D IRKOUTSK A TOMSK
Départ d'Irkoutsk, — Le monastère de l'Ascension. — Krasnoyarsk, chemiu de traverse sur la route de l'Empire. — Les reines d'or du Haut- ï'eniseï. — Les mines de charbon. — Le commerce maritime. — Les Mammouths. — Atchinsk. — Tomsk boycotté. — Son Université, la munificence de ses bienfaiteurs. — Ses innombrables iuslilutions, clubs et hospices.
En quittant Irkoutsk, on rencontre le grand monastère de l'Ascension, à 4 verstes de la ville. Il fut fondé en 1G72 et est maintenant un des plus riches de la Sibérie. Il possède six églises, dont l'une renferme une châsse en or contenant les reliques de saint Innocent, premier évêque d'Irkoulsk, envoyé en mission ecclésiastique à
Pékin, et qui mourut en 1731. On le considèro comme le premier saint qui accomplit des miracles en Sibérie.
En longeant TAngara» on arrive à la station de Talma où se trouve une manufacture de drap, fondée par l'Etat au xviii^ siècle, époque où l'industrie privée ne s'aventurait pas si loin. Une verrerie y fonctionne également depuis loO ans ; mentionnons enfin une vaste distillerie où se fabrique le vodka. Toutes ces manufactures surgissent, pour notre étonnement, aux endroits les plus inattendus. A quelque distance de Talma, par exemple, sur la ligne du chemin de fer, on rencontre un dépôt d'argile réfractaire, qui vaut les meilleurs de la Belgique et où un marchand d'Irkoutsk, Perevalov, vint s'établir. Le dépôt est maintenant entre les mains d'une grande compagnie qui fabrique de bonne porcelaine, des faïences, des poteries, pour une valeur annuelle de 400.000 roubles. Ceci n'est qu'un faible exemple. J'en pourrais citer bien d'autres qui montrent comment les ressources naturelles du pays pourront se développer avec l'accroissement de la population.
Plus loin, vers Zima et Kuiton, la route na~
lionale de la Sibérie longe le chemin de fer qui tôt ou tard transportera l'immense quantité de thé que l'on voit maintenant sur le dos des chameaux ou dans de lourdes charrettes, traînées par de jeunes bœufs.
L'importation totale du thé de Chine en Russie s'élève à 90.000.000 de livres (livres anglaises) dont 61 .000.000 viennent de la frontière asiatique, en suivant la route nationale. La plus grande partie passe par Kiakhta, après avoir traversé le désert Gobi. Dès que le chemin de fer de la Mongolie sera en état de transporter les marchandises, il bénéficiera donc de tout cet immense trafic qui l'attend ; et le thé pourra être expédié directement de la grande muraille de la Chine à Moscou, par voie ferrée. Le thé, c'est un fait incontestable, perd de sa saveur en traversant Tocéan, malgré toutes les précautions dont on l'entoure, boites doublées en plomb, etc., et le parfum délicat du thé de Chine se conserve beaucoup mieux, quand le transport s'en fait par terre.
Près de Kinsk — le point le plus extrême au nord, après Atchinsk, qu'atteigne le Transsibérien,— la ligne traverse un terrain houiller,
sur un parcours de 143 kilomètres, lequel a bien été exploré, mais non exploité. Imaginez un peu l'avenir de ce district quand on aura le temps — et la population — nécessaires pour le développer ! En sortant de la ville, on passe sur un pont en fer, soutenu par trois arches de 85 mètres chacune. La ville, comme beaucoup d'autres, qui la suivent, est à quelque distance de la gare, mais cet éloignement n'a pas une très grande importance, l'existence même de la ville n'étant due qu'au Transsibérien et son seul commerce consistant dans le foin, fauché sur les riches prairies des environs, et expédié par voie ferrée à Iskoutsk. A Krasnoyarsk, un pont superbe traverse l'Yeniseï. Sa longueur est de 434 sazhens. Six grandes arches le soutiennent, plus deux petites sur chaque rive. En plus de la voie ferrée, il y a une route pour les voitures. Cette énorme construction a été dessinée et exécutée par des ingénieurs russes, et les matériaux en fer furent exclusivement manufacturés en Russie. Les piliers reposent sur des caissons pneumatiques, la profondeur des fondations étant de huit sazhens et demi. Les ingénieurs eurent l'avantage de pouvoir transporter sur la glace,
pendant l'hiver, le granit, provenant d'un village voisin, et toas les autres matériaux.
