CHAPITRE m
Lettre itOsit/ald à Corinne.
CeMJ*avler iTStt.
« Vous refusez de me voir ; vous êtes offensée de notre eon- > versation d'avant-hiei ; vous vous proposez sans doute de ne
• plus admettre à l'avenir chez vous que «os compatriotes : voua
■ voulez expier apparemment le tort que vous avez eu de rece-
■ voir un homme d'uoe autre nation. Cependant , loin de me
■ repentir d'avoir parlé avec sincérité sur les Italiennes , à
> vous que dans mes chimères je voulais considérer comme
• une Anglaise, j'oserai dire, avec bien plus de force encore, que
■ vous ne trouverez ni bonheur ni dignité , si vous voulez faire
■ choix d'un époux au milieu de la société qui vous environne.
> Je ne connais pas un homme parmi les Italiens qui puisse vous
■ mériter ; il n'en est pas un, qui vous honorât par son alliance,
• de quelque titre qu'il vous revêtit. Les hommes, en Italie, « valent beaucoup moins que les femmes; car ils ontlesdéfouts « das femmes , et les leurs propres en sus. Me persuaderez -vous
■ qu'ils soient capables d'amour , ces habitants du Midi qui
■ fuient avec tant de soin la peine , et sont si décidés au bon- ' heur? N'avez-vous pas vu (je le Uens de vous ) le mois dernier,
• au spectacle,uu homme qui avait perdu huit jours auparavant
■ sa femme, et une femme qu'il disait aimer? On veut ici se « débarrasser le plus tôt possible , et des morts , et de l'idée de
■ la mort. Les cérémonies des funérailles sont accmnplies par n les prêtres , comme les soins de l'amour sont observés par les « cavaliers tervants. Les rites et l'habitude ont tout prescrit ' d'avance) les regrets et l'enthoustasme n'y sont pour tien. X EMn, et c'est là surtout ce qui détniit l'amour, les hommes " u'iDspirent aucun genre de respect aux femmes ; elles ne leur " saventaucungrédeleur soumission, parce qu'ilsn'ontaucime ■■ fermeté de caractère , aucune occupation sérieuse dans la vie. " Il faiit, pour que la nature et l'ordre social se montrent dans
■ toute leur beauté, que l'homme suit protecteur et la femme
■ prot^ée; maisquece protecteur adore la faiblesse qu'il défend, •> et respecte la divinité sans pouvoir , qui , comme ses dieux " pénates , porte bonheur à sa maison. Ici l'on dirait presque » que les femmes sont le sultan , et les hommes le sérail.
D Les hommes ont la douceur et la souplesse du caractère des
• femmes. Un proverbe italien dit : Qui ne sait pas feindre ne •• lait pas viore. Kestrce pas là un' proverbe de femme? et eu
• effet , dans un pays où il n'y a ni carrière militaire , ni iustito-
■ tion libre , commeot un homme pourrait-il se former h la diflgnitéetà la force? Aussi tourneBt-ils tout leur esprit vots
■ l'habileté ; ils joueat la vie comme une partie d'échecs , dans a laquelle le succès est tout. Ce qui leur reste des-souveoiis de
• l'antiquité , c'est quelque chose de gigantesque dans les ei-
• pressions et dans la maguiOceace extérieure; mais, à câté de
■ cette grandeur sans base , vous voyez souvent tout ce qu'il y
■ a de plus vulgaire dans-les godts, et de plus misérablement né-
• gligé dans la vie domestique. Est-ee là , Corinoe , la nation
■ que vous devez préférer A toute autre? estce elle dont les
■ bruyants applaudissements vous sont si nécessaires, que
> toute autre destinée vous paraitrait silencieuse à câté de ces
• bravos retentissaiits f Qui pourrait se flatter de vous rendre
■ heureuse en vous arrachant à ce tumulte ? Vous Êtes une per-
■ Bonne inconcevable, profonde dans vos sentimenls , et légère
■ daDtvosgodls, indépendante par la fierté de votre âme, et
• cependant asservie par le besoin des distractions ; capable d'ai- < mer un seul , mais ayant besoin de tous. Vous êtes une magi-
• cieone qui inquiétez et rassurez alternativement qui vous
> montrez sublime, et disparaissez tout à coup de cette région
■ où vous êtes seule , pour vous confondre dans la foule. Co-
• rinne , Corinne , on ne peut s'empêcher de vous redouter en
• vous aimaot!