au gouvernement impérial de Se'oul. Ces plaintes relèvent une grande partie du temps de l'attention des ministres étrangers qui ont à conserver la paix entre les missionnaires et leurs néophytes, et les Coréens, ou à régler les différends qui s'élèvent entre les convertis des diverses confessions.
Il y a quelque temps, des troubles fort sérieux éclatèrent dans la province de Hoang-Hai entre les membres des deux Eglises qui revendiquent ie plus grand nombre d'adhérents.
Finalement, le gouvernement envoya un inspecteur impérial. Son rapport constate que les missionnaires avaient, selon toutesles apparences, usurpé le pouvoir de la magistrature ; ils taxaient les habitants pour bâtir des églises, lançaient des mandats d'arrêt, et infligeaient des pénalités. «A l'exception de deux ou trois contrées, dit le Rapport, tous les magistrats ont dû subir cette oppression ; les mains liées, ils sont incapables de bouger... Ayant reçu l'ordre impérial d'étudier îa situation, j'ai entrepris cette tâche et chaque jour des foules de pétitionnaires envahissent la Cour. L'émission de mandats d'arrêts, sous l'influence des étrangers, étant un fait quotidien...
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Ceux qui les dirigent sont plus féroces que des léopards... Plusieurs d'entre eux ont des fusils étrangers, de sorte que les habitants des campagnes ont peur et n'osent pas agir... Un certain» nombre de ceux qui ont déjà été arrêtés, ont été délivrés par un missionnaire. » Le Rapport conclut en demandant l'autorisation d'employer les troupes pour en finir avec cette situation.
11 est difficile de juger exactement quelle est la position. Le Commissaire Impérial, dans son long rapport, n'établit pas de différence entre les actes des missionnaires et ceux de leurs prosélytes. Mais il est peu probable, par exemple, que la torture, employée contre des prisonniers, — accusation circonstanciée dont fait mention le Rapport, — ait été encouragée par les missionnaires européens, à quelque confession qu'ils appartinssent.
Si le Christ venait en Corée, tel serait l'état de choses qu'il trouverait parmi ceux-là qui devaient apporter aux païens son message de Paix à l'humanilé.
Les missionnaires appartiennent à cinq confessions principales. D'où cinq noms différents pour Dieu. Rien d'étonnant, par conséquent, si
les coolies et paysans coréens croient que ces noms représentent cinq divinités .différentes.
Ils trouvent, en outre, les missionnaires logés dans les plus belles résidences du pays. J'ai voyagé avec l'un d'eux qui allait voir sa femme et ses enfants que ses moyens lui permettaient de garder en Suisse et de visiter au cours de longs congés. D'autres abandonnent leur ministère pour s'adonner au commerce. L'un est maintenant propriétaire d'un hôtel eu voie de réussite, dans la capitale. Un autre exploite une très prospère maison d'édition. On est presque tenté ici de se laisser aller à une digresssion et à donner quelques aperçus biographiques qui ne manqueraient pas d'être fort amusants.
Je me rends cependant parfaitement compte de la délicatesse du sujet sur lequel j'écris. Sujet entouré de barrières étrangement infranchissables l Des hommes qui ont une certaine position n'osent pas dire ce qu'ils en pensent, de peur que leurs paroles ne soient mal interprétées chez nous. La puissance qui se cache derrière les missionnaires en Amérique surtout, mais aussi en Angleterre, est considérable. L'étiquette d « Athée » ou d' « Incroyant » peut facilement
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être épinglée au dos d'un ministre. Il arrive dès lors d'entendre, dans rintimilé, des opinions qu'on s« garde bien d'exprimer ouvertement pour éviter de compromettre sa position. Mais une religion qui ne peut résister à l'examen, ne mérite pas d'être suivie, pas plus que ne méritent d'être écoutés des prêtres qui ne sauraient soutenir l'épreuve de la critique. Pourquoi donc alors ce singulier sentiment qui obligea ne jamais parler de certains missionnaires qu'à voix basse ou qu'avec la crainte d'éveiller le chat qui dort ?