La station de Krasnoyarsk est importante ; elle est entourée de grandes usines qui occupent 2.000 hommes pour la fabrication du matériel accessoire du chemin de fer, la confection des wagons et les réparations des locomotives. La force motrice est l'électricité. Près de la gare on voit l'Ecole technique des chemins de fer, la première qui fut fondée en Sibérie. Beaucoup d'émigrants débarquent là, qui se rendent dans les districts de Minusinsk et de Krasnoyarsk. La ville est bien dessinée et les rues très larges. Mais le pavé est remarquable par son absence. Lors de mon passage, il .y avait environ 25 centimètres de poussière.
Vers le milieu du siècle dernier, c'était un centre aurifère beaucoup plus important qu'aujourd'hui. Des mineurs y réalisèrent de grosses fortunes. On raconte qu'ils souscrivirent pour l'érection d'une grande cathédrale qui s'écroula lorsqu'elle était sur le point d'être achevée. Un des propriétaires des mines d'or, Shchegoloiv, la rebâtit de ses deniers et fournit pour 500.000 roubles d'ornements.
Krasnoyarsk est destiné à être une cité importante. L'Yeniseï, qui la traverse, est navigable depuis sa source — ou presque — jusqu'à l'océan Arctique. Aux alentours de Minusinsk, son bassin est ricbe en mines d'or et de cuivre, en minerais de fer ; il contient aussi de vastes dépôts de houille. Le fleuve est pris par les glaces d'octobre à avril. Mais le reste de l'année, il permet à une flotte de trente steamers environ, de recevoir plus de marchandises qu'elle ne peut en transporter.
Joignez à ceci les avantages naturels delà villeet calculez son importance dans vingt-cinq ans d'ici.
Le bassin de l'Yeniseï est un des plus grands qui soient au monde.
La superficie du fleuve atteint 1.380.000 milles carrés alors que celle du Missouri et du Mississipi réunis n'est que de 1.250.000 milles carrés.
Près de Minusinsk, au haut de la rivière est un district environné de miontagnes, où la température pendant la plus grande partie de l'année ressemble à celle de l'Italie. Ce véritable oasis, au milieu de la Sibérie, fut aussi un réel Eldorado, quand on y trouva des alluvions d'or, provenant des montagnes des alentours.
ET MANDCHOIJRIE 337
Un mineur américain, qui prit notre train à Krasnoyarsk, me dit qu'il y avait très peu de différence entre cet or et celui qu'on recueille sur les bords du Pacifique, à San-Francisco. Il ne s'occupait que de ces alluvions ; mais il me dit que la source d'où provenait cet or était fort peu exploitée et que le pays tout entier n'avait été que très incomplètement exploré. ÎSégligés aussi les riches gisements de cuivre de la région.
Près des mines de fer, exploitées depuis un demi-siècle, on voit les traces de vieux chantiers que les savants disent dater des temps préhistoriques.
Nulle part au monde, Thistoire humaine ne peut être retracée avec les instruments de bronze et de fer, aussi complète et aussi détaillée qu'aux mines de Minusinsk, Krasnoyarsk et Yeniseisk. Plusieurs tentatives ont été faites en vue d'établir une ligne régulière entre la Sibérie Centrale et l'Europe, via l'Yeniseï et la mer de Kara. En 4896, le capitaine anglais Wiggins remonta le fleuve jusqu'à l'Eureika ; c'est-à-dire pendant quelques centaines dé kilomètres. Mais là il fut bloqué par les glaces, durant le reste de l'hiver.
L'année suivante, un Sibérien, riche et entreprenant, M. Sideroff, fit le voyage jusqu'à Saint- Pétersbourg.
Dans le courant de la même année, un autre navire partait de la Russie et atteignait Tembouchure de l'Yeniseï.
