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de m'épouser il ne se mêlait aucun motif intéressé; mais le grand tort de madame d'Arbigny était de faire une entreprise du semiment.de mettre de Tadresse là où ilsufOsait d'aimer, et de diasirauleiL sans cesse , quand il eût mieux valu montrer tout simplement ce qu'elle éprouvait; carelle m'aimait alors autant qu'oD peut aimer quand on combine ce qu'on fait, presque même ce que l'on pense , et que l'on conduit les relations du cœur comme des intrigues politiques.
La tristesse de madame d'Arbigny ajoutait encore à ses charmes extérieurs , et lui donnait une expression touchanre qui me plaisait extrêmement. Je lui avais formellement déclaré que je ne me marierais point sans le consentement de mon père; mais je ne pouvais m' empêcher de lui exprimer les transports que sa (igure séduisante excitait en moi; et comme il entrait dans ses projets de me captiver à tout prix , je crus entrevoir qu'elle n'était pas invariablement résolue à repousser mes désirs : et maintenant que je me retrace ce qui s'est passé entre nous , il me semble qu'elle hésitait par des motifs étrangers à l'amour , et que ses combats apparents étaient des délibérations secrètes. Je me trouvais seul avec elle tout le jour; et, malgré les résolutions que k délicatesse m'inspirait, je ne pus résistera mon entraînement, et madame d'Arbigny m'imposa tous les devoirs eu m'accordant tous les droits. Elle me montra plus de douleur et de remords que peut-être elle n'en avait réellement, el me lia fortement à son sort parson repentir même. Je voulais la mener en Angleterre avec moi, la faire connaître à mon père, et le conjurer de consentir à mon union avec elle ; mais elle se refusait à quitter la France sans que je fusse son époux. Peut-être avaitelle raison en cela; mais, sachant bien de tout temps que je ne pouvais me i^udre à l'épouser sans l'aveu de mon père, elle avait tort dans les moyens qu'elle prenait, et pour ne pas partir, et pour me retenir , malgré les devoirs qui me rappelaient en Anglelerre.
Quand la guerre fut déclarée entre les deux pays , mou désir de quitter la France devint plus vif , et les obstacles qu'y opposait madame d'Arbigny se multiplièrent. Tantôt elle ne pouvait obtenir un passe-port; tantôt, si je voulais partir seul, ell.'
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m'assurait qu'elle serait compromise en restant en Frauce après mon départ , parce qu'on la soupçonnerait d'être en correspondance atec mot. Cette femme si douco , si mesurée , se livrait par moment à des accès de désespoir qui bouleversaient entièrement mon âme ; elle employât les attraits de sa ligure et les grâces de son esprit pour me plaire , et sa douleur pour m'intimider.
Peut-être les femmes ont-elles tort de commander au nom des larmes, et d'asservir ainsi la force à leur faiblesse ; mais qiiand elles ue craignent pas d'employer ce moyen , il réussit presque toujours, au moins pour un temps. Sans doute le sentiment s'affaiblit par l'empire même que l'on usurpe sur lui , et la puissance des pleurs, trop souvent exercée, refh)idit l'imagination. Mais il y avait en France, dans ce temps, mille occasions de ranimer l'intérêt et la pitié. La santé de madame d'Arbigny paraissait aussi tous les Jours plus faible ; et c'est encore un terrible moyen de domination pour les femmes que la maladie. Celles qai n'onipascommevous, Corinne, une juste confiance dans leur esprit et dans leur âme, ou celles qui ne sont pas , comme nos Anglaises, si lîères et si timides que la feinte leur est impossible , ont recours à l'art pour inspirer l'attendrissement; et le mieux que l'on puisse attendre d'elles alors, c'est que la dissimulation ait pour cause ud sentiment vrai.
