I. Râthery, p
Quoique le cardinal eût fait censurer le Cid, nous avons vu que Corneille était encore assez de ses amis pour oser lui donner, par allusion et en beaux vers, le conseil d'être généreux. Lui proposer d'imiter Auguste, n'était-ce pas d'ailleurs déguiser un avis sous un éloge ? Richelieu ne voulut pas comprendre. Il ne vit pas avec quelle adresse le génie, guidé par le cœur, avait fait de la clémence la plus belle vertu d'Octave; avec quel art il avait montré comment, en pardonnant, Auguste s'était fait tout pardonner à lui-même. Il ne sentit pas quelle flatterie intelligente et digne d'obtenir un pardon pour récompense se trouvait à l'adresse de son propre pouvoir, dans l'éloge que fait Cinna de la puissance absolue. Il ferma l'oreille aux aveux que le sublime avocat des proscrits fait contre eux et contre leur révolte quand il met ce vers dans la bouche de son principal conjuré :
Le pire des États , c'est l'État populaire i .
En un mot, Richelieu ne vit rien et ne pardonna rien. Pas un proscrit ne fut rappelé. Jusqu'au temps de la Fronde, le parlement resta meurtri des coups terribles que lui avait attirés sa courte rébellion.
Quand cette époque fut venue^ lorsque Rouen fut comme le royaume, en proie à deux partis , celui des frondeurs et celui du roi, Corneille, conséquent avec lui-même, n hésita pas. Se mettre du côté de la Fronde , c'eût été renier tout son passé, démentir ses anciens hommages : sa dédicace de Polyeucte à la reine, et ses vers à Mazarin pour le remercier
) . Beaucoup , au temps de Corneille , étaient de son avis et devaient , sous une forme plus ou moins modifiée, répéter son vers. « Le gouvernement populaire est le pire fléau dont Dieu afflige un État quand il le veut châtier », a dit Cyrano dans sa Lettre contre les frondeurs , et Bossuet, dans son Cinquième Avertissement aux protestants : « L'État populaire, le pire de tous. » Œuvres complètes, t. XIV, p. 3 1 1.