Mercure galant (juillet 1673;, t. IV, p. 22 j
2. Second factum pour messire Antoine Furetière, abbé de Chalivoy, contre quelqu'un de l'Académie française, Amsterdam, 1688, in-12, p. 7, ji.
3. Elle a été donnée tout entière par M. Cousin, la Société françaist au XV U^ siècle, t. II, p. 404.
Et sur la fin, quel dénûment! quelle misère! Il n'était pas de musicien de guinguette dont la fortune ne valût mieux que la sienne. Si Mouton, le joueur de luth, dont il avait dans son jeune temps applaudi les gentils accords, pour qui même peut-être il avait bien voulu composer quelques vers en patois de Rouen, en langage purin ' , avait encore vécu , Corneille , le grand Corneille eût envié l'argent que lui gagnait son luth. Les joueurs de violon même, qui passaient pour être les derniers dans le moins considéré des arts, les violons^ dont le nom était alors synonyme de drôles, se faisaient une aisance dont n'approchait pas sa misère.
Corneille, jadis l'enthousiasme de la cour et de la ville ; Corneille , une des gloires les plus incontestées de la France, que Louis XIV lui-même, par un retour d'admiration, avait voulu remettre dans tout son lustre lorsqu'en octobre 1676 il avait commandé qu'on reprît sur le théâtre de la cour Cinna , Pompée , Horace, Sertorius, Œdipe^ Rodegune^; Corneille, à qui l'on rendait la gloire parce qu'elle était pour l'État tout entier^ sans songer à sa misère parce qu'elle n'était que pour lui seul et les siens ; Corneille, à ce même moment, n'obtenait pas pour ses œuvres la moitié du gain
1. Sarrasin, Œuvres, 1696, pet. in-8, p. 441. M. Floquet, dans son édition du Diaire du chancelier Séguier, p. 117, donne une curieuse note sur les purins ; mais, lorsqu'il croit que Mouton était un poëte, il commet une erreur. C'était un musicien, le passage de Sarrasin ne permet pas d'en douter. Peut-être est-ce lui que Corneille appelle Ariste dans la célèbre Excuse où. il se dit incapable de faire le moindre vers de chanson sur un air écrit d'avance,
2. Polyeucte ne fut pas joué par raison de piété; Nicomède, oii, comme nous le verrons, on reconnaissait toujours Condé, fut tenu à l'écart pour cause politique ; et le Cid de même, ainsi que nous l'expliquerons plus loin. On était, en 1676, trop avant dans une guerre avec l'Espagne pour souffrir cette glorification de l'héroïsme espagnol. Ces représentations de 1676 valurent à Louis XlVun remercîment de Corneille, que l'abbé Granet imprima le premier d'après un manuscrit. Œuvres diverses, 1738 , in-8, p. 100,
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que se faisait avec son violon le sieur Augustin-Jean Le Peintre, un des musiciens les plus obscurément perdus dans l'orchestre des concerts de Lulli ' ! Si vous en doutez, écou tez ce qu'a dit Richelet, en 1679, dans ce curieux Dictionnaire où, cherchant des mots, on trouve des satires, et sous les satires des vérités : « Le poëte Martial, écrit-il 2, disoit autrefois que pour faire fortune à Rome il falloit être violon. Quand on diroit aujourd'hui la même chose de Paris , on diroit peut-être assez la vérité. Le Peintre ,. l'un des meilleurs joueurs de violon de Paris , gagne plus que Corneille , l'un des plus excellents et de nos plus fameux poètes françois. ))
La même année , qui sait ! peut-^être au moment même oh Richelet écrivait cette phrase douloureuse, un ami, un parent de Corneille, qui l'était venu voir à Paris, en confirmait la vérité par la plus navrante anecdote. On ne l'a connue que bien tard, en 1834, cette anecdote, et cependant elle est aujourd'hui le trait le plus populaire de la vie du malheureux grand homme, comme si sa lumière avait besoin de cette ombre , sa pauvreté de cette vengeance. Nous ne voulions pas reproduire le fragment de lettre où elle se trouve, mais nous ne pouvons nous en empêcher. Si d'ailleurs on sait le fait , on n'en connaît pas autant la première et toute naive rédaction. La voici telle que l'a donnée M. Emmanuel Gaillard, auquel il est bon de restituer pleinement l'honneur de la découverte ?. Le parent de Corneille l'est donc venu voir, ils ont dîné, puis sont sortis ensemble.
1 . Nous n'avons pu trouver le nom complet de cet illustre mieux payé que Corneille que dans un compte : Dépenses de menus plaisirs et affaires de la chambre du Roy pendant l'année 1677, analyse d'un manuscrit de la Bibliothèque de Rouen, par A. de Montaiglon, 1857, in-8, p. 7.
2. Nous avons cité le premier ce curieux passage dans notre Paris démoli, if^édit., 1853, in-i8, p. 32-33.
3. Précis des travaux de l'Académie de Rouen pour P année 1834, p. 167. Tous les journaux reproduisirent aussitôt ce fragment de lettre. V. no-
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Après une longue course dans le quartier des Écoles , où Corneille avait toujours beaucoup de personnes à voir : les libraires, les jésuites , les savants, etc., ils sont rentrés. Le Rouennais s'est couché, et le lendemain il a écrit : u J'ay vu hier nostre parent et amy : il se porte assez bien pour son âge. Il m'a prié de vous faire ses amitiez. Nous sommes sortis ensemble après le dyner, et en passant par la rue de la Parcheminerie, il est entré dans une boutique pour faire raccommoder sa chaussure qui estoit descousue. Il s'est assis sur une planche et moy auprès de luy ; et , lorsque l'ouvrier eut refaict, a donné trois pièces qu'il avoit dans sa poche. Lorsque nous fusmes rentrez , je luy ai offert ma bourse , mais il n'a point voulu -la recevoir ni la partager. J'ay pleuré qu'un si grand génie fust à cet excès de misère. )>
La Bruyère, qui vivait à l'hôtel de Condé, dans ce même quartier Saint-Jacques, devait souvent y rencontrer Corneille , et chaque fois s'apitoyer sur sa pauvreté, à laquelle faisaient insulte le faste de tant de parvenus et le luxe même des acteurs qu'il avait enrichis. Un jour, après une de ces douloureuses rencontres, il rentra et écrivit. « Le comédien couché dans son carrosse jette de la boue au visage de Corneille qui est à pied • . » Corneille éclaboussé. Corneille crotté, comme le Colletet de la satire ! Ce n'était que trop vrai ; Voltaire nous l'a dit aussi. Il en savait long sur la vieillesse du grand homme : son père « avait bu avec lui 2 ». le P. Tournemine, l'un de ses premiers maîtres, l'avait bercé de contes sur Corneille pour le dédommager des vers à'Agésilas, qu'il s'obstinait à lui faire apprendre 3 ; enfin, comme
tamment le Cabinet de lecture du 3 avril i8jj, p. 9. — C'est ce qui explique la popularité de l'anecdote. M. Levavasseur, qui se la rappelait mal, en met la scène sur le Pont-Neuf. Vie de Corneille, p 225.