Un tiers se mêlait à mon insu de mes relations avec madame d'Ariàgny ; c'était M. de Maltigues : elle lui plaisait , il ne demandait pas mieux que de l'épouser, mais une immoralité réfléchie le rendait indifférent à tout ; il aimait l'intrigue comme un jeu, même quand le but ne l'intéressait pas , et secondait madame d'Arbigny dans le désir qu'elle avait de s'unir à moi , quitte à déjouer ce projet si l'occasion de servir le sien se présentait. Cétait UD liomme pour qui j'avais un singulier éloignement : à peine âgé de trente ans, ses manières et son extérieur étaient d'une sécheresse remarquable. En Angleterre , ou l'on nous accuse d'être froids, je n'ai rien vu de comparable au sérieux de son maintien-, quand il entrait dans une cliambre. Je ne l'aurais jamais pris pour un Français, s'il n'avait pas eu le goût de la plaisanterie , et un besoin de parler, très-bizarre dans
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uo homme qui paraissait blasé sur tout, eF qui metUiit cette disposition en système. Il prétendait qu'il était ué très-sensible , très-enUiousiaste ; mais que la connaissance des bommes , dans )a révolution de France , l'avait détrompé de tout cela. H avait aperçu , disait-il , qu'il n'y avait de bon dans ce monde que la fortune ou le pouvoir , ou tous les deux , et que les amitiés , en général , devaient être considérées comme des moyens qu'il faut prendre ou quitter, selon les circonstances. Il était assez habile dans la pratique de cette opinion ; il n'y disait qu'une Ëiute , c'était de ta dire ; mais, bien qu'il n'eût pas, comme les Français d'autrefois, le désir de plaire, il lui restait le besoin de faire effet par la conversation , et cela le rendait très-imprudrat : bien différent en cela de madame d'Arbigny, qui voulait atteindresoa but, mais qui ne se trahissait point comme M. de Maltigues, eu cherchant à briller par l'immoralité mSme. Entre ces deux personnes, ce qui était bizarre, c'est que la plus vive cachait bien sonsecret, et que l'homme froid ne savait pas se taire.
Tel qu'il était, ce M. de Maltigues, il avait uu ascendant singulier sur madame d'Arbigny; il la devinait, ou bien elle lui conOait tout. Cette femme, habituellement dissimulée, avait peut-être besoin de faire de temps en temps une imprudence , comme pour respirer; au moins est-il certain que quand M. de Maltigues ta regardait durement, elle se troublait toujours; s'il avait l'air mécontent, elle se levait pour le prendre à part; s'il sortait avec hiuneur, elle s'enfermait presque à l'instant pour lui écrire. Je m'expliquais cette puissance de M. de Maltigues sur madame d'Arbigny, parce qu'il la connaissait dès son enfance, et dirigeait ses affaires depuis qu'elle n'avait pas de plus proche parent que lui ; mais le prindpal motif de ces ménagements singuliers, c'était le projet qu'elle avait formé, et que j'appris trop tard , de l'épouser sije la quittais; car elle ne voulait à aucun prix passer pour une femme abandonnée. Une telle résolution devrait faire croire qu'elle ne m'aimait pas, et cependant elle n'avait, pour me préférer, aucune raison que le sentiment; mais elle avait mêlé toute sa vie le calcul à l'cntrainement, et les prétentions factices de la société aux affectioas naturelles. Elle pleurait, parce qu'elle était émue; mais elle
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pleurait aussi , parce que c'est ainsi qu'on attendrit. Elle était heureuse d'être aimée parce qu'elle aimait , mais aussi parce que cela fait honneur dans le monde; elle avait de bons sentiments quand elle était toute seule , mais elle n'en jouissait pas si elle ne pouvait les faire tourner au profit de son amour-propre ou de ses désirs. C'était une personne formée par et pour la bonne compagnie , et qui avait cet art de travailler le wai , qui se rencontre si souvent dans les pays ou le désir de produire de l'effet par ses sentiments est plus vif que ces sentiments mêmes.
Je n'avais pas, depuis longtemps, de nouvelles de mon père, parce que la guerre avait interrompu sa correspondance avec moi. Une lettre enfin m'arriva par une occasion : il m'adjurait de partir, au nom de mon devoir et dl sa tendresse ; il me déclarait en même temps , de la manière la plus formelle , que si j'épousais madame d'Arbigny , je lui causerais une douleur mMtelle, et me demandait au moins de revenir libre en Angleterre , et de ne me décider qu'après l'avoir entendu. Je lui répondis à l'instaut , en lui doimant ma parole d'honneur que je ne me marierais pas sans son consentement , et l'assurant quedans peu je le Kjoindrais. Madame d'Arbigny employa d'abord la prière, puis le désespoir, pour me retenir; et voyant enfin qu'elle ne réussissait pas , je crois qu'elle eut recours à la ruse; mais comment alors aurais-je pu te soupçonner?
