‹ Corneille à la butte Saint-RochChapitre 16 sur 105 · Lettre du 4 avril · texte numérisé non relu

Lettre du 4 avril

natale, où il était receveur des domaines, il quitta tout, emploi et famille, pour le suivre à Paris, lorsqu'en 1662, comme nous le verrons, Corneille eut pris la résolution d'y aller vivre '. Jusqu'à la mort du poète, c'est-à-dire pendant vingtdeux années encore, ils vécurent dans l'intimité la plus suivie; voisins l'un de l'autre dans le quartier Saint-Honoré, la Normanie, comme on l'appelait dans le langage des Précieuses^^ se voyant sans cesse, soit qu'ils se fissent mutuellement visite, soit par rencontre dans les ruelles fameuses. Corneille, qu'on appelait Cléocrite l'aîné y, lisait ses vers en ces bureaux d'esprit galant et y entendait discuter sur ces œuvres, notamment sur VŒdipe'^; tandis que Louis Petit saivait de l'œil les essais plus modestes de sa nièce, jeune précieuse mathématicienne etpoëte, qu'on appelait Panthée en ces réunions, parce qu'entre autres talents, « sans rien perdre de l'agrément, delà douceur et de la civilité de son sexe, » comme dit Somaize, elle avait l'art (c de faire un coup d'épée aussi bien qu'un homme ). i)

Après la mort de Corneille , Petit, qui n'était venu, n'avait guère vécu à Paris que pour son ami , s'ennuya dans la grande ville, devenue pour lui un désert. Il retourna vivre à Rouen, et là, fidèle à une amitié qui allait jusqu'au culte, il voulut se dévouer à la mémoire de celui dont la perte avait dépeuplé sa vie. Il se fit l'éditeur des œuvres de Corneille. Puis, pensant un peu à lui-même, après cet hommage à son ami , il réunit , en un petit volume^, une douzaine de satires qu'il avait faites jadis, et dans lesquelles je ne sais quel souffle cornélien qui par endroits y passe et y circule semble

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