Id., Ibid
5. Voltaire, Remarques sur le Cid, préface du commentateur, et Lettre à Duclos, dans le Recueil de lettres inédites donné par Cayrol, t. I, p. 32 j.
longtemps amies, mais d'autant plus envieuses depuis le succès, il s'apprêtait à les lui faire administrer. Toute cette bande enrôlée par le ministre pour le blanchissage de ses œuvres ; toute cette troupe rimailleuse dont il avait partagé l'ingrat labeur jusqu'au jour où, chassé par le dégoût, il était retourné à Rouen, « sous le prétexte des arrangements de sa petite fortune ' » ; toute cette société d'auteurs, toute cette académie d'antichambre, oùColletet, l'Estoile, Boisrobert, Desmarets jouaient servilement au grand homme, s'était mise, Scudéry en tête , à déchirer, par ordre, par envie, le chef-d'œuvre d'un confrère devenu trop glorieux.
Un seul , le bon , l'héroïque Rotrou , s'était retiré de la coterie, quand il avait vu quels services hostiles à l'amitié l'on réclamait d'elle. Pendant que Corneille s'en allait à Rouen , avec ordre de Richelieu de se repentir de son chef-d'œuvre , Rotrou s'en retournait à Dreux , où il était lieutenant du bailliage, ayant le deuil au cœur de cette persécution dont on eût voulu qu'il devînt le compHce. C'était le meilleur des hommes , et partant l'ami le plus brave et le plus sûr. Dix ans après, quand avec la Théodore commencèrent les vraies disgrâces de Corneille, il fut seul à le soutenir par l'hommage public qu'il lui rendit dans une scène du Vérilable Saint-Genest^ où la bonne intention de l'ami fit passer sur l'anachronisme 2. Après le Cid, il ne pouvait que lui ouvrir son cœur : il n'y manqua pas. Il l'eût désiré près de lui, à Dreux, dans sa famille; mais Corneille se devait à la sienne , et leurs épanchements mutuels , l'un consolant, l'autre se laissant consoler, ne pouvaient ainsi se confondre que de loin , par lettres. On n'a pas celles de Rotrou, mais il en a été conservé une de celles de Corneille. Elle est charmante à tous égards ; et comme elle n'a été jusqu'à pré-