TJn matin elle arriva chez moi, pâle, éclievelée, et se jeia dans mes bras , en me suppliant de la protéger : elle paraissait mourir de frayeur. A peine pus-je comprendre , à travers son émotion , que l'ordre était venu de l'arrêter, comme sœur du comte Raimond , et qu'il fallait que je lui trouvasse un asile pour la dérober à ceux qui la poursuivaient. A cette- époque mSme des femmes avaient péri , et toutes les terreurs paraissaient naturelles. Je la menai chez un négociant qui m'était dévoué ; je l'y cachai, je crus la sauver ; et M. de Maltigues et moi nous avions seuls le secret de sa retraite. Comment , dans cette situation, ne pas s'intéresser vivement au sort d'une femme comment se séparer d'une personne proscrite? Quel est le jour, quel est le moment où il se peut qu'on lui dise : Vous avez compté sur mon appui , et je vous le retire ? Cependant le ss- D,mi,.=db, Cookie
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souvenir de mon père me poursuivait coDtiaueUement , et , dans plusieurs occasions, j'essayai d'obtenir de oiadame d'Arbigny la permission de partir seul ; mais elle me meuaça de se livrer à ses assassins si je la quittais , et sortit deiu fois en pleia jour, dans un trouble affreux qui ine pénétra de douieuretde crainte. Je la suivis dans la rue, en la conjurant en vain de revenir. Heureusement, par basard ou par combinaison, nous rencontrâmes chaque fois M. de Maltigues, et il la ramena, en lui faisant sentir l'imprudence de sa conduite. Alors je me régnai il rester, et J'écrivis à mon père , en motivant , autant que je le pus, ma conduite; mais je rougissais d'Être en France au milieu des événements affreux qui s'y passaient , et lorsque mon pays était en guerre avoihles Francis.
M. de Maltigues se moquait souvent de mes scrupules ; mais , tout spirituel qu'il était , il ne prévoyait pas, ou ne sedonnatt pas la peine d'observer l'effet de ses plaisanteries, car elles réveillaient en moi tous les sentiments qu'il voulait éteindre. Madame d'Arbigny remarquait bien l'impression que je recevais; mais elle n'avait point d'empire sur M. de Maltigues, qui se décidait souvent parle caprice, au défaut de l'intérêt. Elle recourait, pour m'attendrlr, b, sa douleur véritable, à sa douleur exagérée ; elle se servait de la faiblesse de sa sauté autant pour plaire que pour toucher; car elle n'était jamais plus attrayante que quand elle s'évanouissait à ntbs pieds. Elle savait embellir sabeautécomine tout le reste de ses agréments , et ses charmes extérieurs eux-mêmes étaient liabilement combinés avec ses émolions pour me captiver.
Jevivaisainsi toujours troublé, toujours incertain , tremblant quand je recevais une lettre de mon père, plus malheureux enixire quand je n'en recevais pas, retenupar l'attrait que je ressentais pour madame d'Arbigny , et surtout par la peur de son désespoir; car, par un mélange singulier, c'était la personne la plus douce dans l'habitude de la vie, la plus égale, souvent même la plus enjouée, et néanmoins la plus violente dans une scène. Elle voulait enchaîner par le bonheur et par la crainte , et transformait ainsi toujours son naturel en moyens. Un jour (c'était au mois de septembre 1703), il y avait plus d'un an déjà
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que j'étais en Fraocejereçua uoe lettre de mon père, conçue en peu de mots ; mais ces mots étaient si sombres et si douloureux, qu'il faut, Corione, m'épargnerde vouslesdire;ilsme feraient tropde mat. Mon pèreétaitdéjâ malade, mais il ne me le dit pas ; sa délicatesse et sa Gerté l'en empêchèrent. Cependant toute sa lettre exprimait tant de douleur, et sur mon abseuce et sur la possibilité de mon mariage avec madame d'Arbigny, que je ne conçois pas encore comment, eu la lisant, je n'ai pas prévu le malheur dont j'étais menacé. Je fus assez ému néanmoins pour ne plus hésiter, et j'allai chez madame d'Arbigny, parfaitement déddé à prendre congé d'elle. Elle aperçut bien vite que mou parti était pris ; et, se recueillant en elle-même, tout à coup elle se leva et me dit : — Avant de partir il faut que vous sachiez un secret que je rougissais de voua avouer. Si vous m'abandonnez , ce ne sera pas moi seule que vous ferez mourir, et le ftmi de ma honte et de mon coupable amour pérbra dans mon sein avec moi. — Rien ne peut exprimer l'émotion que j'éprouvai; ce devoir sacré , ce devoir nouveau s'empara de toute mon Sme, et je fus soumis à madame d'Arbigny comme l'esclave le plus dévoué.
