‹ Corneille à la butte Saint-RochChapitre 41 sur 105 · Id.,p · texte numérisé non relu

Id.,p

}. Carpcnteriana, 1741, in-8, p. 1 10.

d'extrême nécessité la recherche de l'un pût même, dans ce grand esprit, passer avant l'amour de Pautre.

Seul, on peut être désintéressé dans la gloire; mais entouré d'une famille à laquelle on se doit avant tout, ayant, comme Corneille, « deux fils à entretenir aux armées, n ainsi qu'il écrivait à Colbert ' ; un autre fils dont il fallut payer l'éducation chez les jésuites pendant quelque temps, et pas assez, hélas! car le pauvre enfant mourut trop tôt 2; un autre encore pour lequel il fallut pourvoir jusqu'à ce qu'il eût reçu le bénéfice d'Aigueville 3 ; puis deux filles, qui demandèrent une dot, Tune pour épouser M. de Guénebault4, l'autre pour entrer chez les Dominicaines de la porte Cauchoise, à Rouen 5 , ce qui força Corneille de grever d'une hypothèque de 5,000 livres sa pauvre petite maison de la rue de la Pie^, car on ne peut être à Dieu qu'argent comptant : ayant, dis-je, de telles charges, de telles nécessités, on pouvait bien, comme Corneille, garder au milieu de préoccupations plus hautes quelques préoccupations d'intérêt. Cependant, comme en son inflexible fierté il aurait rougi de laisser croire que sa recherche du gain venait du besoin, il aimait peut-être mieux que Ton crût à son avarice. Il aurait été déshonoré si Ion eût dit : « Il est misérable »; on disait : <( Il est avare )>, l'honneur était sauf.

1. Œuvres diverses ^ édit. Hachette, 1857, in-12, t. V, p. 391-392.

2. Il s'appelait Charles et promettait beaucoup. Il mourut en 1667, n'ayant guère que quatorze ans.

3 . il l'obtint vers 1 680 , suivant l'abbé Granet , dans une note au bas du placet en vers présenté par Corneille en faveur de ce troisième fils , pour lequel il postula plus de quatre ans. Œuvres diverses , 1738, in-8, p. 102.

4. Elle épousa en secondes noces M. Jacques de Farcy, de qui elle eut une fille qui fut l'aïeule de Charlotte Corday.

5. Emman. Gaillard, Précis des travaux de l'Académie de Rouen pour l'année 1834, p. 166.

6. Ballin, Notice sur la maison et la généalogie de Corneille ^ 1833, in-8, p. 8.

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Avare! Ce qui prouve qu'il ne Tétait que d'apparence, et non réellement, c'est qu'il s'entendait fort mal à ce grand art du gain, pour lequel il se laissait faire tant de querelles. Celui qui aime l'argent sait toujours le gagner ; et pour cela, quoi qu'il pût faire. Corneille s'en tint toujours à l'ignorance. Il avait, par besoin, la bonne volonté des affaires, mais il n'en possédait ni l'aptitude ni la conduite. « Rien, — dit son neveu Fontenelle, que les confidences de sa mère, sœur de Corneille et sa meilleure conseillère, mettaient à même de bien parler de tout cela, — rien n'était égal à son incapacité pour les affaires que son aversion. Les plus légères lui causaient de l'effroi et de la terreur. Quoique son talent lui eût beaucoup rapporté, il n'en était guère plus riche. Ce n'est pas qu'il eût été fâché de l'être, mais il eût fallu le devenir par une habileté qu'il n'avait pas, et par des soins qu'il ne pouvait prendre. )>

Corneille n'avait de dédain pour rien de ce qui pouvait dépendre de son métier de poète. Il lui demanda tout ce qu'il pouvait honorablement donner, sentant bien que, par son talent il saurait toujours ramener à sa hauteur ce qui pouvait d'abord sembler au-dessous de lui. Vers sacrés, vers profanes, poèmes honorifiques, remercîments poétiques, tout lui paraissait bon, du moment que quelque ami serait heureux de son travail, ou bien encore que quelque grâce ou quelque bien-être en rejaillirait sur sa famille. Que de vers ne fit-il pas, par exemple, pour complaire aux nombreux amis qu'il avait dans l'Église ou dans les cloîtres.

