‹ Corneille à la butte Saint-RochChapitre 27 sur 105 · Œuvres diverses, p · texte numérisé non relu

Œuvres diverses, p

2. Claudii Sarravii senatoris parisiensis epistol<e, 1654, in-80, épist.49.

3. Taschereau, Hist. de la vie et des ouvrages de Corneille, nouv. édit., p. I î6-F 17.

Lorsque, par lettre royale du 14 octobre 1645, on l'eût chargé des inscriptions que réclamaient les dessins de Valdor sur les victoires de Louis XIII, il eut soin, dans les vingt petites pièces, presque toutes de six vers, qu'il écrivit alors , de ne pas faire la moindre omission. Il n'oublia qu'une chose, le nom de Richelieu. Même dans les trois inscriptions sur le siège de la Rochelle , il se garda, fût-ce par allusion, de dire un seul mot du ministre. La gloire de Louis XIII en était plus grande , et l'ordre de Louis XIV, qui avait surtout demandé l'éloge de son père, n'était que mieux rempli ; mais, ce qui devait le plus importer à Corneille, sa propre rancune se trouvait ainsi pleinement satisfaite : par un effet d'adroite vengeance , que l'histoire n'a pas ratifiée , il avait supprimé Richelieu du règne de Louis XIII !

Pour Mazarin il ne fut pas beaucoup plus prodigue d'éloges. Une fois seulement, en 1644, la dédicace qu'il ht à ce ministre de sa tragédie de la Mort de Pompée lui ayant valu un présent assez recommandable , il crut bon de lui adresser un remercîment en beaux vers. C'était de la reconnaissance, et aussi de l'étonnement, car, il l'a dit lui-même dans l'avertissement mis en tête de cette pièce, la libéralité de l'avare cardinal l'avait surpris. *

Dans une autre circonstance, il eut à faire l'éloge du ministre, mais à contre-cœur, à ce qu'il paraît, car, sitôt qu'il put, il l'effaça. C'était en 1 66 1 , quand il écrivit, pour le marquis de Sourdéac , la Toison d'or^ cette grande pièce à machines qui demanda tant de mois de travail ■ , et qui fut jouée au théâtre du Marais, après l'avoir été, un an auparavant, chez le marquis lui-même , en son château de Neufbourg^. Comme cette pièce avait été principalement com-

1. V. la lettre de Thomas Corneille à l'abbé de Pure du i*''" décembre 1659.

2. M Un châssis sculpté, doré, dernier vestige de l'essai fait à Neu-

-lij-

posée pour célébrer le mariage du roi avec l'infante Marie- Thérèse, et fêter la paix dont ce mariage était le gage : l'union des Lys de France avec la Toison d'or d'Espagne, il était impossible que la louange du cardinal , habile préparateur de tous ces événements , ne se trouvât pas au moins dans le prologue. Elle y fut, en effet ; mais quand la grande fureur d'admiration eut été passée, Corneille fit adroitement disparaître l'éloge. On peut le lire dans le programme de la représentation publié sous ce titre : Les Desseins de la Toison d'or, tragédie i; mais on le chercherait inutilement dans toutes les éditions de la pièce imprimée. Nous allons donner ici les quelques vers qui renfermaient cet éloge , bien qu'ils ne soient pas excellents. Leur principal mérite est de ne pas se trouver dans les œuvres de Corneille , même les plus complètes, et d'avoir ainsi presque le mérite de l'inédit. C'est la Paix, ramenée par Mazarin sous un pan de sa rouge simarre, qui parle ainsi à la France^:

Quelques autres efforts que pour rompre mes chaisnes L'univers ait veu faire aux plus puissantes mains , Le succès va montrer qu'après toutes leurs peines Des astres irrités les aspects inhumains Voulaient pour s'adoucir la pourpre des Romains, • Et ce que leur courroux à tant d'efforts enlève ,

Ton fameux cardinal l'achève.

Voy cette âme intrépide, à qui tu dois l'honneur D'avoir eu la victoire en tous lieux pour compagne ,

Avec le grand démon d'Espagne De l'un et l'autre État concerter le bonheur.

bourg, existait encore il y a peu de temps en ce noble manoir. » C. Blaze, L'Académie impériale de musique, 1855, in 80, t. I, p. 17.

1. Voici le titre complet : Les Desseins de la Toison d'or, tragédie, représentée par la troupe royale du Maretz chez M. le marquis de Sourdéac, en son chasteau de Neuf bourg, pour réjouissance publique du mariage du Roy et de la paix avec l'Espagne, ensuite sur le théâtre du Maretz , Paris, Aug. Courbé, 1661, in-40.

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