‹ Corneille à la butte Saint-RochChapitre 21 sur 105 · Historiettes de Tallemant, re édit., t. v, p · texte numérisé non relu

Historiettes de Tallemant, re édit., t. v, p

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Corneille ainsi voyait souvent les comédiens, et était avec eux en continuelle communauté d'idées. Il ne se mêlait cependant pas à leur vie, trop libre d'ordinaire et trop relâchée pour convenir à la sérieuse tranquillité de la sienne. C'est à peine même s'il allait voir Molière chez lui, à Paris, et on ne le rencontra jamais dans la maison d'Auteuil : il craignait d'y tomber au milieu de l'un de ces repas trop gais, où l'ivresse parfois crapuleuse de Chapelle eût effarouché sa sobre prud'homie '.

Cette réserve de mœurs, cette placidité d'existence, au milieu du scandale et du grand bruit que menaient la plupart des gens qui, comédiens ou auteurs, formaient alors le monde du théâtre, sont un des traits les plus noblement distinctifs du caractère de Corneille. Il est bon de le préciser: son œuvre, déjà si majestueusement sereine, le paraît encore plus quand on la regarde à travers la sérénité de sa vie.

Il n'est pas un seul poëte de son temps qui ne soit tombé dans quelque ridicule de faste tapageur et de vanité, ou dans l'excès de quelque vice. La plupart couraient les cabarets ou les tripots, et puis, tout chauds de crapule, s'en allaient faire antichambre dans quelque riche hôtel et abaisser leur panache fanfaron devant quelque sottise de noble race.

(( Lui se tenoit, dit Fontenelle, retranché dans son cabinet, sans être presque autrement connu du monde que par son nom, sans protecteurs puissants déclarés en sa faveur, sans partisans affidés, n'ayant de gloire que celle qui étoit venue le trouver d'elle-même, ne s'y fiant peut-être pas assez, mais certainement hors d'état et même incapable de lui prêter aucun secours étranger. »

On lui a reproché l'hospitalité que pendant quelque

I . Taschereau, Histoire de la vie et des ouvrages de Corneille^ édit. elzevirienne, p. 210.

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temps, après son installation définitive à Paris, il reçut à l'hôtel de Guise ; mais n'était-ce pas Pusage alors ? Chaque grand seigneur n'avait-il pas son poëte, à cette époque où la noblesse n'était pas encore assez abaissée et la littérature assez élevée pour que l'une crût devoir rougir d'être la commensale de l'autre ? Rotrou n'était-il pas au comte de Fiesque ', pour nous servir d'une expression du temps; et le fastueux Mairet , l'un de ceux qui crièrent le plus contre Corneille après avoir été ses amis, n était-il pas attaché au comte de Belin, gouverneur de Paris 2, « et tout à ses commandements », comme dit des Réaux ? ? Tristan, après avoir été de la maison de Gaston, n'était-il pas passé, lui aussi, dans celle de M. de Guise ? enfin chaque poëte, encore une fois, n'avait-il pas alors son Mécène ? Pourquoi Corneille n'aurait-il pas eu le sien ? Pauvre quand il est venu à Paris, plus chargé de famille encore que de gloire, il tâcha, comme nous le verrons, d obtenir un logement au Louvre, et n'ayant pu l'avoir, quoiqu'il s'y crût des droits par ses œuvres, il se rejeta sur la maison de M. de Guise , qui lui fut plus hospitalière. Eut-il tort ?

Pour la dédicace tant incriminée qu'il fit de son Cinna, sa conduite eut un pareil mobile. L'usage était que toute grande œuvre fût dédiée à quelque puissant ; plus l'ouvrage était important, plus celui auquel on l'adressait devait l'être aussi. Pour Clnna, son chef-d'œuvre, à qui pensa-t-il ? Je ne saurais le dire au juste, mais ce ne put être qu'au roi, puisque, l'an d'avant, pour Horace il avait pensé à Richelieu. La dédicace ne fut pas agréée.

Alors, que fit-il.'' une volte-face, moins honteuse pour lui certainement que pour ceux qui l'y obligeaient.

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