‹ Corneille à la butte Saint-RochChapitre 2 sur 105 · VI · texte numérisé non relu

VI

ligieuse inspiration le préparait à la profession qu'il devait embrasser : il prit, ce qu'on ne savait pas , l'habit de génovéfain ', et fut chanoine régulier du Mont-aux-Malades. Son passé poétique, qu'avaient illustré des vers en l'honneur de la Vierge, ne répugnait pas, comme on voit, à sa qualité. Thomas Corneille n'ayant encore que seize ans fut couronné au Palinod de 1641 ; et quant à Pierre, même à uneépoijue où des succès plus brillants et plus profanes pouvaient le distraire de ceux-là , même dans la pleine aurore de sa gloire théâtrale, il briguait encore en toute modestie l'étoile d'argent du Puy de Rouen. En 163^ , deux ans après sa Méliîe, un an après son Cllîandre, l'année même où il fit la Veuve^ il composa pour le Palinod une pièce de six stances qui , je ne sais pourquoi , n'a pas été recueillie dans ses œuvres, bien qu'à tous égards elle le mérite. On a rarement parlé de l'immaculée Conception avec une aussi ingénieuse piété. Voici ces stances :

Homme, qui que tu sois, regarde Eve et Marie, Et, comparant ta mère à celle du Sauveur, Vois laquelle des deux en est la plus chérie. Et du Père éternel gagne mieux la faveur.

L'une à peine respire et la voilà rebelle, L'autre en obéissance est sans comparaison; L'une nous fait bannir, par l'autre on nous rappelle; L'une apporte le mal , l'autre la guérison.

L'une attire sur nous la nuit et la tempête , Et l'autre rend le calme et le jour aux mortels : L'une cède au serpent, l'autre en brise la tête. Met à bas son empire et détruit ses autels.

L'une a toute sa race au démon asservie , L'autre rompt l'esclavage où furent ses ayeux ;

I. Lettre de Corneille <ia P. Boulard, Biblioth. de l'École des chartes, avril 1852, p. 260.

— vil) —

Par l'une vient la mort , et par l'autre la vie ; L'une ouvre les enfers , et l'autre ouvre les cieux.

Cette Eve, cependant, qui nous engage aux flammes. Au point qu'elle est formée est sans corruption , Et la Vierge, bénie entre toutes les femmes. Serait-elle moins pure en sa conception ?

Non, non, n'en croyez rien, et tous, tant que nous sommes, Publiant le contraire à toute heure, en tout lieu, Ce que Dieu donne bien à la mère des hommes Ne le refusons pas à la mère de Dieu.

Il ne faudrait pas, d'après ces vers et d'après le sérieux de la plupart de ses œuvres , se figurer que Corneille fut , même en sa jeunesse , d'une imperturbable gravité. Son génie avait tous les dons, même celui de la gaieté. Il le devait à quelques échappées de vie joyeuse , qui furent , surtout pendant son séjour à Rouen , la distraction de ses travaux. Son esprit pouvait être à Rome , en continuelle familiarité avec les anciens, mais lui-même était bien de son temps et de son pays. Il eut, comme tout le monde, ses folies de jeunesse, courut, comme le plus fou , la prétentaine dans les ruelles de Rouen, et ne dédaigna pas quelques bonnes ripailles au cabaret • . On peut lire , pour n'en pas douter, la curieuse pièce à un de ses amis, qu'il fit imprimer avec quelques autres, en 1632 , à la suite de sa comédie de Clitandre^. J'ai, dit-il , par exemple , racontant ses amourettes de jeune homme,

J'ai fait autrefois de la bête,

J'avois des Philis à la tête ,

J'épiois les occasions,

.l'épiloguois mes passions , •

Je paraphrasois un visage ,

Œuvres diverses de Pierre Corneille, 1738, in-8, p. 118.

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