‹ Corneille à la butte Saint-RochChapitre 8 sur 105 · I. Mss. de Conrart, in-',^, t. IX, p · texte numérisé non relu

I. Mss. de Conrart, in-',^, t. IX, p

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Ce que Racine devait faire plus tard, quand, au grand déplaisir de Molière, il enleva la Du Parc à sa troupe, Corneille nous paraît l'avoir fait le premier. Il lui déplut qu'une comédienne de ce talent et de cette beauté, qu'une si magnifique reine de théâtre se morfondît parmi des acteurs errants, et que Paris ne pût admirer ce qui, pour mille raisons, méritait mieux que des applaudissements de province. Il se fâcha surtout de voir qu'ayant tant de qualités tragiques, la Du Parc se trouvât dans une troupe, avant tout comique et même bouffonne, où la tragédie était jouée fort peu ou fort mal. Quand Molière, peu detemps après, se fut établi à Paris, mais sans théâtre fixe encore, ce qui n'enlevait pas à sa troupe son caractère de troupe nomade, Corneille lui laissa jouer quelques-unes de ses pièces' : Nicomède, qui servit au début des nouveaux comédiens devant le roi, dans la salle des Gardes du Louvre, et qui obtint, à ce qu'il paraît, un certain succès ; puis encore HéradiuSy dont, pour Molière au moins, la chute fut complète.

« Il réussit , dit un contemporain ^ , si mal la première fois qu'il parut à la tragédie à^Héraclius, dont il faisait le principal personnage, qu'on lui jeta des pommes cuites qui se vendoient à la porte, et il fut obligé de quitter. »

Il n'y avait pas là de quoi encourager Corneille dans ses

1 . Il n'aurait pu d'ailleurs l'empêcher de les représenter, car, du moment qu'une pièce de théâtre était imprimée, tout directeur de troupe pouvait s'en emparer et la faire jouer par ses acteurs. C'est ainsi qu'en 1662 Molière put donner le Serîorius, bien que peu de mois auparavant il eût été représenté par les comédiens du Marais. Nous n'avons donc pas commis d'invraisemblance dans notre comédie en faisant jouer Horace chez Molière , quoique d'origine cette pièce eût appartenu à l'hôtel de Bourgogne. Quant à la pièce de Boyer, Oropaste , ou le Faux Tonaxare , c'est bien chez Molière qu'il fut joué d'abord, comme on le verra plus loin.

2. Auteur de la Clé des Caractères de La Bruyère, dont un manuscrit existe à la bibliothèque de l'Arsenal. Il y mit, dans l'article sur Molière, cette anecdote, qui, je crois, n'est pas ailleurs.

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idées de protection pour Molière, et de quoi le consoler du regret qu'il avait de voir la belle tragédienne Du Parc fourvoyée chez des gens si maladroitement tragiques. Nous ne savons pas positivement ce qu'il pensait lui-même à ce sujet, mais, ce qui vaut autant^ nous connaissons l'opinion de son frère Thomas , et vous allez voir qu'elle n'était pas des plus favorables à MM. de Bourbon, ainsi que Thomas appelait Molière et ses comédiens, parce que leur théâtre, en camp volant, était alors au Petit-Bourbon.

« J'ai, écrit-il à l'abbé de Pure pour lui parler d'une pièce et d'un auteur qui l'un et l'autre nous sont inconnus, j'ai eu bien de la joie de ce que vous avez écrit d^Oreste et Pylade , et suis fâché en même temps que la haute opinion que M. de Clévilleavoit du jeudeMM. de Bourbon n'ait pas été remplie avantageusement pour lui. Tout le monde dit qu'ils ont joué détestablement sa pièce; et le grand monde qu'ils ont eu à leur farce des Précieuses, après l'avoir quittée, fait bien connoître qu'ils ne sont propres qu'à soutenir de pareilles bagatelles, et que la plus forte pièce tomberoit entre leurs mains. '»

Cette lettre est du i ^' décembre 1 6 5 9. Or, à cette époque, la Du Parc et son mari avaient abandonné Molière' et jouaient au Marais. L'influence de Corneille avait-elle été pour quelque chose dans cette désertion.'' Je ne pourrais l'assurer; mais ce dont je suis certain^, c'est que si l'on n'avait chez Corneille qu'une très-mince estime pour les comédiens de Molière^, en revanche on y prisait fort les acteurs du Marais. Thomas leur donnait ses nouvelles pièces, et Pierre les chargeait de reprendre ses anciennes, en attendant qu'il pût, lui aussi, leur en faire jouer de nouvelles; ce que Tallemant lui reproche, je ne sais pourquoi, sur un

I. Taschereau, Histoire de la vie et des ouvrages de Molière, ]*" édition, p. 25.

ton assçz amer ' , La cause, quelle qu'elle fût, qui avait engagé la Du Parc à passer au théâtre du Marais ne fut pas assez forte pour l'y faire rester. L'année d'après , elle retourna chez Molière, et l'admiration de Corneille l'y suivit. On lui donna le rôle de la Nuit dans la reprise des Amours de Diane et Endymion, par Gilbert, et le plus flatteur éloge qu'elle y obtint fut celui de notre poète, qui fit pour elle huit vers des plus galants, que Sercy s'empressa d'imprimer dans son prochain recueil ^. Nous les donnerions ici, s'ils n'étaient partout.

Cette persistance de galanterie de la part de Corneille à l'égard dé la Du Parc, jointe à ce que nous avons dit de l'influence qu'il dut exercer sur elle pour la déterminer à passer un moment dans la troupe du Marais, prouverait peut-être qu'il eut sur son esprit plus d'empire qu'on ne l'a pensé, et que malgré ses cinquante-quatre ans bien sonnés, il n'y eut pas pour lui que des rebuts dans cet amour. Aussi, malgré l'autorité d'une note du Recueil de Conrart ^ suis-je tenté de croire que l'élégie :

Allez, belle marquise, allez en d'autres lieux,

toute remplie des plaintes d'un Cléandre amoureux dédaigné, ne fait peut-être pas allusion aux mépris trop altiers de la Du Parc pour Corneille. Ce qui surtout m'engage à le croire, c'est que cette pièce, publiée d'abord en feuille volante 4, portait un titre qui dérange singulièrement l'opinion émise dans la note de Conrart. Le voici : Sur le départ de madame la marquise de B. A. T. Comment concilier avec le nom de la Du Parc ces initiales, qui furent main-

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