‹ Corneille à la butte Saint-RochChapitre 60 sur 105 · CXI · texte numérisé non relu

CXI

1637, il faisait arrêter plusieurs personnes de la société la plus intime de la reine ; il envoyait au Val-de-Grâce , dont elle s'était fait une retraite de conspiration, le chancelier Séguier et le conseiller de la Potherie, qui découvraient une à une toutes les pièces du complot ' ; et s'étant rendu luimême près d'Anne d'Autriche , il recevait de sa bouche , entre autres déclarations, l'aveu qu'elle avait entretenu d'activés intelligences avec M""^ de Chevreuse , ainsi qu'avec le marquis de Mirabel, ministre d'Espagne, et même « qu'elle avoit escrit et reçu des lettres de ce personnage, quiestoient en des termes qui dévoient desplaire au Roy 2. »

Cette exécution contre Anne d'Autriche n'avait pas détourné le cardinal de celle qui lui paraissait nécessaire contre deux autres complices de la conspiration : Corneille et le Cid. Il aurait pu faire interdire la pièce, mais c'eût été lui donner une importance qui eût centuplé son effet. Il aima mieux la faire censurer et parodier, comptant sur ces deux armes toujours infaillibles chez nous, surtout après un succès : la critique et le ridicule. Boisrobert se chargea de la parodie, qui fut jouée chez le ministre, devant la cour, par des laquais et des marmitons?. L'Académie se chargea de la censure avec la collaboration du ministre lui-même, collaboration satirique , qui fit croire « à une jalousie enragée 4 » où il n'y avait qu'un acte politique ; et dont il est impossi-

1. Elles furent vendues en 1838, avec la belle collection du marquis de Chalabre , dont elles faisaient partie; puis elles furent remises en vente au mois d'avril 1847, par la Société des Bibliophiles. M. Le Roux de Lincy , secrétaire de cette Société , fit paraître alors, sous le titre de Catalogue de documents historiques et de lettres autographes, 1847, in-80, une analyse de ces pièces qui nous a beaucoup servi.

Page 1