XIJ INTRODUCTION
l'on peut naître et mourir comme ailleurs ; on la couvre avec du ehaume comme le nid des oiseaux ; puis on célèbre l'inauguration par un festin. Et le lendemain , le jeune homme , assis sur le seuil de sa porte , domine sur des vallons charraans, et se croit roi.
Pour compléter sa fortune , il faut qu'il ait un cheval de petite race, infatigable, avec lequel il descend au galop les hauteurs à pic ; entend-il un violon ou le tambourin , il se mêle à la danse, remonte sur son cheval, jette aux vents , et de collines en collines, ses chants nationaux; court la nuit comme le jour pour ses affaires et ses plaisirs. En rentrant chez lui, il ne trouve bien souvent que du pain de maïs ; il le mange en se raillant de sa pauvreté , en se riant de la vie si courte , de la mort qu'il ne craint pas , en se moquant des riches , et parfois de son curé.
Aura-t-il de quoi vivre le lendemain ? il ne s'en met pas en peine ; il travaillera , ou il ira en chercher au château toujours bâti à côté de son clocher. Cependant ce n'est pas une aumône que demande le plus pauvre Vicbillois , il est ingénieux à trouver un don qui récompense le secours qu'on lui prête. S'il n'a rien
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chez lui , ce seront des fleurs , ou les noisettes des bois , ou les champignons sous la fougère ; ce seront ses bras, sa journée de travail gratuit : il vous la donne avec un sourire de satisfaction ; c'est payer sa dette , mais le bienfait se grave dans son cœur.
Le Vicbillois aimait ses seigneurs parce que , ainsi qu'en Ecosse , il y avait bonhomie dans les relations du château et de la chaumière , réciprocité de bonnes manières et de dévouement; les seigneurs devaient être généreux, affables, visibles à toute heure; ils devaient être hommes de loi et médecins , confidens et trésoriers de leurs vassaux : le temps n'a pas apporté de changement dans ces liens. Les paysans des paroisses du Vicbill sont exactement avec les propriétaires de châteaux comme avant la révolution ; ils offrent une dîme volontaire des prémices du verger et de la basse-cour , et emploient comme auparavant cette formule féodale : Je suis à vous de nuit et de jour , à pied et à cheval , et je passerai dans le feu s'il est besoin !
Le Béarnais est conteur. Lorsqu'il a un cercle d'amis autour de sa bûche de châtaignier , éclairé par sa chandelle de résine , épluchant
XIV i:«TRODrCTION.
des marrons , et s'exaltant par le vin fougueux du crû , il redit les aventures d'eou nousté Henric (de notre Henri) , lorsqu'il chassait dans la forêt de Coaraze, ou bien les cruautés de la reine Jeanne d' Albret , dont il conserve une mauvaise mémoire pour ses persécutions contre les catholiques , et à laquelle il attribue également les méfaits des protestans et ceux des chefs de la Ligue ; puis, ce sont les histoires des Maures qui ont traversé les temps , et dont il lie le souvenir à toutes les redoutes éparses dans le pays; c'est encore la généalogie des cagots contre qui on ne conserve plus de préjugés , mais dont on rappelle l'avilissement. La causerie est interrompue pour raconter la chasse aérienne du roi Arthus; puis, ce sont les récits des sorciers et des revenans , les tours du diable qui reviennent plus souvent que les miracles des saints ; les plaisanteries spirituelles, mordantes, intarissables , enfin les nouvelles exagérées , assorties au goût de ce peuple pour le merveilleux. Les mœurs béarnaises sont plus que légères ; beaucoup de jeunes filles se marient sans couronne et n'en paraissent pas trop honteuses. L'usage gracieux de mettre à son front une branche de pervenche au jour des noces, devient