Ce fut en 1878 que Nordenskjold organisa sa célèbre expédition pour aller explorer la côte nord de la Sibérie. De sa flotte, composée de 4 bâtiments, deux seulement, le Fraser et "Express, purent remonter l'Yenisseï. En 1879, Londres expédia une cargaison de thé aux ports intérieurs de la Sibérie, et on crut pouvoir espérer que des lignes de steamers allaient être inaugurées avec profit en vue d'un commerce direct avec TEurope. Une compagnie se forma pour envoyer de l'Angleterre les machines et matériaux nécessaires à la construction d'un chemin de fer. Mais les glaces de la mer de Kara, les difficultés, les incertitudes et les périls de la navigation sur le fleuve opposèrent tant d'obstacles au projet qu'on mit en doute les bénéfices à venir d'une semblable exploitation. Vn brise-glaces russe, envoyé pour ouvrir un passage, à l'endroit où le fleuve se jette dans la mer de Kara,
ET MANDCnOURIE 239
fut obligé de revenir; dès lors, les tentatives furent définitivement abandonnées.
D'où il ressort évidemment que le commerce de tout le bassin de l'Yeniseï, en ce qui concerne l'étranger, dépendra complètement des chemins de fer. Je ne crois pas qu'on attende longtemps avant d'être obligé de doubler la voie ferrée sur tout son parcours actuel.
Parmi les grands cours d'eau qui ont joué un rôle dans la civilisation, tels que le Nil, le Danube et le Rhin, l'Yeniseï, qui est un fleuve beaucoup plus important, aura son jour dans l'histoire. Et les signés précurseurs de ce jour s'annoncent partout.
L'histoire primitive de cette région, telle que nous la racontent les géologues, est pleine d'intérêt.
On a des preuves convaincantes de la détérioration du climat — dans la partie septentrionale surtout. Le grand changement qui eut lieu est prouvé par les milliers de mammouths et de rhinocéros dont on trouve les restes dans le cercle arctique. On en trouva principalement dans les Iles de la Nouvelle Sibérie, où l'on lit un commerce très prospère des défenses de mam-
mouths. Sannikof, en 1810, découvrit avec une grande quantité d'ivoire, des squelettes de chevaux, de bisons et de moutons. Il était donc évident que des troupeaux entiers de graminivores avaient habité ces régions. Entre Yeniseïsk et Yakoutsk, très loin dans l'intérieur, Sladling trouva un squelette de mammouth couvert de deux mètres de terre environ et reposant sur des glaces, qui faisaient fonction de rochers et dont il fut impossible d'évaluer l'épaisseur. La nourriture qu'il trouva dans l'estomac se composait de petites branches d'arbres semblables à ceux qu'on voit encore dans celte région. Les os avaient été fendus avec des instruments en pierre, comme on les fend encore habituellement pour en extraire la moelle. Le fait de trouver ces instruments à proximité du squelette démontre l'existence des hommes à la même époque.
Le mammouth est supposé être venu de l'Asie orientale ; il devait être, par nature, un animal des climats chauds et tempérés. Mais dans la Sibérie occidentale, et d'après les spécimens découverts en excellent état de conservation, il aurait acquis une sorte de toison, — ce qui ne permet pas d'affirmer qu'il eut pu vivre sous le climat actuel.
Le changement clirnatérique s'explique par la théorie qui suppose dans les temps reculés, correspondant peut-être avec le déluge dont parle la Bible, un grand affaissement de l'Asie Centrale, s'étendant vers l'ouest depuis le bassin de l'Yenisseï jusqu'aux Monts Oural. La mer intérieure se serait ainsi créée, et aurait augmenté l'humidité de l'atmosphère, en abaissant la température sur cette partie du continent. Suivant cette théorie, les animaux dont on trouve les restes avec une telle abondance auraient vécu sur les hauteurs. Vers la fm de la période d'affaissement, ils n'auraient pu supporter la sévérité du froid qui suivit et se seraient éteints.
Suivant le docteur Wright, il ne devait pas y avoir, durant la période glacière, une étendue de glaces aussi considérable dans les centres de l'Asie glaciale que dans les centres du Nord-Ouest de l'Europe et du Nord de l'Amérique septentrionale.
On trouve des preuves de changements récents de nivPiau sur toute cette étendue, dans les dépôts d'alluvion qui couvrent la plaine intérieure et enveloppent complètement le bassin compris entre le fleuve et les Monts Oural.
La région atteinte par la dépression comprend une superficie de 3.000.000 de milles carrés; et celte dépression — dans certaines parties tout au moins — alla jusqu'à 3.000 pieds de profondeur. Ce fut alors que s'accumulèrent avec le sol fertile des vastes prairies de la Sibérie occidentale, les terrasses et les deltas de loess, qui environnent les frontières du Sud et de l'Est du Turkestan.