Je l'aurais épousée, comme elle le voulait , s'il ne se fût pas rencontré dans ce moment les plus grands obstacles à ce qu'un Anglais pût se marier en France.en déclarant, comme illefallait, son nom à l'officier civil. J'ajournai donc notre union jusqu'au moment où nous pourrions aller ensemble eu Angleterre, et je résolus denepas quitter madame d'Arbigny jusqu'alors : elle se calma d'abord, quand elle fut tranquillisée sur le danger prochain de mon départ; mais elle recommença bientdt après à se plaindre, et à se montrer tour a tour blessée et mal* heureuse, de ce que je ne surmontais pas toutes les difllcultés pour l'épouser. Taurais fini par céder à sa volonté ; j'étais tombé dans la mélancolie la plus profonde; je passais des jours entiers ^ez moi, saus pouvoir en sortir; j'étais eu proie à une idée que je ae m'avouais jamais , et qui me persécutait toujours. J'avais un pressentiment de la maladie de mon père , et je ne vonlais pas croire à mon pressentiment, que je prenais pour une faiblesse. Par une bizarrerie, résultat de l'effroi que me causait
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la douleur de madame d'Arbigoy, je combattais mon devoir comme UDe passioD; et ce qu'on aurait pu croire une passion me tourm^itait comme un devoir. Madame d'Arbigny m'écrivait sans cesse pour m'engager à venir chez elle ; j'y venais , et quand je la voyais je ne lui parlais pas de son état, parce que je n'aimais pas à rappeler ce qui lui donnait des droits sur moi; il me semble à présent qu'elle aussi m'en parlait moins qu'elle n'aurait du le faice; mais je souffrais trop alors pour rien remarquer.
EnGn, une fois que j'étais resté trois jours chez moi, dévoré' de remords, écrivant vingt lettres à mon père et les décbirant toutes, M. de Maltigues , qui ne venait guère me voir , parée que nous ne nous convenions pas, arriva, député par madame d'Arbigny pour m'arracher à ma solitude, mais s'intéressant assez peu, comme vous allez en [uger, au succès de son ambassade. 11 aperçut en entrant, avant que j'eusse eu le temps de le cacher, que j'avais le visage couvert de larmes. — - A quoi bon cette douleur, mon cher? me dit-il; quittez ma cousine, ou bien épousez-la : ces deux partis sont également bons, puisqu'ils en finissent. — 11 y a des situations dans la vie, lui lépondis-je, où , même en se sacriQant , on ne sait pas encore comment remplir tous ses devoirs. —Cest qu'il ne faut passe sacrifier, reprit M. de Maltigues; je ue connais, quant à moi, aucune circonstance où cela soit nécessaire ^ avec de l'adresse on se tire de tout ; l'babileté est la reine du monde. — Ce n'est pas l'habi- . leté que j'envie , lui dis-je ; mais je voudrais au moins, je vous lerépète.enmerésignantàn'étre pas heureux , ne pas afOiger ce que j'aime — Croyez-moi , dit H. de Maltigues, ne mêlez pas à cette œuvre difficile, qu'on appelle vivre, le sentiment qui la complique encore plos : c'est une maladie de l'âme , j'en suis atteint quelquefois tout comme un autre ; mais quand elle m'arrive, je me dis que cela passera, et je me tiens toujours parole.— Mais , lui répondis-je, en cherchant a rester comme lui dans les idées générales, car je ne pouvais ni ue voulais lui témoigner ancune confiance, quand on pourrait écarter te sentiment, 11 resterait toujours l'houneui et la vertu , qui s'opposent souveut à nos désirs en tout genre. — L'honneur , reprit M. de Maltî-
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gues : enlendeï-vous , par l'honaeur , se battre qunnd on est insulté? à cet égard il a'y a pas de doute ; mais sous tous les autres rapporta , quel intérêt aurait-on à se laisser entraver par mille délicatesses vaines? — Quel intérêt ?iatenrompis-je; il me semble que ce' n'est pas là le mot dont il s'agit, — A parler sérieusement, continua M. de Maltigues , il en est peu qui aient un sens aussi clair ; je sais bien qu'autrefois l'on disait : un honorable malheur , un glorieux revers. Hais aujourd'hui que tout le monde est persécuté, les coquins, comme ce qu'on est convenu d'appeler les hoanétes gens, il n'y a de diffîreuce dans ce monde qu'eulre les oiseaux pris au filet et ceux qui y ont échappé. —Je crois à une autre différence, lui répondis-je : la prospérité méprisée, et les revers honorés par l'estime des hommes de bien.