‹ Corneille à la butte Saint-RochChapitre 38 sur 105 · Paris, 1637, in · texte numérisé non relu

Paris, 1637, in

presque les seules de sa famille, puisque, sauf deux trèsmaigres offices aux sièges de l'amirauté de Rouen et de la Table de marbre dont il se défit même dès 1650, il avait tout abandonné pour se livrer mieux au métier des lettres.

Il n'avait pour lui, sa femme et ses six enfants que le théâtre comme gagne-pain; c'est ce qu'on ne voulût pas voir. Habitué qu'on était à la foule des poètes domestiques qui vivaient plutôt de leur parasitisme que de leurs œuvres, de ce qu'ils mendiaient bien plus que de ce qu'ils écrivaient : on lui chercha querelle de ses efforts à se créer par son labeur non-seulement une existence honnête, mais une indépendance. Difficile problème , qu'il fut le premier à vouloir résoudre par un infatigable courage dont le monde des lettres lui doit tenir compte presque autant que de son génie.

D'assez bonne heure, à l'époque de l'Illusion comique, en 1636, il avait dit :

Le théâtre est un fief dont les rentes sont bonnes ;

et, bien persuadé de ce qu'il disait, il n'avait rien négligé pour que les rentes de ce fief fussent ce qu'elles devaient être. D'après les soins qu'il y mettait, et le génie qu'il y sentait passer avec son ardent travail, il calculait ce que chaque œuvre pouvait valoir, et, sans mesquine spéculation, mais tout en conscience, il faisait son prix. Les comédiens, qui ne voyaient que l'argent donné pour l'ouvrage, et non ce que l'ouvrage rapportait, criaient alors bien haut, d'autant plus qu'ils comparaient le prix payé à Corneille avec celui qu'ils avaient payé jadis aux poètes les plus en renom, au célèbre Hardy, par exemple. « M. Corneille, disait un jour M"^ Beaupré, tante de M'^^ Marotte, M. Corneille nous a fait grand tort. Nous avionS;, ci-devant, des pièces de théâtre pour trois escus, que l'on nous faisoit en une nuit ; on y estoit accoutumé, et nous gagnions beaucoup. Présentement,

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les pièces de M. Corneille nous coûtent bien de Pargent, et nous gagnons peu de chose i . » C'est que M. Corneille, sentant qu'il n'était pas un poète à trois écus la pièce, ne voulait pas être non plus ce que ces poètes avaient été. Il prétendait bel et bien ne pas passer pour le premier valet des comédiens, moins encore pour leur plastron et leur jouet, comme Hardy l'avait été, s'il faut en croire ce que raconte Tristan dans son autobiographie, le Page disgracié^. Corneille voulait qu'on le respectât, et, vrai Normand, afin d'y mieux parvenir , il commençait par demander pour ses œuvres un prix respectable.

Il laissa dire les envieux, qui criaient parce qu'ils n'eussent pu se faire payer autant : le grotesque sieur Gaillard d'abord, qui, en 1634, sachant quelle somme notre poète venait de tirer de sa seconde et de sa troisième pièce, disait :

Corneille est excellent, mais il vend ses ouvrages ; 5

puis, deux ans après, l'auteur de la Lettre d'Ariste, qui, prenant à rebours la conduite de Corneille lorsqu'il cherchait à se faire payer suivant son travail et d'après ce qu'il s'estimait, ne craignait pas de parler « de l'humeur vile de cet auteur et de la bassesse de son âme ! » De telles injures retombent sur celui qui les jette; aussi Corneille, encore une fois, ne faisait-il que s'en moquer. Ayant pleine conscience de ce qu'il avait tenté pour s'affranchir du caprice des comédiens, il se moquait de même de l'injurieux contre-sens des paroles de l'abbé d'Aubignac, qui l'appelait k le valet des histrions et des libraires. » Ni ceux ci ni ceux-là n'étaient ses maîtres, et ce qui prouve au mieux combien il

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