Dans le même temps, se formaient ces étendues couvertes de loess qui fournissent les plus riches champs de blé à la Russie. C'est à l'existence de ce loess, ou terre noire, dont j'ai si souvent parlé, que sera due la repopulation de la Sibérie. Je dis repopulation à dessein. Car, c'est un fait connu de l'Histoire, pendant plusieurs siècles de l'ère chrétienne, la Russie lut beaucoup plus peuplée qu'elle ne l'est aujourd'hui. Mais alors que cette population était en grande partie nomade, les paysans russes qui émigrent aujourd'hui en si grand nombre, vont travailler et cultiver un sol qui peut recevoir une population aussi nombreuse que celle de la Chine elle-même.
Le développement de l'Agriculture aidera à la prospérité des mines et, en retour, celles-ci
aideront celle-là en créant un marche' local pour les denrées.
En quittant Krasnoyarsk, la ligne s'engage dans un pays montagneux, très pittoresque, et monte graduellement en contournant la rivière Ghulym après l'avoir passée. Elle traverse alors la fertile région qui environne Atchinsk et produit déjà d'énormes quantités de grains exportés dans l'Est par le Transsibérien, à Tiumen par les rivières Chulym et Ob, et de là sur les marchés européens. Atchinsk a beaucoup d'analogie avec Krasnoyarsk. Gomme cette dernière ville, elle a une gare où passent beaucoup de colons et possède une station médicale et alimentaire. Un embranchement de la ligne conduit les emigrants jusqu'aux rives du fleuve, d''où ils gagnent Tintérieur des terres. La ville augmente rapidement depuis la construction du chemin de fer. La route nationale de la Sibérie la traverse.
Plus loin, Marinsk est située sur la rive gauche delà Kiya, traversée par un superbe pont en fer. La proximité des mines d'or explique peut-être le fait que la majorité de la population est juive. La ligne traverse ensuite un pays plat couvert de forêts vierges très épaisses où
dominent le pin et le bouleau. Les kilomètres filent uniformes, sans aucune éclaircie, et dans ces fourrés, qui semblent n'avoir jamais été explorés par l'homme au-delà de la voie ferrée, il paraît aussi facile de se perdre que dans les bois australiens. Telle est la contrée qui environne la station de Taiga, d'où un embranchement mène à Tomsk. Il est difficile de comprendre pourquoi la voie ferrée a boycotté Tomsk, qui, comme population, est la première ville de la Sibérie (52.430 habitants, au recensement de 1897). On m'en expliqua ainsi la raison : les habitants furent délicatement prévenus qu'ils avaient à payer des pots-de-vin s*ils voulaient avoir le chemin de fer. Ils refusèrent de se prêter au chantage des ingénieurs. Quoi qu'il en fût, la ligne passa à cinquante milles de Tomsk. On donna pour excuse les grandes difficultés du parcours. Elles ne sont guère apparentes cependant lorsqu'on voyage sur l'embranchement qui, du reste, n'entre pas dans la ville, mais s'arrête à deux milles de distance. Il semble que les ingénieurs, contraints enfin de bâtir cette ligne, se soient promis delà rendre aussi incommode que possible pour les habitants trop près de leurs
ecus ! L'histoire intime du Transsibérien serait sans doute fort intéressante si tous les faits étalent connus.
Un trajet de quatre heures nous amène à Tomsk, et après avoir été un peu secoués par un droski, nous arrivons à l'Hôtel Européen. Les chemins sont affreux et je compris alors seulement la raison ou l'excuse des étreintes auxquelles se livrent en cours de route les hommes cramponnés à leurs compagnes de voyage. C'est là une coutume du pays que j'ai vue adoptée avec une facilité exceptionnelle par mes voisins du train I Tomsk, comme toutes les grandes villes sibériennes, est une surprise pour l'étranger. La lumière électrique éclaire des rues où l'on enfonce dans la boue et dans la poussière. Au club, dont la fai^ade est fort joliment ornée d'une colonnade, se vident plus de bouteilles, surtout de bouteilles à bouchon doré, que dans n'importe quel club de Londres. Tomsk, depuis 1880, possède la seule Université Impériale de la Russie d'Asie. Cette belle et solide construction est entourée de jardins dessinés avec goût. Elle est beaucoup trop grande pour le nombre d'étudiants actuels, mais, comme dans d'autres institutions
246 COBÉE, cniNE
8imilaires, on a réservé volontairement une vaste marge pour l'accroissement futur du pays.
