‹ Corneille à la butte Saint-RochChapitre 75 sur 105 · Chevraana, 1697, in-8, p · texte numérisé non relu

Chevraana, 1697, in-8, p

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avait jamais eu de plus grand poëte : <( Eh bien, Messieurs, s'écria Molière, quittant un travail qu'il avait fini pendant cette conversation, vous sortez donc de la tragédie, et vous êtes assez bons pour croire que cette pièce est de Corneille!— Comment? s'écrièrent- ils. — Oui, reprit Molière, je vais vous apprendre comment le bonhomme travaille. Il y a vingt ans qu'un lutin l'a pris en amitié et vient le voir fort souvent. Lorsqu'il voit le bonhomme fort occupé, fort embarrassé, il lui dicte une douzaine, une vingtaine de vers, mais de ces vers que font les lutins et que les hommes ne feraient jamais. Le bonhomme enchanté écrit sous sa dictée, et le lutin, charmé de lui faire niche, disparaît en riant. Le bonhomme cherche, travaille, sue. Le lutin revient le voir et lui dicte encore quelques vers. Voilà ce que c'est que les pièces de Corneille ' n. Après Suréna, qui s'était fait presque sans lui, le lutin était pour toujours parti. Molière, qui l'avait devancé de quelques mois, semblait par sa mort avoir hâté son départ.

En perdant cet ami. Corneille avait perdu sa dernière force.

Les ennemis, cependant, qui sont d'ordinaire de trempe plus vivace, étaient restés. Dans le nombre s'en trouvait un qui avait, trente ans auparavant, attaqué le Cid, et dont l'infatigable inimitié cherchait encore à se prendre au grand homme : c'est le poëte-avocat Jean Claveret. Lié d'abord avec Corneille, qui Pavait gracieusement admis à déposer quelquesuns de ses vers au frontispice de sa comédie de la Veuve ', Claveret, je ne sais comment, était passé, à l'époque du Cidy dans le camp des ennemis du poëte. Était-ce jalousie ? peut-être, quoique Claveret se fût beaucoup trop honoré en laissant croire, par cette jalousie, à quelque égalité entre son pauvre esprit et le génie de Corneille. Peut-être était-ce plutôt encore par suite de quelque haute influence, car nous

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