‹ Corneille à la butte Saint-RochChapitre 17 sur 105 · Discours satiriques et moraux , Rouen , 1686 , in · texte numérisé non relu

Discours satiriques et moraux , Rouen , 1686 , in

le récompenser de sa belle amitié pour le grand poëte et de son admiration , assez forte pour être à son tour une muse.

En souvenir des jours de bel esprit où Corneille et lui s'étaient rencontrés à l'hôtel Rambouillet, Petit dédia son volume à M. le duc de Montausier, qui, lui, aussi avait été des amis et des admirateurs du poëte, mais dont l'admiration, prompte à se blaser, comme il arrive d'ordinaire chez les grands, avait fait place à je ne sais quel dédain grondeur qui blessa plus d'une fois, par ses boutades , la vieillesse du grand homme. « Monsieur Corneille, lui aurait-il dit un jour, s'il fallait en croire Bayle ' , après la représentation de Suréna, j'ai vu le temps que je faisois d'assez bons vers; mais, ma foi, depuis que je suis vieux je ne fais rien qui vaille. Il faut laisser cela pour les jeunes gens. » M. de Montausier, qui cette fois aurait pu se dispenser de jouer à l'Alceste par un brutal étalage de franchise, avait d'autant moins raison d'affliger par cette saillie Corneille à son déclin, qu'en blessant le poëte il se flattait lui-même. Dire qu'en son temps il avait fait de bons vers , et se mettre ainsi de plain-pied avec le génie de Corneille , c'était, il faut convenir, une présomption singulière. Si le poëte avait eu ce qui lui manquait trop, quelque promptitude à la riposte , il aurait pu répondre à M. de Montausier par deux vers de la pièce même qui lui valait cette désobligeante apostrophe. J'ai vécu , aurait-il dit à M. le duc, remis ainsi dignement à sa place, sans avoir pourtant l'affront d'un démenti ,

J'ai vécu pour ma gloire autant qu'il fallait vivre , Et laisse un grand exemple à qui pourra le suivre.

On avait ailleurs pour Corneille vieillissant une plus respectueuse sympathie. Au lieu de lui faire trop sentir ce

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