‹ Corisande de MauléonChapitre 7 sur 11 · XVJ INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVJ INTRODUCTION

Dans ce frottement , on acquiert du poli , et l'empreinte primitive s'efface. Au milieu de cette terne uniformité qui s'étend sur la France, espérons toutefois que le Béarnais gardera longtemps sa physionomie : au moral , de l'audace, de la gaieté , une bienfaisante prodigalité ; au physique , un front élevé , le nez aquilin , les yeux brillans plutôt que brùlans : c'est une flamme légère , toujours active , se prenant à tout, changeant d'objets; là, il ne faut point chercher de torches dévorantes , ni de volcan avec ses laves.

Le Béarnais ne s'occupe de politique que pour s'amuser, comme on lit de l'histoire ; pas assez rapproché pour se passionner aux scènes de Paris, il siffle plutôt qu'il ne bat des mains. Pendant la grande révolution , celle où tout était épique , le crime comme le talent , gloire éternelle au Béarn! Plus heureux que le Bigorre , pas un de ses députés ne se souilla du régicide ; et tandis que , dans les provinces voisines , les échafauds ruisselaient , et que la hache en se levant et s'abaissant était toujours altérée, ceux de Béarn furent rassasiés avec deux ou trois victimes. On ne fit point la guerre aux châteaux. Comme il a été dit, il y avait

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sympathie entre la noblesse et le peuple ; oe peuple qui avait toujours conservé sa dignité , n'avait pas besoin de réaction.

En la révolution de 1830 , gloire encore au Béarn ! il n'y eut pas de dénonciations , pas de convoitise de l'emploi d'un concitoyen. Le Béarn pourrait prendre l'emblème de la Suisse , deux mains entrelacées.

Tout paysan béarnais sait lire , écrire et compter. La montagne fournit les maîtres d'école , comme les prêtres qui remplissent les séminaires ; l'instruction fait des progrès dans les sommités de la société; de jeunes hommes s'occupent de littérature avec succès. Jusqu'à présent on avait compté sur l'esprit naturel sans se donner beaucoup de peine pour l'orner 5 autrefois on aimait mieux les armes que les lettres. Le don que le Béarn a fait à la Suède prouverait que l'on part encore des rives du Gave l'épée à la main , pour gagner un trône.

Il paraît tout naturel qu'il y ait de belles voix en Béarn ; c'est un pays fait pour le chant. Paris a souvent applaudi aux suaves accens des chanteurs béarnais.

Il ne faut pas que le Béarn soit jugé par un industriel ; il n'y verrait ni machines à vapeur,

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ni canaux , ni école normale d'agriculture ; le ciel a beaucoup fait pour cette terre , elle se repose sur les bienfaits du ciel.

J'aime le Béarn ! j'ai voulu connaître l'histoire de ce peuple , qui semble porter la vie comme le voyageur porte son léger sac au bout de son bâton. On s'étonne de voir ce petit État rester indépendant dans le voisinage des ducs de Guyenne , du Prince Noir , et des rois de France.

Le prince de Galles , vainqueur des Français , exigeait , les armes à la main , l'hommage du Béarn. Gaston Phébus lui répondit : «cQue 3) le pays de Béarn est si franche terre qu'elle ;) ne doit hommage à nul , fors à Dieu , >» et le prince de Galles n'insista point davantage.

Le roi Louis XI allait en pèlerinage à Notre- Dame de Sarrance ; parvenu à la frontière de Béarn , il dit à son écuyer : « Baissez l'épée de ) France ; nous sortons ici du royaume. »

A l'intérieur, l'histoire de Béarn peut être dite en deux mots ; paix et liesse ; les aventures étaient au dehors ; allait qui voulait avec le prince , et les lances ne lui manquaient pas. On en voit aux croisades ; Gaston IX s'attachant à la mauvaise fortune de Philippe de Valois,

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