‹ Corneille à la butte Saint-RochChapitre 57 sur 105 · Histor., édii. P. Paris, t. Vil, p · texte numérisé non relu

Histor., édii. P. Paris, t. Vil, p

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cune faiblesse , montraient la grandeur de l'art aux dépens de celle du poète, il voulut bien convenir que Corneille était honnête homme : « D'assez bonne foy , dit-il , Corneille reconnoît dans de certains discours, au devant de ses pièces, les fautes qu'il a faites. » Ce : u d'assez bonne foi » est heureux!

M. du Bellay, l'aimable roi d'Yvetot qui lui avait prêté dans cette affaire avec l'abbé d'Aubignac un si intelligent secours, n'était pas la seule personne de haut rang à qui Corneille rendît visite dans cette partie des environs de Rouen. Sans compter les fréquents séjours qu'il faisait chez son frère Antoine, le génovéfain, nommé en 1642 curé de Fréville, à deux lieues d'Yvetot, il fit maintes fois, dans le même voisinage, de l'autre côté de la Seine, d'agréables stations au château de Motteville, chez la dame qui a si bien illustré ce lieu, dont elle était alors châtelaine, du chef de son mari, président à la chambre des comptes de Normandie.

M"^e de Motteville , attachée à la reine Anne d'Autriche , ne comptait naturellement point parmi les amis de Richelieu, dont Corneille fut longtemps le protégé. Mais, comme il savait, même sous cette protection, garder une certaine indépendance, ainsi que nous le verrons tout à l'heure mieux que jamais, et comme M'"^ de Motteville n'était pas de l'humeur sottement exclusive de ces gens qui voient des ennemis dans tous les amis des personnes qu'elles n'aiment point , ce ne fut pas entre elle et Corneille une raison d'antipathie et d'éloignement. Il était penseur, elle était rêveuse ; la Normandie qu'elle aimait, où elle était née, oij elle s'était mariée à un époux trop tôt perdu , n'avait pas de plus belle et de plus pure gloire que lui ; la reine , sa protectrice , le protégeait ; elle avait un frère dans les ordres qui connaissait celui de Corneille , auquel même il succéda, si je ne me tromoe. dans la prébende du Mont-aux-

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Malades ' : tout cela fit que Corneille et M"^^ de Motteville. le poète et l'historienne, car elle l'était déjà au su de chacun, se virent souvent avec plaisir, tant à Rouen et à Motteville, pendant un exil auquel Richelieu la condamna , qu'à Paris, chez la reine ou dans les principaux cercles.

Entre autres hôtels où ils se rencontraient, était celui du duc de Bouillon, sur le quai Malaquais.

Un soir que beaucoup de monde s'y trouvait réuni , on proposa une partie de propos interrompus par écrit, jeu qui luttait alors de vogue avec celui des proverbes et celui des bouts rimes. Corneille et M'"^ de Motteville ne s'y mêlèrent que par leur attention , qui, toujours assez distraite , l'était plus encore lorsqu'il s'agissait de telles frivolités. Corneille se mit à songer, et M"^*^ de Motteville à rêver suivant son habitude. Puisque au château de Fresnes, chez M'"^ du Plessis Guénégaud , pendant qu'on préparait, à grand renfort de babil, ces jolies pièces de comédie romanesques dont ne dédaignaient pas de s'occuper M"^^ de Sévigné , M"^^ de la Fayette et Arnaut d'Andilly lui-même, M"^^ de Motteville, toujours à l'écart, se contentait de rêver profondément -, elle pouvait bien se permettre d'être distraite aux propos interrompus de l'hôtel de Bouillon. Une jolie marquise, la plus grande rieuse du cercle , se piqua de cette inattention dans une partie où son esprit brillait assez pour que chacun prît la peine de l'admirer. Elle voulut se moquer de M^^^ de Motteville , dont, à certains égards, l'ajustement pouvait par malheur prêter un peu à rire. Comme elle était devenue veuve de très-bonne heure , après n'avoir été mariée que deux ans, M"^^ de Motteville n'avait pas gardé le sévère accoutrement du veuvage , et plus tard elle avait oublié de le

1 . V., sur ce frère de M"'" de Motteville , une lettre de M'"e de Sévigné, du 4 janvier 1690.

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