Il n'}^ eut d'abord qu'une faculté' de médecine qui, pendant dix ans, reçut une moyenne d'un millier d'étudiants, pour la plupart fils d'exilés politiques. Ces jeunes esprits cultivés saisirent avec empressement l'opportunité de s'ouvrir une carrière plus appropriée à leurs goûts que les métiers de cultivateur, de mineur ou de commerçant. L'Université dota donc le pays d'un jeune corps médical fort remarquable, contribua à la civilisation de la Sibérie et devint un centre de ralliement intellectuel qui permit aux nombreux savants et explorateurs, qui se sont répandus dans toute la Sibérie, d'échanger des idées. Plusieurs expéditions scientifiques partirent de Tomsk pour le nord de l'Asie ; les résultats de leurs recherches ont été universellement appréciés. Le musée botanique et zoologique possède des collections très complètes rapportées des régions polaires, entre autres celles que Nordenskjold ramena de ses voyages sur la Véga. Le musée minéralogique et géologique ne vaut pas moins et est d'une grande utilité pratique. Celui de l'archéologie et de l'ethno-
ET MANDCnOURIË 247
graphie fut institué par Fiorensky, un des fondateurs de l'Université. On y voit nne remarquable collection d'antiquités de Tobolsk, extraite des kurgans. Ces collections s'enrichissent souvent grâce aux dons de russes opulents et généreux. Les millionnaires sibériens, surtout ceux qui firent une fortune rapide avec les mines, sont d'une munificence admirable qui se manifeste sous la forme de constructions ou de présents aux églises ; à Tomsk, elle se retourne vers la science. Citons une importante collecliou de livres, d'estampes, de croquis scientifiques, offerte par le comte Stroganov. Elle fut le noyau de la bibliothèque actuelle qui comprend plus de cent mille volumes. Cet exemple fut suivi par le prince Galitzine, le poète Zukovsky, les héritiers du comte Litke ; et les dons de bibliothèques particulières appartenant à des hommes célèbres, tels que le professeur Gneist, de Berlin, (10.000 volumes), le comte Yalœv, ancien ministre de l'Intérieur (9.000 volumes) et bien d'autres, vinrent s'y ajouter.
En 1898 on fonda une faculté de droit et un grand laboratoire de chimie. Une autre preuve de la générosité de ces Russes opulents se
trouve dans la somme ^de quatre millions de roubles offerte jusqu'à présenta l'Université pour des bourses. 11 faut mentionner aussi de nombreuses institutions de charité qui sont dirigées par un bureau de l'Assistance Publique: un hôpital, une maison des pauvres, un asile d'aliénés, un asile pour les enfants, une crèche, un orphelinat, un asile de nuit, une société de soupes à bon marché, des missions et des sociétés charitables orthodoxes, etc., voici quelques-unes seulement des nombreuses institutions de cette remarquable cité. Il faut encore y ajouter la maison des pupilles pauvres du séminaire de Tomsk et une société de bienfaisance pour les étudiants de l'Université. Un écrivain a dit que presque tous les Américains étaient des généraux ! On peut dire que presque toutes les maisons de Tomsk sont des institutions de charité et d'éducation. Mais le nombre des différentes Sociétés est encore supérieur: Société de la Croix-Rouge, Société Humanitaire Impériale Russe, Société de Secours Mutuels desCommis, Société de Docteurs et Naturalistes, Société Catholique de Bienfaisance, Société des Ecoles du Commerce et de TAgriculture, Sociétéde Secours Mutuels pour les femmes, Société Musicale Im
ET MANDCHOORIE 249
périale Russe, Société des Sportsmen, Société d'Horticulture, la Coopérative de Tomsk, la Coopérative des IChemins de fer, Société des Pompiers volontaires, Société de Courses, Club des Jockeys, Société des Agriculteurs de l'Ouest Sibérien, etc., etc. Une Société s'est même fondée pour le développement physique. Elle a bâti des bains publics et envoie lés enfants faibles à la campagne, pendant l'été. Il y a un grand club d'ouvriers. On pourrait presque dire qu'il y en a un pour les habitants préhistoriques de la Sibérie, car un club spécial s'occupe d'étudier leurs habitudes au point de vue anthropologique.
Cette liste est certes suffisante pour répondre aux besoins d'une population qui se chiffrerait par deux ze'ros ajoutés au nombre actuel.