La conduite des missionnaires est tracée dans un très vieux livre et exprimée dans un style simple et net. A quoi bon chercher des complications pour les adapter à des nouvelles conditions ! Nous n'avons qu'à revenir aux vieilles choses !
Ces hurlements qui réclament des canonnières à ia simple rumeur de la persécution, ces hurlements ne sont pas Son Enseignement 1
On devrait complètement, entièrement abandonner ce fameux droit d'extraterritorialité accordé aux missionnaires et à leurs convertis. On ne devrait offrir aux conversions aucune récompense matérielle.
Directement ou indirectement, cet appât existe maintenant, sous une forme ou sous une autre, dans tout l'Orient.
Les missionnaires qui réussirent le mieux n*avaient rien de la sorte à proposer ! Ne mêlez donc pas les affaires et la politique à la religion. « Mon Royaume n'est pas de ce monde. » Ces Orientaux très avertis voient fort bien que nous prêchons une religion sans la pratiquer. Comment s'étonner si, parmi les classes intelligentes, nous ne faisons aucune conversion ? Ils ont vu le martyre de quelques missionnaires par la populace servir de pre'texteet d'excuse au pillage des provinces et à des guerres de représailles !
Cependant, si le Christ venait en Corée aujourd'hui, il verrait que tous n'ont pas oublié ses leçons. Il pourrait visiter une petite hutte en terre glaise, au toit de chaume, où vivent deux dames qui, depuis des années, n'ont cessé de parler de Lui; et tous les gens des environs les aiment et quelques-uns viennent prier avec elles, et elles sont devenues des Ermites, au milieu de cette étrange nation, dans le Royaume-Ermite.
Dans la [nudité d'une salle, près de laquelle j'écris, un homme de cinquante ans dirige une
classe. Il a quitté Paris depuis vingt-cinq ans. Jour par jour, il a suivi son chemin monotone et morne ; il a essayé d'instruire ce peuple. Certes, voilà bien une différence avec la vie des joyeux boulevards ! Cet hoinme est libre d'y revenir. Il demeure, cependant.
Des hommes de cette trempe n*ont nul besoin de je ne saisjquel droit d'extra territorialité I Ils n'ont nul besoin de di[)lomatespour leur envoyer des canonnières I Ils ne craignent pas pour leur vie. Ils l'ont sacrifiée déjà ; et chaque jour, les bras tendus, ils l'offrent comme suprême holocauste. Quand on entrevoit des vies telles que celle-ci, elles se fixent en traits lumineux dans l'esprit. Ces hommes sont une compensation pour la multitude de ceux qui vivent dans d'élégantes et confortables villas et semblent considérer l'appel sacré comme un moyen de se procurer un revenu assuré, sinon considérable, pourvu que leurs gouvernements leur procurent une protection complète.
Je ne crois pas que le Christianisme fasse de réels progrès en Orient avant l'abandon total du système actuel.
Un missionnaire de Canton me disait que si
tous les avantages temporels accordés aux convertis étaient retire's, il perdrait au minimum les quatre cinquièmes de ses fidèles ; mais il ajoutait qu'il préférerait au tout le cinquième qui lui resterait.
Il est temps qu'on étudie avec soin la question : il est temps que ceile-ci soit discutée sans chauvinisme ni terreurs !
Si nous voulons enseigner la Religion du Christ à ces peuples, il faut revenir à la méthode des Apôtres.
Si nous désirons que nos missionnaires soient des troupes d'escarmouches en avant de la civilisation et de l'armée d'occupation, — si nous avons l'intention d'imposer notre Foi aux peuples, — si nous voulons les obliger brutalement à croire, — si, à l'occasion, les missionnaires doivent servir d'appâts vivants pour attraper des provinces — soit, c'est fort bien !
Nos méthodes et notre politique sont tout à fait d'accord I
xMais croit-on que ce serait là la méthode de €elui qui a dit : « Mon royaume n'est pas de ce monde ? »