‹ Corneille à la butte Saint-RochChapitre 26 sur 105 · Dict. des Prétieuses , édit. Livet , t. I , p · texte numérisé non relu

Dict. des Prétieuses , édit. Livet , t. I , p

2. Œuvres de Saint- Amant , édit. Ch. Livet, t. II, p. iio m.

pion , dans un sonnet tout à la louange de Corneille, et dont celui-ci ne tarda pas à le payer par un autre, non moins élogieux pour Campion lui-même ', donnerait volontiers à penser que Louise de Gonzague n'avait pas manqué cette fois de libéralité pour le poëte, et que la satisfaction qu'elle avait éprouvée de l'envoi du livre s'était manifestée mieux que par un remercîment stérile. Après avoir dit, dans le premier quatrain du sonnet, que « Corneille est incomparable , que tout ce qu'il fait est admirable et que chacun en demeure d'accord » , Campion ajoute :

La savante reine du Nord, De qui l'esprit est adorable, Faisant un jugement semblable, Le soutient et l'estime fort 2,

Je ne sais si je me trompe, mais il me semble voir poindre sous ces mots du dernier vers : <( Le soutient » , l'apparence d'une pension que Corneille aurait reçue de la reine de Pologne. Il n'y a pas, il est vrai, dans ses poésies la moindre trace de remercîment à cette princesse pour une grâce de ce genre, mais ce ne serait pas là une preuve , pour nous qui connaissons combien Corneille était paresseux , sinon à la reconnaissance, du moins au remercîment.

Les vers de louange , même pour les puissants, lui coûtaient beaucoup plus qu'on ne pourrait croire. Il ne flattait

1 . Ce sonnet de Corneille se trouve en tête du volume fort rare ; les Hommes illustres de M. de Campion, t. F»", ire partie, imprimé à Rouen par L. Maury, pour Augustin Courbé , marchand libraire au Palais , à Pa ris, 1657, in-40 de 700 pages. Le sonnet n'a été réuni pour la première fois aux autres poésies de Corneille que dans la dernière édition Lefèvre; mais dès 1808 il avait été publié dans le Magasin encyclopédique ^ t. IV, p. 100.

2. Campion, Recueil de lettres qui peuvent servir à l'histoire de diverses poésies, Rouen, i6j7, in-i2,p. 266.

qu'à son corps défendant , et, lorsqu'il s'y décidait , il faisait en sorte de sauvegarder sa fierté en se mettant luimême pour une bonne part dans l'éloge. Quoique avant les persécutions contre le Cid, qui vinrent tout gâter, Richelieu eût fait beaucoup de bien à Corneille , celui-ci fut toujours très-avare de louanges à sa gloire. Nous ne connaissons même dans toutes ses œuvres qu'un sonnet élogieux pour le cardinal '. Quand il fut mort, on pressa Corneille d'entonner le panégyrique. Claude Sarrau , entre autres, qui était conseiller au parlement de Paris, lui écrivit, en décembre 1642, une lettre latine où il lui disait ^ : h il faut surtout que ta muse s'anime à produire quelque poëme digne de toi et de lui, sur la mort du grand Pan. Il est mort bien regrettable pour beaucoup de gens , mais pour personne plus que pour toi ; car, bon gré, mal gré, s'il eût vécu plus longtemps, il aurait ceint ta tête du laurier d'Apollon. » Corneille ne fut pas convaincu de cette nécessité de reconnaissance; il se contenta de répondre par le quatrain célèbre que terminent ces vers :

U m'a fait trop de bien pour en dire du mal , Il m'a fait trop de mal pour en dire du bien.

Si, comme on l'a déjà fort bien remarqué 5, Corneille eut le tort grave de manquer à la moitié de cette promesse, puisque dans un sonnet sur la mort de Louis XIII, supprimé jusqu'à ces derniers temps dans les éditions de ses œuvres, il fit éclater toute son aigreur contre le cardinal défunt , on peut attester du moins qu'il n'y manqua pas pour le reste, c'est-à-dire pour le silence à garder à propos de l'éloge du ministre. Sa reconnaissance fut plus muette que sa rancune, bien qu'il eût prétendu que l'une et l'autre étaient égales.

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