— Trouvez- les-moi donc, reprit M. de Maltigues , ces hommes de bien qui vous consolent de vos peines par leur courageuse estime ; il me semble, au contraire, que la plupart des personnes soi-disant vertueuses , si vous êtes heureux , vous Ktcusent , si vous êtes puissants, vous aiment. C'est trèsbeau sans doute à vous , de ne pas savoir contrarier un père , qui devrait à présent ne plus se mêler de vos affaires ; mais il uefaudraitpas pourrela perdre votre vieici de toutes les façons : quant à moi, quoi qu'il m'arrive, je veux à tout prix épargner h mes amis le chagrin de me voir souffrir , et à moi le spectacle du visage allongé de la consolation.— Je croyais, interrompisje vivement , que le but de la vie d'un honnête liomme n'était pas le bonheur, qui ne sert qu'à lui, mais la vertu qui sert aux autres. — La vertu, la vertu..., dit M. de Maltigues en hésitant un peu , puis se décidant à la fin , c'est un langage pour le vulgaire , que les augures ne peuveut se parler entre eux sans rire, il y a de bonnes âmes que de certains mots, de certains sons harmonieux remuent encore , c'est pour elles que l'on fait jouer l'instrument ; mais toute cette poésie que l'on appelle la conscience, le dévouement, l'enthousiasme, a été inventée pour consoler ceux qui n'ont pas su réussir dans le monde i c'est comme le Dt projundit que l'on chante pour les morts. Les vivants, quand ils sont dans la prbspérité , ne sont pas du tout curieux d'obtenir ce genre d'hommage.—
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Je fus tellement irrité de oe discours , que Je ne pis m'empécher de dire avec tiauteur :
— Je serais fâclié , monsieur , si j'avais des droits sur la maison de madame d'Arbigny, (ju'elte reçdt chez elle un borame qui se permet une telle manière de penser et de s'eiprimer. — Vous pouvez à cet égard , répondit M. de Maltignes , quand il en sera temps , décider ce qui vous plaira ; mais si ma cousine m'en croit, elle n'épousera point un homme qui se montre si malheureux de la possibilité de cette union : depuis longtemps , elle-peut vous le dire, je lui reproche sa faiblesse, et tous les moyens qu'elle emploie pour un bot qui n'en vaut pas la peine. — A ce mot , que l'accent rendait encore plus insultant , je fis signe à M. de Haltigues de sortir avec moi, et pendant le chemin je dots dire qu'il continuait à développer son système avec le plus grand sang-froid du monde; et, pouvant mourir dans peu d'instants, il ne disait pas un mot qui fût religieux nisensiblo. — Si j'avais donné dans toutes vos fadaises , à vous autrra jeunes gens , me disait-il , pensez-vous que ce qui se passe dans mon pays ne m'en aurait pas guérîî quand avez-vous va que d'être scrupuleux à votre manière servît à rien ? — Je conviens avec vous, lui dis- je, que dans votre pays, à présent , cela sert un peu moins qu'ailleurs; mais avec le temps , ou par delà lo temps, tout a sa récompense.— Oui, reprit M. deMaltigues, enfaJsant entrer le ciel dans sescalculs. — Et pourquoi pas? lui dis-Je ; l'un de nous va peut-être savoir ce qui en est.
— Si c'est moi qui dois mourir, coutiDua-t-il eu riant, je suis bien sûr que je n'en saurai rien; si c'est vous, vous ne reviendrez pas éclairer mon âme. — En chemin Je pensai qne si j'étais tué par M. de Maltigues , je n'avais pris aucune précaution pour faire savoir mon sort à mon père , ni pour donner à madame d'Arbigoy une partie de ma fortune, à laquelle je lui croyais de* droits. Pendant que je faisais ces réOexioas , nous passâmes devant la maison de M. de Maltigues , et je lui demandai la pecmission d'y monter pour écrire deux lettres ; il y consentit: et lorsque nous continuâmes notre route pour sortir de la ville , Je les lui remis, et je lui parlai de madame d'Arbigny avec beaucoup d'intérêt , en la lui recommandant comme à un ami que
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Je cropis sâr. Cette preuve de confiance le toucha ; car il faut observer, à la gloire de l'honnêteté , que les hommes qui professent le plus ouvertement l'immoralité sont très-ilattés si par hasard onleur donne une marque d'estime. Là circonstance aussi dans laquelle nous nous trouvions était assez grave pour que M. de Maltigues en fût peut-être ému; mais comme pour rien au monde il n'aurait voulu qu'on le remarquât , il dit en plaisantant ce qui lui étaitinspiré, je le crois, par un sentiment plus sérieux.
