‹ Corneille à la butte Saint-RochChapitre 37 sur 105 · Taliemant, i"- edit.. t. V, p · texte numérisé non relu

Taliemant, i"- edit.. t. V, p

Il ne faisait pas, comme Chapelain, étalage de savoir à tout propos, mais en revanche aussi il n'avait pas ce bel orgueil d'ignorance dont se targuait si bien, par exemple, le poëte Bridard, disant dans la préface de son Uranie^ : « Mes vers ont assez de politesse pourm'exempter du nom de pédant... J'ai hanté d'autres lieux que des collèges, etc. » Enfin, toujours simple en toutes choses, il n'avait rien du faste empanaché de ses rivaux ; jamais il n'encourut le blâme que Tristan adressa certain jour à ces poètes de théâtre dont le luxe faisait injure à son manteau râpé : « Ils sont superbes dans leurs habits, dit-il, leur mine est relevée de mille sortes d'ajustements, et leurs poèmes sont languissants et destitués de conduite. » Corneille, lui, mettait la splendeur dans ses vers , la pauvreté sur son habit.

Croirait-on qu'un jour, tant l'insolence du costume était devenue à la mode chez les rimeurs de cour, quelqu'un, à l'époque de la grande querelle pour \eCid, ne craignit pas de faire reproche à Corneille de sa simplicité en la comparant aux splendides dehors de M. Mayret et au grand train qu'il menait bruyamment par la ville et dans les tripots ? C'est l'auteur de la ridicule Apologie pour M. Mayret contre les calomnies du sieur Corneille, de Rouen^, qui se permit cette belle boutade. Après avoir tracé la généalogie de son héros, et conté sa vie magnifique u depuis dix ans qu'on le voit à la cour et dans le grand monde » , l'apologiste ajoute avec admiration : « Il a pendant ces dix années plus fait de dépenses en honnêtes débauches et en habits que Corneille n'en saurait faire en toute sa vie ! )>

Pauvre grand homme ! on lui faisait reproche de sa modeste existence. Ailleurs on lui reprochait son travail, ou du moins les ressources qu'il y cherchait et qui étaient

1 . Uranie, tragi-comédie pastorale, i6? i , in-S», Avis au lecteur.

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