‹ Corneille à la butte Saint-RochChapitre 72 sur 105 · Œuvres de Sarrasin, 1696, in-8, p · texte numérisé non relu

Œuvres de Sarrasin, 1696, in-8, p

2. Sorel, dans sa Bibliothèque française, Paris, 1664, in-12, p. 185, dit que cela fut pour beaucoup dans l'aversion du cardinal contre le Cid, et il se fait fort, comme témoignage, de certains « mémoires de ce temps qui ne sont pas imprimés. »

grands spadassins Bouteville et Deschapelles, pouvait-il laisser passer les vers de hautain mépris que Corneille prête à don Gormas au sujet des réparations d'honneur où n'intervient pas l'épée et que le sang n'arrose pas ?

Ces satisfactions n'apaisent point une âme ; Qui les reçoit n'a rien, qui les fait se diffame; Et de tous ces accords l'effet le plus commun Est de perdre d'honneur deux hommes au lieu d'un.

Il fit retrancher ce couplet de la pièce • ; puis, pour tous les autres griefs qu'il craignait d'avouer, nous l'avons dit, il mit son Académie aux trousses du chef-d'œuvre : il ordonna de l'abattre, et d'élever après, avec ses débris, un piédestal à l'auteur de \lAmour tyrannique. On ne peut, par bonheur, commander avec succès ni de telles exécutions ni de telles exaltations. Un chef-d'œuvre ne peut ni se détruire par ordre ni s'imposer sur commande. Scwdéry fut Scudéry après V Amour tyrannique et les éloges ordonnés par le ministre, ni plus ni moins qu'auparavant ; et Corneille aussi resta Corneille dans la solitude rayonnante que lui avait fait le Cid, c'est-à-dire sans concurrent à craindre, sans rival sérieux.

Quinault sembla quelque temps devoir être ce rival. Encouragé par Corneille, qu'il avait connu chez M"^ Serment, et à qui il ne manquait pas d'adresser un des premiers exemplaires de chacun de ses ouvrages 2, il était peu à peu arrivé à se faire une place presque de niveau, du moins par

1 . Ces vers furent publiés pour la première fois par l'abbé d'Allainval dans la Lettre à milord *** sur Baron et iW"'' Lecouvreur; puis, en 1738 , P. Jolly les donna dans l'avertissement de son édition des Œuvres de Corneille, t. 1, p. xvj.

2. M. de Soleinne possédait l'exemplaire des Coups de l'amour et de la fortune, que Quinault avait donné à Corneille. V. Catalogue de sa bibliothèque, t. 1, p. 290.

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le succès, avec celle de Corneille, parfois même au dessus, comme en 1663, lorsqu'il écrivit VAstraîe, dont la fortune éclipsa celle de la Sophonisbe ' . Sa complaisance pour le goût du public, de plus en plus porté vers le romanesque des inventions, et chaque jour plus affamé des beaux sentiments à tendresse raffmée, avait été pour une bonne part dans son succès. Il s'était fait une renommée pour ses pièces par le regain de celle des romans de M"^ de Scudéry et de La Calprenède, dont il se contente souvent de reproduire les imaginations, avec l'assaisonnement de langueurs et d'afféteries dont il avait la doucereuse recette.

Le tendre était à la mode, il en fallait partout ; c'était son heure. L'homme qui devait le mieux en trouver l'expression dans toutes ses nuances et l'élever jusqu'au génie par la vérité, Racine, approchait.

Quand il parut, Quinault fut comme s'il n'eût jamais été, et l'on ne parlerait plus de lui, s'il ne s'était sauvé, dans le lyrique, de l'oubli de ses tragédies. Corneille lui-même fut effacé. Moins vieux, il eût peut-être tenu bon; mais que pouvait-il, à son âge, contre un tel émule, qui, pour garantie d'un succès auquel son talent pouvait suffire, apportait le double à-point de sa jeunesse et de la nouveauté d'un genre acclamé d'avance par le public? Rien ne lui manquait. Ce qu'il tenait de la nature avait éclos dans l'étude et s'était mûri par le travail. Tout ce qui pouvait l'éclairer sur l'art qu'il se donnait pour carrière, il Pavait étudié. Pour vaincre Corneille, il lui av^it dérobé son secret par une lecture infatigable de ses œuvres, et non content des armes que le poëte lui avait ainsi prêtées contre lui-même, il en avait encore emprunté à ses ennemis.

Il existe à Toulouse, dans la bibliothèque du lycée, un exemplaire du livre de l'abbé d'Aubignac, la Pratique du

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