Un bon prêtre, l'abbé Legendre, curé d'Hénouville, près de Rouen, lui avait ouvert, pendant plusieurs belles saisons,, au temps de sa jeunesse, l'hospitalité de sa riante maison ', et

I. Emm. Gaillard, Précis des travaux de l'Académie de Rouen pour Tannée 1834, p. 164-165 ; Marty-Laveaux, De la langue de Corneille , 1861, in-8, p. 45.

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Corneille, devinant ce que le bon curé trouverait de gloire à être chanté par une muse comme la sienne , écrivit tout un poëme sur le joli presbytère, son site admirable, ses parterres et ses vergers.

C'est en 1642 ; il était marié depuis deux ans et ne pouvant aller demander à la pieuse maison, pour tout son ménage, ce qu'il avait si longtemps obtenu de gracieuse hospitalité pour lui seul , il devait un remercîment d'adieu à l'excellent prêtre. Ce fut ce petit poëme , aussitôt imprimé, distribué aux amis, mais peu à peu si complètement perdu, qu'il n'en existe plus qu'un exemplaire, celui que possède la bibliothèque de Rouen ' .

Dans les jardins d'Hénouville, Corneille avait admiré, parmi un million de fleurs , « un nombre infini de tulipes de prix ; » le lis, « qui passe en blancheur et la neige et le lait , >) etc. Or, l'année qui précéda ses adieux , il avait chanté ces mêmes fleurs et quelques autres de son ton le plus gracieux, pour orner de leur galant éloge la fameuse Guirlande de Julie 2. M"e de Rambouillet n'avait eu que la senteur poétique du bouquet dont Corneille avait respiré le vrai parfum dans les parterres du bon curé.

Je ne sais si ces madrigaux à Julie, dont la gloire fut plutôt pour M. de Montausier, qui les offrait, que pour le poëte qui les avait écrits, étaient aussi des rimes de gratuite complaisance ; mais pour beaucoup d'autres je répondrais du désintéressement absolu de Corneille.

Lorsqu'à la fin de l'année 16^9, la famille de Biaise Pascal était venue s'établir à Rouen, où le père devait être chargé de l'intendance. Corneille, qui sentait du génie dans cette maison , se fit une joie de la visiter souvent , s'atta-

1. Brunet, Manuel du Libraire, dernière édit., t. II, p. 286.

2. On sait que ce furent les étrennes de M. de Montausier à M"^ de Rambouillet le i^r janvier de l'année 1641.

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chant surtout à la petite Jacqueline, chez qui, poëte, il avait tout d'abord deviné l'enfant poëte, et dont il se plut à compléter l'éducation par ses conseils. « M. Corneille, dit Gilberte Pascal, dans la notice qu'elle écrivit sur sa sœur', ne manqua pas de nous venir voir ; il était ravi des choses qu'elle faisoit , et il la pria de composer des vers pour la Conception de la Vierge , qui est le jour qu'on donne les prix. Elle fit des stances, ajoute Gilberte, et on lui en porta le prix avec des tambours et des trompettes, en grande cérémonie. » Rien n'avait manqué à cette fête que la présence de celle qui s'y était fait un triomphe précoce. Il fallait, suivant l'usage, remercier le Prince ou président de l'assemblée, mais comment s'y prendre, Jacqueline n'étant pas là ? L'ami Corneille y pourvut. Lui qui n'improvisait guère d'ordinaire, il fit, à l'impromptu, une dizaine de vers 2, qui ne sont pas excellents, mais qu'on applaudit fort pour l'intention î. Nous ferons de même. On voit que lorsqu'il s'agissait de plaire à des amis ou de leur être utile, rien ne lui répugnait, fût-ce, au besoin, ce qui était le plus contraire à son talent.

Les vers étaient tout pour lui : c'était sa seule arme , sa seule défense, sa seule monnaie. En 1647, le peintre Ch. Lebrun, qu'il avait connu je ne sais comment, avait fait de lui un portrait fort beau, le seul même qui soit aujourd'hui déclaré vraiment ressemblant 4. De quelle façon Corneille

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