‹ Corneille à la butte Saint-RochChapitre 7 sur 105 · Grimarest, Traité du récitatif , 1707, in-8, p · texte numérisé non relu

Grimarest, Traité du récitatif , 1707, in-8, p

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Vigneul Marville : u M. Corneille se néglige trop » ; qu'on se rappelle qu'il était, de l'aveu de Fontenelle, volontiers taciturne d'humeur un peu brusque et rude, et l'on comprendra qu'il n'eût près des femmes que de difficiles avantages. Il n'arrivait à leur cœur que par l'admiration.

En matière d'amour je suis fort inégal, J'en écris assez bien et le fais assez mal ; J'ai la plume féconde et la bouche stérile, Bon galant au théâtre et fort mauvais en ville, Et l'on peut rarement m'écouter sans ennui Que quand je me produis par la bouche d'autrui.

Ces vers, bien connus, furent faits par Corneille à l'époque la plus glorieuse de sa vie, après qu'il eut écrit le Cid^ et au moment par conséquent où, jeune encore, ayant eu ce succès immense , il pouvait prétendre à beaucoup d'autres , même en amour. Ils lui manquèrent de ce côté-là, ce petit fragment en est l'aveu. Il courut le monde. Vingt ans après, en 1 6 ^ 9, quand Fouquet tâcha d'attacher Corneille à la cour, on en parlait encore. Le surintendant voulut le connaître et le fit demander au poëtepar Pellisson. Il lui semblait curieux de mettre dans sa cassette , auprès des témoignages de ses nombreux bonheurs en amour , auprès de ses propres trophées , cet aveu de défaite écrit par un homme qui aurait dû cependant espérer aussi bien des victoires. Corneille s'exécuta, u Voilà, Monsieur, écrivit-il à Pellisson en lui envoyant ses vers, une petite peinture que je fis de moi-même il y a près de vingt ans. Je ne vaux guère mieux à présent. Quoi qu'il en soit, Monsieur le surintendant a voulu savoir ces six vers , et je ne suis pas fâché de lui avoir fait voir que j'ai toujours eu assez d'esprit pour connaître mes défauts, malgré l'amour-propre qui semble être attaché à notre métier. »

Si l'on se reporte au temps assez court pendant lequel

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Corneille fui dans la faveur du surintendant Fouquet, on verra que ce billet à Pellisson doit être de 1659 ou de 1658 au plus tôt; or, à cette époque, Corneille, chez qui le cœur fut ce qui vieillit le moins vite, était engagé dans une passion pour laquelle, n'ayant plus les avantages de la jeunesse, il devait souhaiter d'avoir enfin le bien dire en amour. Par malheur, lui-même vient de l'avouer, il ne valait en cela guère mieux que vingt ans auparavant. Près de celle qu'il aimait alors, l'éloquence de ses œuvres aurait dû suffire il est vrai, pour peu qu'avant de se fixer dans sa mémoire, les vers à réciter se fussent arrêtés dans son cœur : c'était une comédienne, c'était la Du Parc, cette grande dame du théâtre, si bien reine à la scène et surtout si bien marquise à la ville que le nom lui en resta.

Elle fut la passion de tous les poètes d'alors, et des plus grands, car, sans compter Sarrasin, qui la courtisa de trèsprès pendant un séjour qu'elle fit avec Molière et le reste de sa troupe à la Grange-des-Prés, en Languedoc, chez M. le prince de Conti, elle eut pour adorateurs : d'abord. Molière, qui longtemps se partagea entre elle, M"^ de Brie et la Béjard ; la Fontaine, que ses grands airs de marquise n'effarouchèrent pas trop ; Racine, qui ne fut tout à la Champmeslé qu'après avoir été tout à elle, et qui même, abusant du pouvoir qu'il avait sur son esprit, la fit complice de sa propre ingratitude pour Molière, en l'enlevant de son théâtre pour la faire passer à l'hôtel de Bourgogne au moment de son Andromaqae; enfin Corneille lui-même, qui, l'ayant vue jouer à Rouen dans les représentations que Molière y donna vers les fêtes de Pâques de 1658, se déclara tout à coup , avec cette soudaineté d'amour que nous lui connaissons, l'adorateur le plus ardent de sa beauté, l'admirateur le plus passionné de son talent '.

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