‹ Corneille à la butte Saint-RochChapitre 59 sur 105 · CX · texte numérisé non relu

CX

cents écus par an ' ; voir un poëte à ses gages, un homme à lui, se mettre ainsi, par un chef-d'œuvre, de complicité avec ses ennemis, et servir activement leur cause, cela l'indignait. L'Espagne n'avait-elle pas assez de serviteurs en France, sans qu'elle vînt encore lui prendre les siens ; ses succès n'étaient-ils pas assez grands sans qu'elle eût besoin de se faire une arme avec ceux du théâtre! Peu de mois auparavant, l'armée espagnole avait pris Corbie, et Paris avait tremblé, car entre son mauvais rempart et l'ennemi il n'y avait guère que trente cinq lieues sans place forte. Fausse alerte ! Grâce au ministre qui mit en moins de deux mois toute la France sur pied, et lança le roi lui-même contre la ville à reprendre, Corbie avait été reprise. Enlevée le 1 5 juillet 1636, le 10 novembre la place nous était rendue. Il fallait une revanche à l'Espagnol : et c'est le Cid qui la lui donnait, et cela très-peu de jours après, dans Pans, en plein Louvre, à la barbe même du cardinal! L'ennemi qu'on venait de battre se trouvait, de par Corneille, relevé, déifié dans son plus fier héros, aux frénétiques applaudissements d'un parti qui n'attendait pas tant et qui, parce seul fait, de vaincu redevenait vainqueur! Richelieu fut le premier à sentir le coup. Il en trembla, s'il faut croire Fontenelle , dont une phrase à ce sujet n'a pas jusqu'à présent été assez remarquée. <( Il fut, dit-il , aussi alarmé que s'il avoit vu les Espagnols devant Paris 2. )) Ce n'est pas tout : à l'ombre du chef-d'œuvre, sous le reflet de ces beaux vers qui ranimaient dans les esprits une si belle flamme d'admiration pour l'héroisme espagnol, on continuait de conspirer plus que jamais pour l'Espagne, à ce point que, six mois après le Cid, le ministre était obligé d'en venir aux moyens extrêmes. Au mois d'août

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