— Vouf êtes une honnête créature, mon cher nelvil,je veux foire pour vous quelque chose de généreux ; on dit que cela porte bonheur, et la générosité est en effet une qualité si enfantine, qn'elledoitétreplutât récompensée dans le ciel que sur la terre. Mais avant de vous servir, il faut que nos conditions soient bien laites; quoi que je vous dise, nous ne nous en battrons pas moins. — Je répondis à ces mots par un consentement très-dédaigneux , à ce que je crois , car je trouvais la précaution oratoire au moins inutile. M. de Maltigues continua d'un ton sec et dégagé : Madame d'Arbigny ne vous convient pas, vos caractères n'ont aucun rapport ensemble; votre père, d'ailleurs, serait désespéré si vous faisiez ce mariage; et vous seriez désespéré d'affliger votre père : il vaut donc mieux que, si je vis, ce soit moi qui épouse madame d'Arbigny; et si vous metuez, il vaut mieux encore qu'elle en épouse un troisième ; car c'est une personne d'une haute sagesse que ma cousine , et qui , lors même qu'elle aime , prend toujours de sages précautions pour le cas où on ne l'aimerait plus. Vous apprendrez tout cela par ses lettres : je vous les laisse après moi ; vous les trouverez dans mon secrétaire, dont voici la clef. Je suis lié avec ma cousine depuis qu'elle est au inonde, et vous savez que, bien qu'elle soit très-roystérieuse, elle ne me cache aucun de ses secrets ; elle croit que je nedisquecoque jeveui;ilestvrai que je ne suis entraîné par lien ; mais aussi je ne mets pas d'importance à grand'chose , et je pense que nous autres hommes nous nous devons de ne nous rien taire à l'égard des femmes. Aussi bien si je meurs , c'est pour les beaux yens de madame d'Arbigny que cet accideul m'arrivera; et quoique je sois prêta périr pour elle de bonne
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grâce , je oe lui suis pas trop obligé de la situation où elle m'a mis par sa double intrigue. Au reste , ajouta-t-il , il n'est pas dit que vous me tuefez. — Et en achevant ces mots , comme nous étions Iiors de la ville, il tira soaépéeet semitengarde.
Il avait parlé avec une vivacité singulière «-et j'étais resté confondu de ce qu'il m'avait dit. L'approche du danger, sans le troubler, l'animait pourtant davantage, et je ne pouvais deviner si c'était la vérité qui lui échappait, ou un mensonge qu'il forgeait pour se venger. Néanmoins , dans cette incertitude, je ménageai beaucoup sa vie; il était moins adroit que moi dans les exercices du corps , et dix fois j'aurais pu lui plonger mon épée dans le cœur ; mais Je me contentai de le blesser au bras , el de le désanner. Il parut sensible à mon procédé, et je lui rappelai, en le conduisant chez lui, la conversation qui avait précédé l'instant où nous nous étions battus. Il me dit alors : — Je suis fâché d'avoir trahi la conGance de ma cousine; le péril est comme le vin, il monte la tête; mais enÛD je m'en console, car vous n'auriez pas été heureux avec madame d'Arbigny ; elle est trop rusée pour vous. Moi , cela m'est égal ; car bien que je la trouve charmante, et que son esprit me plaise extrêmement, elle ne me fera jamais rien faire à mon détriment, et nous nous servirons très-bien en tout, parce que le mariage rendra nos intérêts communs. Mais- vous, qui éles romanesque, vous auriez été sa dupe. Il ne tenait qu'à vous de me tuer, et je vous dois la vie : je ne puis donc vous refuser les lettres que je vous avais promises après ma mort. Lisez-les, partez pour l'Angleterre, et ne soyez paâ trop tourmenté des chagrins de madame d'Arbigny. Elle pleurera, parce qu'elle vous aime; mais elleseconsolera , parce que c'est une femme assez raisonnable pour ne pas vouloir être malheureuse, et surtout passer pour l'être. Dans trois mois elle sera madame de Maltigues. — Tout ce qu'il me disait était vrai : les lettres qu'il me montra le prouvèrent. Je restai convaincu que madame d'Arbigny n'était point dans l'état qu'elle avait feint de m'avouer en rougissant, pour me contraindre a l'épouser, et qu'elle m'avait, à cet égard, indignement trompé. Sans doute elle m'aimait, puisqu'elle le disait dans ses lettres à M. de Maltigues lui-même ; mais elle le flattait avec
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tant d'art, mais elle lui laissait tant d'espérance, etmotitrait pour lui plaire ua caractère si différent de celui qu'elle m'avait toujours fait Toir , qu'il me fat impossible de douter qu'elle ne le méuageât, dans l'intention de l'épouser si notre mariage n'avait pas lieu. Telle était la femme, Corinne, qui m'a coâté pour toujours le repos du cœur et de la conscience.
