‹ Corneille à la butte Saint-RochChapitre 29 sur 105 · Scarron, Œuvres , 1786, t. VII, p, j · texte numérisé non relu

Scarron, Œuvres , 1786, t. VII, p, j

2. lien parle dans sa lettre au P. Boulard du 10 juin 1656. Biblioth. de l'École des chartes, avril 1852, p. 360.

ne devant que trop suffire pour l'éclipser de leur gloire. Enfin, à toutes ces raisons de retraite s'en joignait une autre plus impérieuse peut-être, car elle était entretenue en lui depuis longtemps par ses amis les plus nombreux et les plus pressants: c'était une raison de dévotion. Pour ces amis, qui tenaient à l'Église ; pour son frère Antoine, le chanoine génovéfain ; pour les jésuites, chez qui il avait été élevé et qui, s'ils voulaient bien s'honorer de sa gloire, n'acceptaient pas pour cela davantage le genre profane où il se l'était acquise , Corneille était loin de faire œuvre pie en faisant œuvre de théâtre. On s'efforçait donc de l'en détourner, malgré le sérieux qu'il y apportait. Il tint bon aussi longtemps qu'il eut à opposer la fortune de ses ouvrages à ceux qui les lui reprochaient. Moins heureux , il fut plus accessible ; ses disgrâces au théâtre aidèrent puissamment aux conseils de ceux qui l'en voulaient arracher^ Ce n'est pas tout : en 165 1 , on le fit marguillier de sa paroisse, Saint- Sauveur, à Rouen i ; il n'eût garde de refuser, et il entra par là plus avant que jamais dans les idées de l'Église, sans se douter que ces idées, devenues plus pressantes, allaient menacer chez lui d'une ruine presque complète les idées de tragédie.

Comment cette fonction , qui n'eut de profit pour Corneille que les embarras dont elle le greva, et dont il se plaignait fort l'année suivante, à l'époque de Pâques, la plus laborieuse pour un marguillier 2 ; comment et pourquoi cette dignité d'intérêt tout religieux l'était-elle venue trouver au milieu de ses occupations profanes ? Il le devait à l'œuvre

1. Peut-être l'avait-il été déjà, en 1636, à l'époque du C/W, et peutêtre est-ce pour cela que, par surcroît de malice, un de ceux qui attaquèrent la pièce prit la même qualité : le Jugement du Cid , composé par un bourgeois de Paris, marguillier de sa paroisse, 1637, in-8.

2. Lettre au P. Boulard, de la veille de Pâques 1652, Biblioth. de l'École des chartes, avril 1852, p. 348.

plus édifiante, dont, je ne sais d'après quels conseils, il avait, en 165 1, fait connaître les prémices. Sa nomination de marguillier à Saint-Sauveur avait suivi de près la publication des deux premiers livres de sa traduction en vers de V Imitation de Jésus-Christ, et, d'après lés dévots, en avait même été la récompense. La fortune de l'ouvrage fut rapide, et Corneille se trouva par là obligé de le terminer au plus vite. Ce fut un surcroît de labeur qui, s'ajoutant aux préoccupations de sa tâche à la paroisse , l'eût détourné de tout autre travail lors même que sa résolution de renoncer au théâtre n'eût pas été déjà prise.

Les jésuites , qui trouvaient ainsi moyen de le ressaisir et de l'accaparer, tout en se donnant un bon livre de plus pour les dévotes lectures de leurs fidèles, aidèrent beaucoup au succès, (i Les jésuites, écrit Voltaire, que le souvenir de cette protection rend injuste pour le mérite de l'œuvre ; les jésuites, qui avaient un très-grand crédit, firent lire le livre à leurs dévotes, et dans les couvents. Ils le prônaient, on l'achetait, et on s'ennuyait 1. » Ce dernier mot est de trop. Si l'on se fût autant ennuyé, l'on aurait moins acheté, et les éditions n'eussent pas atteint le nombre étonnant auquel elles arrivèrent en fort peu d'années. Croirait-on qu'en 1663 déjà, l'auteur de V apostille mise à la suite de la Défense de Sertorius ^ pouvait répondre à l'abbé d'Aubignac , qui croyait Corneille embarrassé des exemplaires de sa traduction : « Depuis quinze jours on a fait commencer la dixseptième édition » ; et que plus tard, ce nombre étant presque doublé, Corneille pouvait montrer à Carpentier un exemplaire de la trente-deuxième réimpression >. Il était trèsher du succès et très-heureux de son produit. Il en parlait

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