‹ Corneille à la butte Saint-RochChapitre 24 sur 105 · Édit. p. Paris, t. II, p · texte numérisé non relu

Édit. p. Paris, t. II, p

2. Troisième et quatrième dissertation concernant le poème dramatique , etc., 1663, in-12, p. 1 58.

3. La Promenade de Saint-Cloud , dans \es Mémoires de Bruys , t. II, p. 238.

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mettant, une indépendance plus grande que si , à l'exemple de tant d'autres , il se fût fait rimeur à gages et poëte domestique, il croyait avec raison n'en pas devoir rougir. Il se laissait payer une dédicace , soit ; mais encore une fois, c'était l'usage, c'était un des droits d'auteur du temps. Cela ne valait-il pas mieux d'ailleurs que de se permettre ce que se permettaient sans vergogne la plupart de ceux contre lesquels pourtant on n'a jamais crié .? Le vit-on quelquefois se faire mendiant de cour.? non. La cour était un lieu qu'il n'aimait pas assez pour aller y chercher, même la fortune.

Quand, d'aventure et presque toujours par force, il s'y rendait, « il y apportoit, dit Fontenelle, un visage presque inconnu, un grand nom qui ne s'attiroit que des louanges, et un mérite qui n'étoit pas le mérite de ce pays-là. » Chapelain, qui se connaissait en hommes du monde, car sous son manteau râpé de panne verte il était lui-même un mondain de la plus fine et de la plus souple espèce, savait mieux que personne la triste mine que faisait Corneille lorsqu'on l'arrachait aux méditations de son cabinet , à l'intimité de ses héros : « Il a peu d'expérience du monde , écrivit-il dans son rapport à Colbert sur les pensions à donner aux gens de lettres ; il ne voit guère rien hors de son métier. »

Non-seulement il ne savait pas solliciter, mais, bien plus, lorsque sans sollicitation de sa part une grâce lui avait été accordée, il ne savait pas dire merci : « Il laissa passer un an, dit le P. Tournemine', sans remercier Colbert du rétablissement de sa pension. Je le sais, ajoute-t-il, de l'abbé Gallois, à qui le ministre en avait fait des reproches, et qui conduisit Corneille à l'hôtel Colbert. » Cette pension était de deux mille livres, c'est-à-dire moindre d'un tiers que celle de Chapelain lui-même, et plus faible de moitié que celle de Mézeray !

1. Défense du grand Corneille, en tête des Poésies diverses, 1738, in-8, p. xxxrii.

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Corneille souffrit à cause d'elle toutes sortes de vicissitudes. D'abord , en i66$ , force lui fut de permettre qu'on ne la lui payât que tous les quinze mois, ce dont il se vengea par six vers de bénigne épigramme , oij il demandait à Dieu de lui faire des années aussi longues que celles que lui faisaient les commis royaux ' . Plus tard, en i68^, toutes les disgrâces, tous les oublis se succédant contre sa vieillesse, on lui supprima ce secours au moment où il était preque devenu sa seule ressource. Corneille, à soixante-dix-sept ans, fut obligé de se faire solliciteur! Le second de ses fils venait d'être tué au siège de Grave , et il dut s'arracher à son deuil ; bien plus, il dut se faire un argument de sa douleur même pour tâcher d'obtenir qu'on lui rendît cette faveur , dont vingt chefs-d'œuvre et soixante années de travail ne lui avaient pas fait un droit !

Il avait assez d'admirateurs non-seulement parmi les plus grands seigneurs, mais aussi parmi les princes, pour que l'on pût croire que cette admiration se fût quelquefois traduite pour lui en libéralités toutes princières. Il paraît qu'il n'en fut rien. Condé, par exemple, qui l'aimait tant, qui lui rendit tant d'hommages particuliers et publics, ne lui fit jamais le plus petit présent. On le sait à n'en pas douter, par ce que Corneille en dit un jour à Segrais, non sans une certaine aigreur : « Monsieur le Prince, écrit Segrais, était fort dur, et sans apporter des exemples d'ailleurs , M. Corneille s'est plaint à moy de ce que ses ouvrages lui ayant donné tant de plaisir, jamais il ne lui a fait aucune gratification 2. » C'était oubli sans doute, plutôt qu'avarice, et pour peu que Corneille eût demandé, il eût obtenu ; mais lorsqu'il s'agissait de libéralités, il laissait venir, il ne sollicitait pas.

Les Noailles lui voulaient aussi beaucoup de bien, de

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