Je lui écrivis en partant, et je ne la revis plus: et comme M. de Maltigues l'avait prédit, j'ai su depuis qu'elle l'avait épousé. Mais j'étais loin d'envisager alors le malheur qui m'attendait : je croyais obtenir mon pardon de mon père; j'étais sûr qu'en ]ui disantcombienj'avaisété trompé, il m'aimerait davantage, puisqu'il me saurait plus à plaindre. Après ud voyage de près d'an mois, jour et nuit, ?i travers l'Allemagne, j'arrivai en Angleterre plein de confiance dans l'inépuisable bonté paternelle. Corinne , en débarquant, un papier public m'annonça que mon père n'était plus ! Vingt mois se sont passés depuis ce moment , «il est toujours devant moi comme un fantôme qui me poursuit. Les lettres qui formaient ces mots ; Lord Nelvil vient de mourir, ces lettres étaient flamboyantes ; le feu du volcan qui est là devant nous est moins effrayant qu'elles. Ce n'est pas tout encore: j'appris qu'il était mort profondément affligé de mon séjour en France , craignant que je ne renonçasse à la carrière militaire , que je n'épousasse une femme dont il pensait peu de bien, et que, me fixant dans un pays en guerre avec le mien, je ne me perdisse entièrement de réputation en Angleterre. Qui sait si ces douloureuses pensées n'ont pas abrégé ses jours? Corinne, Corinne, ne suis-je pas un assassin? ne le suis-je pas, dites-le-moi? — Non, s'écria-t-elle, non, vous n'êtes que malheureux ; c'est la bonté , c'est la générosité qui vous ont entraîné. Je vous respecte autant que je vous aime : jugez-vous dans mon cceur, prenez-le pour votre conscience. La douleur TOUS ^re : croyez celle qui vous chérit. Ah l l'amour , tel que je le sens , n'est point une illusion : c'est parce que vous êtes le meilleur, le plus sensible des hommes, que je vous admire et vous adore. — Corinne , lui dit Oswatd , cet hommage ne m'est pas dû ; mais il se peut cependant que je ne sois pas si coupable: mon père m'a pardonné avant de mourir; j'ai trouvé dans
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un dernier écrit de lui, qui m'était adressé, dedoâces paroles; one lettre de moi lui était parvenue , qui m'avait nn peu justiGé : mais le mal était fait, et la douleur qui venait de moi avaïtdéchiré son cœur.
Quand je rentrai dans son château, quand ses vieux serviteurs m'entourèrent, je repoussai leurs consolations, je m'accusai devant eux, j'allai me prosteruer sur sa tombe; j'y jurai, comme si le temps de réparer exbtait encore pour moi , que jamais je ne me marierais sans le consentement de mon père. Hélas! que promettais-je à celui qui n'était plus? Quesîgnifiaient alorscesparoles de mon délire? Je dois les considérer au moins comme un engagement de ne rien faire qu'il eût désapprouvé pendant sa vie. Corinne , chère amie , pourquoi ces mots voos troublent-ils.' Mon père a pu me demander le sacrifice d'une femme dissiinulée, qui ne devait qu'à son adresse le goût qu'elle m'inspirait ; mais la personne la plus vraie, la plus naturelleet la plus généreuse, celle pour qui j'ai senti le premier amour, celui qui puriSe l'âme au lien de l'égarer, pourquoi les êtres célestes voudraient-ils me séparer d'elle?
Lorsque j'entrai dans la diambre de mon père, je vis son manteau, son fauteuil, son épée, qui étaient encore là comme antrefois ; encore là : mais sa place était vide , et mes cris l'appelaient en vain. Ce manuscrit, ce recueil de ses pensées, est tout ce qui me répond ; vous en connaissez déjà quelques morceaux , dit Osvrald en le doonant a Corinne ; je le porte toujours avec moi ; lisez ce qu'il écrivait sur le devoir des enfants mvers leurs parents; lisez, Corinne; votre douce voix me familiarisera peut^tre avec ces paroles. Corinne obéit à la volonté d'Oswald, et lut ce qui suit :
s Ah! qu'il faut peu de chose pour rendre défiants d'eui-mé-
• mes un père, une mère, avancés dans la yie! ils croient ai-
• sémentqu'ilssoutde tropsur la terre. A quoi se croiraient-ils > bons pour vous , qui ne leur demandez plus de conseils ? Vous
■ vivez tout entiers dans le moment présent; vous y êtes con- <t sigpés par une passion dominante; et tout ce qui ne se rap- « porte pas à ce moment vous parait antique et suranné. Enfin ,
■ vous êtes tellement en votre personne et de cœur et d'esprit ,
ou L ITALIE. S67
• que.croyanlforraer à VOUS seuls un point bistorique, lesres- X semLlauces étemelles entreletempsetles hommes échappent ■< à votre attention; et l'autorité de l' expérience vous semble B une fiction, ou une vaine garantie destinée uniquement au « crédit des vieillards , et aux dernières jouissances de leur
■ amour-propre. Quelle erreurest la v6tre! Le monde, ce vaste « théâtre, ne change pas d'acteurs; c'est toujours l'homme qui « s'y montre en scène; mais l'homme ne se renonvelle point, il
■ se diversifie ; et comme toutes ses formes sont dépendantes de
• quelques passions principales , dont le cercle est depuis long- ' temps parcouru , il est rare que , dans les petites combinaisons
• de la vie privée , l'expérience , œtte science du passé , ne soii
■ la source féconde des enseignements les plus utiles.
' Honneur donc aux pères et aux mères, honneur à eux,
> hoDoeur et respect, ne fdt-ceque pour leur règne passé, pour
• ce temps dont ils ont été seuls maîtres, et qui ne reviendra
■ plus; ne fût-ce que pour ces années à jamais perdues , et dont » ils portent sur le front l'auguste empreinte !
<[ Voilà votre devoir, enfants présomptueux, et qui paraisses
■ impatients decouricseuls dans la routede la vie. Ils s'en iront, « vous n'en pouvez douter, ces parents qui tardent à vous faire
• place; ce père, dont les discours ont encore une teinte de sévé-
■ rite qui vous blesse ; cette mère , dont le vieil âge vous impose
■ des soins qui vous importunent; ils s'en iront, ces surveillants
■ atteutiis de votre énonce, et ces protecteurs animés de votre
> jeunesse; ils s'en iront , et vous chercherez en vain de meil- « leurs amLs; ils s'en iront, et dès qu'ils ne seront plus, ils se
• présenteront à vous sous un nouvel aspect; carie temps, qui « vieillit les gens présents à notre vue, les rajeunit pour nous <• quand la mort les a fait disparaître ; le temps leur prête alors •1 un éclat qui nous était inconnu : nous les voyons dans le ta-
■ bleau de l'éternité, où il n'ya plus d'âge, comme il n'y a plus
■ de gradation : et s'ils avaient laissé sur la terre un souvenir
■ de leur vertu , nous les ornerions en imagination d'un rayon
> céleste, nous les suivrions de nos regards dans le séjour des - élus , nous tes contemplerions dans ces demeures de gloire et
> de félîcité ; et , près des vives couleurs dont nous composerions
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■ leur saiDte auréole, nous nous trouverions effacés au milieu
• m£medeiiosl)eaux jours, au milieu des triomphes dont nous " sommes le plus éblouis. •
Corinne, s'écria lord Melvil avec une douleurdéchirante.peasez-vons que ce soit contre moi qu'il écrivait ces éloqueBles piaiates ? — Non , non , répondit Corinne ; vous savez qu'il vous chérissait, qu'il croyait à votre tendresse ; et je tiens de vous que ces réflexions furent écrites longtemps avant que vous eussiez eu le tort que vous vous reprocliez. Écoutez plutôt, continua Corinne en parcourant lerecueil qu'elle avait encore eutre les mains, écoutez ces réflexions sur l'indulgence , qui sont écrites quelques pages plus loin :
" Nous marchons dans la vie, environnés de pièges, et d'un pas « chancelant; nos sens se laissent séduire par des amorces trom-
- peuses ; notre imagination nous égare par de fausses lueurs; et
• notre raison elle-même reçoit chaque jour de l'expérience le de- •I gré de lumière qui lui manquait, et la confiance dont elle a be-
- soin. Tant de dangers, unis à une si grande faiblesse; tant o d'intérêts divers, avec une prévoyance si limitée, une capacité « si restreinte ; enfin tant de choses ioconnues et une si courte
• vie : toutes ces circonstances , toutes ces conditions de notre
• nature, nesont-eilespaspournousun avertissement "du haut ' rang que nous devons accorder à l'indulgence, dans l'ordre « des vertus sociales?.... Hélas! où est-il, l'homme qui soit
■ exempt de faiblesses? où est-il, l'homme qui n'ait aucun re-
■ proche à se faire? où est-il, l'homme qui puisse regarder en
■ arrière de sa vie sans éprouver un seul remords, ou sans con-
■ naître aucun regret? Celui-là seul est étranger aux agitations
• d'une âme timorée , qui ne s'est jamais examiné lui-même , qui •1 n'a jamais séjourné dans la solitude de sa conscience. ■
Voilà , reprit Corinne , les paroles que votre père vous adresse du haut du del, voilà celles qui sont pour vous. — Cela est vrai, dit Oswald; oui, Corinne, vous êtes l'ange des consolations, vous me faites du bien j mais si j'avais pu le voir un moment avant sa mort , s'il avait su de moi que je n'étais pas indigne de lui , s'il m'avait dit qu'il le croyait , je ne serais pas agité pas les remords, comme le plus crimiue! des hommes ; je n'aurais
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pas cette conduite vacillante , cette âme troublée , qui ne promet de bonheur à persoDue. Ne m'accusez pas de faiblesse ; mais le courage ne peut rien contre la conscience : c'est d'elle qu'il vient; comment pourrait-il triompher d'elle? A présent même que l'obscurité s'avance , il me semble que je vois dans ces nuages les sillons de la foudre qui me menace. Corinne! Corinne! rassurez votre malhenieux ami , ou laissez-moi couclié sur cette terre , qui s'entr'ouvrira peut-être à mes cris , et me laissera pénétrer jusqu'au séjour des morts.